
LES PETITS SECRETS DU MIEL INDUSTRIEL – Partie 1 : De l’abeille au bidon douteux
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Bonjour et bienvenue dans Produit de merde, l'émission préférée des industriels de l'agroalimentaire. Le miel est le produit alimentaire le plus fraudé au monde. En 2021, nous avions déjà exploré le marché du miel, et cinq ans plus tard, il est temps de revisiter ce sujet avec de nouvelles informations. Nous allons voyager autour du globe pour remonter la chaîne de production du miel et voir que la fraude est présente à toutes les étapes. Cette vidéo est la première de deux parties, se concentrant sur les horreurs de la production du miel, de l'abeille à l'importateur européen. La seconde partie abordera ce qui se passe de l'importateur au consommateur final.
Les Français consomment entre 40 000 et 46 000 tonnes de miel par an, mais n'en produisent que 15 000 à 20 000 tonnes. Autrefois autosuffisante, la France est devenue dépendante des importations à partir des années 90, en raison de l'augmentation de la consommation et de la chute de la production. Entre 1995 et 2015, la production de miel français a été divisée par trois, à cause de la sécheresse, des pesticides décimant les abeilles, et de l'invasion de produits bas de gamme décimant les producteurs locaux. Aujourd'hui, entre la moitié et les deux tiers du miel consommé en France provient d'importations, principalement d'Ukraine, d'Espagne et de Belgique. Cependant, l'origine d'un lot n'a pas toujours de lien avec le pays d'origine du miel qu'il contient.
À la base, le miel est un produit parfaitement naturel, entièrement fabriqué par les abeilles qui transforment le nectar des plantes. L'homme ne fait que surveiller et soigner les ruches, puis récupère la production stockée dans les cadres de hausse. La récolte est un travail de manutention qui ne nécessite aucune transformation du produit. Les étapes sont simples : les cadres sont désoperculés, centrifugés pour extraire le miel, filtrés pour retirer la cire et les impuretés, puis stockés dans un décanteur. Après quelques jours, les dernières impuretés remontent à la surface et sont retirées. Le miel est alors prêt à être conditionné et vendu.
Malgré cette simplicité, la mondialisation a créé un marché où les intermédiaires véreux sont omniprésents, avec la Chine comme principal acteur. La Chine est le premier producteur mondial de miel, mais aussi le premier en termes de fraudes sur sa qualité. Entre 2002 et 2004, l'importation de miel chinois avait été interdite dans l'Union européenne en raison de la mauvaise qualité de leur production (présence de plomb, pesticides, humidité excessive, fermentation, ajout d'eau ou de sirop de sucre).
Une des méthodes les plus radicales pour tricher est de fabriquer du faux miel en usine. Un ancien acheteur pour un grand importateur français de miel a témoigné qu'il était courant de répondre à des appels d'offres de la grande distribution pour des prix impossibles à atteindre avec du vrai miel. Ils achetaient alors du "miel chinois" qui était en réalité un assemblage de sirop de sucre, colorants et arômes, sans aucune trace de produit provenant des abeilles. Ces produits artificiels étaient importés à moins d'un euro le kilo et revendus à la grande distribution. Cette pratique existe depuis plus de dix ans et se poursuit encore aujourd'hui.
Comment est-ce possible ? Les autorités et les professionnels du secteur sont conscients de cette fraude. Le CTAM (Centre Technique de l'Apiculture de la Moselle) avait déjà publié un article en 2011 signalant que la situation du miel chinois n'avait pas évolué depuis 2002 : miels de très mauvaise qualité, pasteurisés pour arrêter la fermentation et coupés au sirop de sucre, voire composés exclusivement de sirop.
Le professeur Schouetzer, directeur du CTAM, a démontré comment fabriquer du faux miel sans abeilles. En mélangeant six sucres différents (glucose, fructose, maltose, isomaltose, etc.), de l'acide gluconique, des enzymes, de l'eau et quelques grains de pollen, il est possible d'obtenir un produit qui ressemble au miel et qui est conforme à tous les critères légaux lors des analyses. Ce type de fabrication est réalisé à l'échelle industrielle en Chine, produisant des miels qui passent parfaitement pour du vrai.
Sur Alibaba, on trouve du miel en gros pour 1 ou 2 euros le kilo, et même à 50 centimes le kilo pour du miel "bio" conditionné en pots d'un kilo. Les normes de production "bio" en Europe et dans certains pays tiers sont différentes, ce qui permet à ces produits d'être étiquetés bio-européen malgré des standards de production inférieurs. D'autres fournisseurs proposent des conditionnements variés, étiquetables à la marque souhaitée, à partir de 26 centimes les 500 grammes (soit 50 centimes le kilo). En vrac, dans des bidons de 300 kg, le prix peut descendre à 26 centimes le kilo.
En Inde, la notion de miel et de fraude est subjective. Un industriel produisant du faux miel à bas prix a même été décoré par l'État pour avoir rendu le "miel" accessible à un large public. Une véritable mafia du miel s'est développée en Inde, avec la complicité d'acteurs chinois qui ont formé les entreprises indiennes à fabriquer du faux miel conçu pour passer les tests d'adultération locaux, souvent des tests isotopiques C3C4 largement dépassés. Des sirops de sucre vendus sur Alibaba, conçus pour ressembler à du miel, étaient importés de Chine vers l'Inde, parfois sous l'intitulé de "peinture" pour éviter les contrôles, puis mélangés à du miel local et conditionnés. Des usines indiennes ont également commencé à fabriquer ces sirops localement, vendus sous le nom "All Pass" pour leur capacité à passer les tests de pureté indiens avec un taux de dilution allant jusqu'à 75%.
