
OpenAI vs Anthropic : le pied sur le frein ET sur l'accélérateur !
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Dans le monde de l'intelligence artificielle, la domination est éphémère. OpenAI a marqué les esprits avec GPT-6 Astra, mais Anthropic a rapidement répliqué avec Claude Opus 5.5. Moins d'une heure plus tard, OpenAI a riposté avec deux nouveaux modèles, Sol et Luna. Cette course effrénée soulève la question de savoir qui finira par gagner et qui peut encore rivaliser avec ces acteurs acharnés.
La dynamique de cette compétition est fulgurante. Ce qui était valable il y a quelques semaines ne l'est plus aujourd'hui. La semaine du 24 septembre, par exemple, a été particulièrement mouvementée. Tout a commencé le 1er septembre avec la sortie de Claude 5.1 par Anthropic. Deux jours plus tard, OpenAI a dévoilé GPT-6 Astra, un modèle qui a immédiatement impressionné et repris l'avantage en termes d'adoption par les entreprises. Selon des données de RAMP, une société d'audit des dépenses IA des entreprises américaines, les dépenses sur les nouveaux modèles chez OpenAI ont grimpé de 8% à 13% en deux semaines, tandis qu'elles restaient à 8% pour Anthropic. Cette tendance s'est également observée sur OpenRouter, une plateforme permettant de basculer entre différentes APIs et modèles IA, où OpenAI a repassé devant Anthropic en termes de dépenses pour la première fois depuis début 2024.
Cependant, cette période a également été marquée par des turbulences internes. Le 8 septembre, Jacob Cson a quitté Anthropic, alimentant les spéculations sur d'éventuels problèmes au sein de l'entreprise. Quatre jours plus tard, Dario Amodei, le PDG d'Anthropic, a même appelé à ralentir le développement, une position reprise par Sam Altman, Elon Musk et Demis Hassabis. Mais cette idée de ralentissement a été rapidement contredite le 22 septembre avec la sortie de Claude Opus 5.5. Ce nouveau modèle d'Anthropic, bien que positionné au même niveau que GPT-6 Astra en termes de benchmarks, est 40% moins cher et 30% plus rapide. En termes de performance brute, Opus 5.5 obtient 58 points sur l'index, contre 53 pour Astra. Cette compétitivité accrue d'Anthropic a suscité des débats sur la rapidité des évolutions et la difficulté de suivre le rythme.
Du côté des développeurs, la transition entre les modèles n'est pas aussi immédiate. Michel, qui travaille sur le projet Captain, souligne qu'il existe une inertie due aux "harness" (cadres de développement) et aux configurations mises en place. Changer de modèle implique une adaptation de l'environnement de développement, même si des passerelles existent. Par ailleurs, l'écosystème autour des modèles joue un rôle crucial. Par exemple, les développeurs utilisant Cursor se retrouveront probablement contraints de rester chez OpenAI, car ce dernier retire ses modèles de cette plateforme. Cette fidélisation forcée par l'écosystème pourrait limiter la bascule rapide entre les modèles, malgré la guerre marketing que se livrent les entreprises.
La stratégie de communication semble être un élément clé de cette course. Les sorties de nouveaux modèles, comme Sol et Luna par OpenAI peu après l'annonce d'Opus 5.5, suggèrent que les modèles sont prêts et que les entreprises jouent sur la fréquence des annonces pour maintenir une visibilité maximale, à l'instar d'une stratégie de catalogue à la Netflix. L'objectif est d'imprimer la marque et d'occuper l'espace médiatique. Cette approche, parfois qualifiée de "slop" (bruit, contenu de faible qualité mais produit en masse), vise à capter l'attention et à générer des dépenses en tokens, même si la qualité intrinsèque est discutable.
Les usages émergents se concentrent sur la création. Un exemple frappant est la génération d'un clip vidéo pour la chanson "I'm Upping My Pedom" par Opus 5.5, simplement à partir d'une consigne de créer un clip avec la mascotte de Claude. Ce type de création "one-shot" devient de plus en plus courant, tout comme les "Infinite Stream" ou jeux dont vous êtes le héros, où les vidéos sont générées en temps réel par les prompts des spectateurs. Ce phénomène est rendu possible par la capacité des modèles à inventer et à créer, ainsi que par la rentabilité croissante de ces contenus générés en continu par rapport au coût des tokens.
Au-delà de la simple performance des modèles, la question de la valeur réelle et de l'impact sur les entreprises est soulevée. Si les benchmarks impressionnent, ce qui compte à terme, c'est la valeur ajoutée. L'IA ne gère pas encore toutes les tâches administratives, mais des solutions comme Conto, un compte professionnel français, intègrent l'IA pour automatiser la facturation, relancer les clients et optimiser la trésorerie. L'agent IA de Conto accède aux données en temps réel pour préparer les factures et les relances, simplifiant ainsi le travail des entrepreneurs.
