
Les addictions des entrepreneurs qui détruisent leur capacité à décider — ce qu'on a découvert
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Iris Ramos, fondatrice de Step, le premier service de santé dédié aux dirigeants en France, partage son expertise sur les mécanismes d'addiction chez les entrepreneurs et l'importance cruciale de la santé préventive. Elle distingue usage ponctuel, comportement compensatoire et addiction, soulignant que l'addiction se caractérise par l'incapacité à s'arrêter malgré les problèmes de santé et la négligence de la vie personnelle. Les entrepreneurs sont particulièrement exposés en raison de leur personnalité contrôlante, du stress chronique mal géré et de l'hyper-vigilance constante.
L'alcool, souvent banalisé dans le milieu professionnel, est un exemple concret. L'étude de Step révèle que des femmes entrepreneures boivent entre deux et quatre verres par jour, quatre fois par semaine, souvent pour se détendre le soir ou pour faciliter le réseau professionnel. L'alcool épuise les réserves de vitamine B, affectant la mémoire et conduisant à de mauvaises décisions, ce qui est particulièrement problématique pour un dirigeant. D'autres comportements addictifs incluent le travail excessif (workisme), l'usage d'internet, le sport et même la consommation de sucre.
La fatigue chronique et le stress prolongé entraînent une diminution du cortisol, hormone essentielle à l'adaptation. Lorsque les glandes surrénales sont fatiguées, le corps cherche des substituts pour relancer la machine, menant à des comportements compensatoires qui peuvent dégénérer en addiction. Les études montrent qu'un entrepreneur sur trois se dit en mauvaise forme psychologique et a recours à l'automédication, ne consultant que rarement des professionnels de santé.
La peur de savoir, la peur du regard social, la honte, et une culture du système de santé axé sur le curatif plutôt que le préventif expliquent en partie ce déni. Les entrepreneurs craignent que des problèmes de santé détectés lors de bilans médicaux ne leur soient refusés pour des prêts ou des assurances, les rendant "profils à risque". Cependant, négliger sa santé a des conséquences désastreuses à long terme : diabète, problèmes cardiaques, baisse de la lucidité, diminution des capacités physiques et cognitives, affectant non seulement la vie personnelle mais aussi la capacité à diriger leur entreprise. Un AVC, par exemple, peut rendre un dirigeant incapable de reprendre son activité, une frustration souvent plus grande que la rééducation elle-même.
Le coût d'une démarche préventive, estimé autour de 3000 à 5000 € par an pour un programme complet incluant bilans, suivi et compléments alimentaires, est présenté comme un investissement judicieux pour préserver l'actif le plus précieux d'un dirigeant : sa tête et son corps. Ce budget permet d'avoir une approche proactive, d'éviter des maladies chroniques coûteuses et dévastatrices, tant sur le plan humain qu'économique. La santé psychique est d'ailleurs le premier poste de dépense de la sécurité sociale en France, soulignant l'importance d'intégrer le suivi psychologique dans les programmes de santé des dirigeants.
Face à ces constats, Iris Ramos insiste sur l'importance de l'éducation et de la prise de conscience. Le déni est un symptôme majeur, souvent justifié par la banalisation de certains comportements et drogues, qui se sont démocratisés dans toutes les sphères sociales. La culture du "dur à cuire" et l'idée que le repos est une faiblesse freinent l'adoption d'une démarche préventive. Pourtant, les champions olympiques et les athlètes de haut niveau s'entourent de spécialistes pour optimiser leurs performances ; les dirigeants devraient en faire autant.
Les entrepreneurs qui durent et performent se distinguent par plusieurs aspects : ils priorisent la qualité de leurs relations et éliminent les influences négatives, pratiquent une activité physique régulière, et surtout, construisent une identité qui dépasse leur rôle d'entrepreneur. Ils cultivent des projets et des passions en dehors de leur activité professionnelle, reconnaissant qu'ils sont plus que leur entreprise. Ils développent une vision à long terme, prennent du recul par rapport à l'opérationnel quotidien et mettent en place des barrières pour se protéger, comme couper leur téléphone professionnel ou planifier leurs réponses. Ils comprennent que leur santé est une responsabilité personnelle et non une charge pour la société.
Concernant l'intelligence artificielle, Iris Ramos la voit comme un outil précieux pour les praticiens de santé, capable d'aider au diagnostic et à l'analyse de données. Cependant, elle ne peut remplacer la relation humaine, l'alliance thérapeutique, essentielle à la guérison et au bien-être. Le cerveau humain s'active différemment en présence d'autrui, et l'isolement peut être exacerbé par une interaction uniquement machine.
Iris Ramos a elle-même créé six entreprises en sept ans, non pas par mécanisme compensatoire, mais par nécessité et par désir de liberté financière et de construire des actifs indépendants de son temps et de sa forme. Son parcours, de Cuba à la France, marqué par des défis administratifs et financiers, l'a amenée à comprendre l'importance de l'autonomie et de la planification. Elle met en place une organisation stricte, axée sur l'harmonie plutôt que l'équilibre parfait, délaissant temporairement certains aspects de sa vie pour se consacrer à d'autres, sans jamais laisser un domaine être systématiquement négligé.
Le déclic personnel d'Iris Ramos fut la naissance de son enfant, qui lui a fait prendre conscience que personne d'autre n'anticiperait pour elle, et que sa santé était sa responsabilité première. Elle a transformé cette prise de conscience en mission avec Step, afin que les entrepreneurs puissent non seulement construire des entreprises prospères, mais aussi en profiter pleinement, en restant en forme et en bonne santé. L'objectif est que les dirigeants soient fiers et profitent de ce pour quoi ils ont travaillé toute leur vie, sans devenir esclaves de leur projet. Elle souligne que les crises successives (Covid, guerre) ont un peu aidé les dirigeants à prendre conscience de la nécessité d'être préparés, mais qu'il reste un long chemin à parcourir pour élever le niveau de conscience collective et individuelle sur l'importance vitale de la santé préventive.