
OpenAI vient de prendre en otage les USA
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OpenAI, valorisée à plus de 850 milliards de dollars mais prévoyant 14 milliards de dollars de pertes cette année et aucun profit avant la fin de la décennie, recherche activement des financements. Selon HSBC, il lui manque plus de 200 milliards de dollars pour tenir ses plans. Au milieu de cette quête de capital, l'entreprise de Sam Altman propose de céder gratuitement une partie de ses actions à l'État américain, un geste inhabituel pour une entreprise en manque de liquidités.
Officiellement, l'idée est de créer un «public wealth fund», un fonds détenant des participations dans des entreprises privées, dont les fruits seraient reversés aux citoyens, faisant de l'IA le nouveau pétrole de l'Amérique, à l'image du modèle norvégien. Le citoyen deviendrait ainsi actionnaire d'une révolution menaçant son emploi, rejoignant même le fantasme d'un revenu universel lié à la robotique et à l'IA. L'entreprise propose de céder gratuitement entre 1 et 5% de son capital pour amorcer ce fonds, sans que Washington n'ait à investir. C'est OpenAI qui propose cette architecture politique de partage de valeur à la Maison Blanche.
La notion de rendre le public actionnaire de l'IA est interprétée différemment. Bernie Sanders, par exemple, propose une taxe de 50% du capital des grands laboratoires, payable en actions, assortie de sièges au conseil et d'un droit de veto. Donald Trump, lui, soutient que si l'État aide ou ouvre un marché, il doit en récupérer quelque chose en échange. Il existe donc un pont entre ces deux discours, bien que leurs approches diffèrent : Sanders veut une mise sous tutelle, tandis qu'OpenAI cherche à s'acheter la paix sociale en cédant volontairement une fraction de son capital.
L'État américain a déjà commencé à prendre des participations ou des droits de regard dans diverses entreprises. Avec Intel, il a exigé 10% du capital en échange de subventions. Pour US Steel, une Golden Share a été obtenue, offrant un droit de regard stratégique sans exposition économique. Nvidia et AMD sont soumises à une taxe sur leurs ventes de puces en Chine. Cependant, l'approche avec OpenAI est différente, car il s'agit d'un cadeau sans subvention ni demande explicite.
Ce cadeau, selon l'analyse, n'est pas de la pure philanthropie. 55% des Américains pensent que l'IA leur fera plus de mal que de bien. Pour construire des centres de données, obtenir des permis et faire face aux oppositions, une licence politique est indispensable. Rendre le public actionnaire change la nature de la relation, transformant l'adversaire potentiel en partie prenante, voire en allié. Sam Altman, ayant déjà fait face à des menaces, est conscient de l'importance de cette acceptation sociale. Ce consentement est la première chose qu'OpenAI achète.
De plus, cette participation étatique pourrait transformer OpenAI en un actif systémique avant même d'être rentable. L'État, en tant qu'actionnaire, aurait intérêt à maintenir l'entreprise en vie, quoi qu'il en coûte. Sam Altman a d'ailleurs décrit l'IA comme une "utility" et le gouvernement comme "l'assureur de dernier ressort". Les 1 à 5% du capital offerts sécuriseraient la valeur des 95% restants, tout en apportant protection politique, légitimité et un meilleur accueil en bourse. C'est l'assurance la moins chère du marché.
Pour l'administration, faire des citoyens des actionnaires de l'IA est un message puissant face à un électorat inquiet, permettant de créer une créance sur la richesse future sans lever d'impôts. L'État est également attiré par l'ampleur des investissements nécessaires à l'IA (7600 milliards de dollars de dépenses d'investissement entre 2026 et 2031 selon Goldman Sachs). Le privé ne peut absorber seul ces coûts, et l'État, avec ses infrastructures publiques et ses garanties, devient un financeur de dernier ressort.
Le fonds citoyen est présenté comme un outil de redistribution, mais il est surtout un moyen d'habiller l'entrée de l'État comme garant. Ce "cadeau" arrange tout le monde : les laboratoires achètent leur protection, l'État obtient consentement et créance, et l'expansion de l'IA trouve un filet de sécurité.
Cependant, le citoyen, dont le projet porte le nom, pourrait ne pas en bénéficier concrètement. OpenAI ne génère pas de profits et n'en espère pas avant 2029, accumulant des milliards de pertes. Contrairement au fonds souverain norvégien, qui capitalise sur une richesse réelle (le pétrole), le fonds citoyen de l'IA précède toute richesse, monétisant une promesse de profit futur en consentement immédiat.
Si les actions sont données gratuitement, le citoyen n'a rien à perdre dans l'absolu. Toutefois, la situation est différente de l'intervention de l'État en 2008 pour sauver des entreprises en crise. Ici, l'État est invité avant même une catastrophe. Si le modèle de l'IA vacille, le contribuable pourrait se retrouver en dernier ressort derrière l'État sauveur, dans une dynamique de "too big to fail". L'État, actionnaire et régulateur, pourrait être confronté à un conflit d'intérêts, hésitant à imposer des règles de sécurité qui feraient baisser la valeur de sa propre participation.
Un autre coût indirect pour le contribuable pourrait survenir lors de l'introduction en bourse d'OpenAI. La participation de l'État, même gratuite, enverrait un signal puissant au marché : OpenAI ne serait plus une start-up sur