Une conversation fascinante émerge sur la nature de la réalité et le rôle de l'IA. L'idée que nous pourrions vivre dans une simulation, où l'arrivée d'une intelligence artificielle générale serait un événement d'une probabilité quasi nulle si nous n'étions pas dans un film, est évoquée. Le cinéma, passé d'images rudimentaires à des expériences immersives, est comparé à l'évolution de l'IA. Dans ce contexte, la mort ne serait que la fin d'un film, et nous serions des spectateurs vivant une expérience extraordinaire.
Dans ce paysage en évolution rapide, les créateurs doivent s'adapter. L'exécution pure, autrefois réservée aux humains, devient de plus en plus automatisée. Ce qui reste crucial, c'est le jugement et l'orchestration. L'exemple de Brivael et de sa start-up Argile, qui cherche à créer la chaîne de production vidéo la plus pertinente et virale, illustre ce besoin d'orchestration humaine pour trouver les bonnes idées et les enchaînements qui rendent une histoire captivante, au-delà de la simple création de pixels.
Le rapport entre intelligence et coût est également un facteur déterminant. Si OpenAI et Anthropic dominent les benchmarks, des modèles chinois comme GLM 5.3 de Zhipu AI offrent un rapport intelligence/coût exceptionnel, étant dix fois moins chers que les modèles américains tout en restant performants. Ces modèles chinois obtiennent des indices agentiques proches de ceux des leaders américains, mais à une fraction du prix. Cela pose la question de la stratégie de communication des entreprises, notamment celle de Mistral AI, une entreprise française qui, malgré ses performances, semble manquer de clarté dans son récit.
La communication est perçue comme un élément sous-estimé, voire "bon marché", mais essentiel. Alors que les entreprises américaines et chinoises s'illustrent par leurs lancements fréquents et leur présence médiatique, Mistral AI, avec une communication plus institutionnelle, risque de disparaître des radars. L'analogie est faite avec la politique, où des personnalités comme Trump ou Elon Musk maintiennent leur présence par une communication constante et parfois provocatrice.
Le "Fight Club" de l'IA est une autre métaphore utilisée pour décrire la bataille actuelle. Dans ce contexte, il ne s'agit plus de suivre des règles établies, mais de s'adapter aux nouvelles dynamiques. La comparaison est faite avec un combat entre un robot et un humain, où l'humain, s'il ne s'adapte pas aux règles du robot, est voué à l'échec. De même, dans l'IA, il faut se battre avec les règles imposées par internet, même si cela implique de naviguer dans un flot de "slop".
L'émergence de nouveaux outils, comme la guitare électrique a révolutionné la musique, crée de nouvelles opportunités et de nouveaux créateurs. L'IA est vue comme un nouvel instrument qui, bien qu'au début produise beaucoup de "merde", permettra à terme l'émergence de créations exceptionnelles. L'inquiétude des créateurs actuels face à cette disruption est compréhensible, mais inévitable.
Le véritable goulot d'étranglement ne semble plus être la technologie elle-même, qui s'améliore constamment, ni même le coût des tokens, qui tend à baisser. Le compute, bien que coûteux, semble également plus accessible. Le principal défi réside dans notre capacité à décider quoi faire de ces technologies et à orchestrer efficacement les outils disponibles. L'orchestration, qu'elle soit humaine ou artificielle, est la clé pour obtenir des résultats exceptionnels, même avec des modèles moins performants.
La mesure de la valeur réelle de l'IA se fera par son impact matériel, que ce soit en termes de retour sur investissement pour les entreprises ou de productivité accrue pour les individus. Les benchmarks traditionnels ne suffisent plus ; il faut évaluer la pertinence et l'efficacité des tâches accomplies, en tenant compte de tout le contexte, y compris l'harness, les données et l'orchestration. La course aux modèles les plus performants pourrait masquer une réalité où l'efficacité de l'orchestration humaine et artificielle déterminera le succès.
La paralysie de la créativité, face à la possibilité de tout faire, est un nouveau défi. La question n'est plus "combien coûte l'IA ?", mais "combien rapporte-t-elle ?". Les entreprises devront prouver que leurs investissements en IA se traduisent par une valeur tangible, que ce soit pour les investisseurs ou pour les utilisateurs individuels. Les prochaines étapes montreront comment cette nouvelle ère de l'IA, marquée par des lancements rapides et une communication agressive, se traduira en succès concrets et mesurables.