Cette arnaque a été révélée en 2020 par une ONG indienne qui a fait tester 13 marques de miel par un laboratoire allemand utilisant la résonance magnétique nucléaire, une technique avancée non utilisée en Inde. Dix des treize marques contenaient des sirops de sucre, bien qu'elles fussent conformes aux normes indiennes. Le gouvernement indien, qui encourageait la consommation de miel pour l'immunité face au Covid-19, a été éclaboussé par ce scandale. L'Inde avait assoupli ses normes de détection de fraudes en 2019, notamment en ce qui concerne l'ajout de sirop et le comptage des pollens. Après le scandale, l'Inde a rétabli des contrôles plus stricts, mais déjà dépassés par les fraudeurs.
Le miel coupé n'est pas propre au marché indien ; c'est une situation globale. Des fabricants de faux miel chinois proposent ouvertement leurs produits aux salons agroalimentaires, conçus pour contourner la réglementation européenne et britannique. Ces sirops de sucre ne sont pas destinés à être vendus purs, mais mélangés à du vrai miel. Avec le bon sirop de fructose, une dilution à 50% peut passer la plupart des tests en Europe. Le coût de production et de transport de ces miels coupés est de 2 à 3 euros le kilo, tandis qu'ils sont vendus entre 6 et 10 euros le kilo en grande surface, générant une marge commerciale de 70%. Le consommateur qui achète le produit le moins cher obtient souvent le pire rapport qualité-prix, car la matière première est une fraction ridicule du prix et n'est souvent même plus du miel.
Le miel n'est pas un simple assemblage de sucres. Son intérêt vient des enzymes, acides aminés, flavonoïdes, minéraux et autres phytochimiques issus du processus de récolte et de transformation par les abeilles. Ces éléments confèrent au miel des propriétés antioxydantes, antimicrobiennes et anti-inflammatoires. Ces caractéristiques ne peuvent pas être obtenues en mélangeant du glucose et du fructose issus du cracking alimentaire de céréales.
Au-delà du faux miel, la production de miel par les abeilles elle-même présente des dérives. Les ruches chinoises, et de nombreux pays asiatiques, utilisent des méthodes de production souvent interdites en Europe. Une pratique courante est le nourrissement des abeilles au sirop de sucre, non seulement en hiver, mais aussi pendant la miellée, soit pour stimuler la ponte et la productivité, soit pour produire du faux miel. Cela entraîne une pollution du miel, car les abeilles stockent ce surplus de nourriture dans les cadres, le mélangeant au miel récolté. Cette adultération indirecte est difficile à détecter à petite échelle. La définition européenne du miel est stricte : il doit provenir du nectar des plantes. Si les abeilles sont nourries pendant la récolte, le miel n'est pas conforme.
La stimulation des colonies augmente aussi les risques de maladies, menant à l'utilisation massive d'antibiotiques en Chine, y compris des molécules interdites en Europe comme la fumagilline et les fluoroquinolones. Le chloramphénicol, un puissant antibiotique interdit avec une limite maximale de résidus de zéro, avait déjà causé une interdiction d'importation du miel chinois entre 2002 et 2004. Malgré les garanties des autorités chinoises, l'usage décomplexé des antibiotiques a persisté.
Un autre problème majeur est l'exposition des abeilles aux pesticides. Aux États-Unis, les cultivateurs d'amandiers louent des ruches pour la pollinisation, ce qui est lucratif pour les apiculteurs. Cependant, les abeilles sont exposées aux pesticides et fongicides utilisés sur ces monocultures. Même si les traitements sont effectués la nuit, les résidus peuvent être ramenés à la colonie et tuer les larves. Les apiculteurs transhumants, qui déplacent leurs ruches à travers les États-Unis, subissent des pertes massives dues aux pesticides et à la transmission de maladies. Pour compenser, l'élevage intensif a recours aux antibiotiques comme la fumagilline, autorisée aux États-Unis en dehors des miellées.
En Europe, l'agriculture intensive et les dérogations pour les néonicotinoïdes affectent également les abeilles. Interdire un pesticide en France n'a pas de sens si les productions étrangères qui l'utilisent sont autorisées à entrer sans droits de douane. Cela sabote la production locale et favorise les importations, comme la France l'a expérimenté avec le miel et d'autres produits.
Une fois le travail des abeilles terminé, la récolte est une étape cruciale. En Chine et dans une grande partie de l'Asie, le miel est souvent récolté trop tôt, avant que les abeilles n'aient eu le temps de le sécher. Le séchage est essentiel pour réduire le taux d'humidité du miel et assurer sa conservation. La réglementation européenne accepte jusqu'à 20% d'humidité, mais un miel de bonne qualité est plutôt autour de 18%. Le miel immature, ou "miel d'eau", risque de fermenter en quelques mois, voire semaines. Les apiculteurs chinois récoltent le miel avec un taux d'humidité élevé, parfois jusqu'à 27%.
De plus, les techniques de récolte et le matériel apicole dans les campagnes chinoises et asiatiques peuvent poser des problèmes d'hygiène, entraînant des contaminations (comme la présence d'oxyde de fer due à l'utilisation de tonneaux métalliques non alimentaires, ou même de terre). Le miel est récolté tous les deux à quatre jours pendant les pics de production, y compris sur les cadres de couvain, et l'étape de décantation est souvent ignorée. Le miel, avec toutes ses impuretés, est stocké dans des bidons dans des conditions approximatives, exposé au soleil et aux intempéries, avant d'être envoyé à une usine de traitement. Il en résulte un miel pauvre en nutriments, sans