
Les Illuminés d'Avignon : la magie d'invocation de Dom Pernety - Les Sociétés Secrètes
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Bonjour à tous et bienvenue dans cette émission consacrée aux sociétés secrètes. Aujourd'hui, nous explorons les "Illuminés d'Avignon" et leur figure centrale, Antoine Joseph Pernetti. Contrairement aux Illuminati de Bavière, souvent associés à Adam Weishaupt et à des ambitions de nouvel ordre mondial, les Illuminés d'Avignon se distinguent par leur approche mystique et alchimique.
Le contexte du XVIIIe siècle est crucial : le Siècle des Lumières encourage le rationalisme, mais parallèlement, les sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie, la Rose-Croix et le Martinisme prospèrent. L'illuminisme, un courant mystique religieux visant à contacter des forces supérieures pour atteindre l'illumination et la connaissance divine, prend également son essor. C'est dans ce terreau intellectuel et spirituel que s'inscrit Antoine Joseph Pernetti.
Né en 1716 à Ran dans une famille érudite, Pernetti rejoint les Bénédictins, où il reçoit une éducation classique en théologie, sciences naturelles, mathématiques et arts libéraux. Sa vie monastique bascule en 1757 avec la découverte de "L'Histoire de la Philosophie Hermétique" de l'abbé Lenglet du Fresnoy. Cette lecture révolutionne sa vision du monde, le plongeant dans l'hermétisme et la science des symboles. L'année suivante, il publie "Les Fables Égyptiennes et Grecques Dévoilées" et plus tard, un "Dictionnaire Mythologico-Hermétique", consolidant son passage vers l'ésotérisme.
À la quarantaine, Pernetti distingue deux types de savoir : l'exotérique, public et accessible par la science et la religion, et l'occulte, réservé aux initiés et transmis à travers les âges. Il s'intéresse particulièrement à l'alchimie et à Nicolas Flamel, prenant la défense de ce dernier face aux critiques, comme celles de l'abbé Villain. En 1762, un voyage marquant aux îles Malouines, relaté dans son "Journal Historique", élargit ses horizons culturels, notamment vers les Amériques.
De retour en France, il quitte le monastère en 1765 pour Avignon. Intrigué par l'hermétisme, il rejoint la franc-maçonnerie et y introduit son propre système rituel au sein de la loge "Les Sectateurs de la Vertu". Ce système comprend trois grades de base (Apprenti, Compagnon, Maître) et un système de hauts grades, culminant avec le grade de Chevalier du Soleil. Son influence se répand dans le milieu lyonnais, et son système semble intégrer des éléments de magie cérémonielle. L'Église catholique, déjà méfiante envers la franc-maçonnerie, s'inquiète de ces pratiques, d'autant plus que Pernetti est un ancien moine. Le légat du pape à Avignon commence à s'alarmer, poussant Pernetti à fuir vers l'Allemagne.
En Allemagne, Pernetti bénéficie de la protection de Frédéric II et obtient un poste de conservateur à la bibliothèque royale de Berlin. Ce poste lui assure un revenu, un accès aux archives et aux textes ésotériques, et élargit son cercle social auprès des érudits et hermétistes de la cour. Deux lectures marquent profondément sa pensée : les travaux de Jacob Böhme et les écrits d'Emmanuel Swedenborg. Il adopte l'idée d'une sagesse primordiale et le concept de métempsychose (réincarnation).
Avec son réseau, il fonde les "Illuminés de Berlin", visant à contacter des forces invisibles (anges, êtres spirituels, divinité) par des rituels. Initialement informelle, la société se structure autour de Pernetti et du comte Grabianka. Ils pratiquent la magie invocatoire et affirment avoir contacté "la Sainte Parole" (comparable au Saint-Esprit) et leurs anges gardiens personnels, comme "Hassadaï" pour Pernetti. Ces contacts mènent à un rituel de consécration, un rite d'illumination visant à rétablir le lien divin intérieur. Ce rituel est complexe, soumis à des codifications astronomiques, planétaires et nécessite une préparation rigoureuse, avec un accès limité.
La documentation sur les rituels berlinois est fragmentaire. Cependant, on sait qu'ils utilisaient la numérologie, l'alchimie opérative dans des laboratoires, et s'appuyaient sur des textes anciens comme ceux attribués à Nicolas Flamel ou le Livre de Mardochée. Les contacts avec les esprits fournissaient des instructions pour les rituels et des actions à accomplir. Un cas notable concerne la fille du comte Grabianka, Anette, qui aurait été "donnée" à une autre famille du cercle pour développer ses capacités exceptionnelles, dans une interprétation du sacrifice d'Isaac. Anette retrouvera sa famille deux ans plus tard.
Pernetti perd ensuite les faveurs de Frédéric II et doit quitter l'Allemagne pour retourner en France, potentiellement pour des raisons similaires à celles qui l'avaient contraint à quitter Avignon. Les textes de Pernetti évoquent une "décision et les ordres de la Sainte Parole" pour son retour en France. Il s'installe à Valence chez son frère. En 1784, il rencontre l'aristocrate Vacrose, qui l'invite sur son domaine près d'Avignon, à Bedarrides. Là, Pernetti fonde les "Illuminés d'Avignon", une société plus structurée, attirant d'anciens membres des Illuminés de Berlin.
Le domaine est renommé "Mont d'Or", évoquant un lieu de rencontre divine. La vie y est quasi monastique, avec un laboratoire d'alchimie, une salle d'études et une salle pour les rites de magie cérémonielle. Parmi les membres notables figurent le comte Grabianka, les frères Bouzy, le docteur de la Richard, le docteur Bouge, le marquis de Thomé (futur fondateur d'un rite maçonnique suédois) et Esprit Calvet, professeur et fondateur du musée Calvet.
La doctrine des Illuminés d'Avignon est une mystique chrétienne, centrée sur un Dieu créateur, mais Pernetti accorde une importance capitale à la Vierge Marie, suggérant une union alchimique entre le masculin sacré (Dieu le Père) et le féminin sacré (la Déesse Mère). Cette vision provoque un schisme. La société croit également en la métempsychose, en rupture avec le dogme catholique. Pour Pernetti, le salut ne vient pas uniquement du Christ, mais de l'accès à la connaissance (gnose), qui mène à l'illumination et à la réunion avec le divin, un autre état d'existence. Cette pensée s'apparente à l'illuminisme et au Martinisme. L'accès à cette connaissance nécessite des systèmes rituels, y compris la communication avec des entités invisibles.
La structure des Illuminés d'Avignon comprend des degrés : Novices ou Mineurs, Illuminés ou Moyens, et le Mage Pentif (rôle unique de Pernetti). Au-dessus de ces trois degrés se trouve un quatrième "degré" : la Bible elle-même, considérée comme la vérité suprême. Il s'agit d'un christianisme ésotérique, détaché du catholicisme dogmatique.
Les pratiques incluent la prière, la méditation, la recherche d'états de transe par contact avec l'ange gardien, et des rituels collectifs pour créer un égrégore et pratiquer la théurgie (contact avec le divin). Le rituel de consécration établit une connexion directe avec le divin ou la Sainte Parole. L'initiation ne dépend pas seulement des grades, mais des opérations rituelles révélant l'avancement.
La société prospère de 1784 à 1789, date à laquelle un schisme survient, principalement entre Pernetti et Grabianka, concernant la place de la Vierge Marie. Grabianka fonde sa propre société, "Le Nouvel Israël". En 1789, Pernetti publie "Les Vertus, le Pouvoir, la Clémence et la Gloire de Marie, Mère de Dieu, Théotokos", réaffirmant sa vision d'une alchimie spirituelle entre le Père et la Mère, inspirée de l'Égypte ancienne (Osiris, Isis, Horus).
La Révolution française éclate en 1789. Initialement, cela n'impacte pas directement la société, mais les sociétés secrètes sont de plus en plus vues comme révolutionnaires et anti-cléricales. En 1791, une tentative d'interdiction des Illuminés d'Avignon échoue. Cependant, durant la Terreur (1793), de nombreuses sociétés secrètes, dont la franc-maçonnerie, sont interdites. À Avignon, les membres fuient. Pernetti est arrêté mais libéré grâce à l'intervention d'un révolutionnaire. Il ne peut retourner au Mont d'Or, les troubles ayant mis fin aux activités de la société. Il trouve refuge à Avignon et y meurt en 179