
JUSTICE : FACE À L'ÉTAT AUTORITAIRE, COMMENT RENDRE LES COUPS
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Ce soir, nous abordons le cas d'Anas Kazib, qui devait être jugé pour un tweet soutenant la lutte palestinienne, afin de questionner les libertés démocratiques en France. L'État choisit d'attaquer politiquement, et il est crucial de faire face à cette offensive. Le dialogue est impossible lorsque le juge considère l'accusé comme membre d'une association de malfaiteurs et l'accusé se déclare membre d'une organisation de résistance. La logique est de montrer qu'en situation d'affrontement politique, on ne peut séparer le judiciaire du politique.
Nous soutenons Zima Assam face à une tentative de disqualification politique masquée en affaire judiciaire. Il nous manque un fil de continuité stratégique avec l'héritage de notre classe sociale, contrairement aux classes dominantes. Elsa Marcel, avocate et militante à Révolution Permanente, explique que le dossier d'Anas Kazib, porte-parole de Révolution Permanente, poursuivi pour apologie du terrorisme, n'est pas un cas isolé, mais la manifestation d'un affrontement entre deux ordres politiques. La répression de la solidarité avec la Palestine révèle que les grands principes comme la séparation des pouvoirs ou l'indépendance de la justice ne résistent pas à l'examen de la réalité du pouvoir.
L'apologie du terrorisme est un piège construit par les classes dominantes. La loi a été retirée du droit de la presse en 2014 et insérée dans le code pénal par le Parti Socialiste. Une circulaire du garde des Sceaux, après le 7 octobre, a expliqué aux procureurs que le terme "résistance" équivalait à l'apologie du terrorisme, incitant à une chasse aux propos sur les réseaux sociaux et dans les manifestations. Des organisations comme l'ICRA et la Jeunesse Française Juive, qui défendent la politique coloniale d'Israël, se font le relais du parquet pour traquer les personnalités politiques de gauche et développer un discours de propagande de guerre et de justification du génocide dans un cadre judiciaire.
Nous avons conscience que ce qui se joue n'est pas un cas individuel, mais un discours politique contre un autre. Il faut regarder la réalité en face et se hisser à la hauteur de l'offensive, ce qui signifie ne pas reculer, ne pas s'excuser, et accumuler de la force. Le débat juridique seul ne suffit pas ; il faut intégrer d'autres outils stratégiques. Nous avons cherché à construire une grande mobilisation et un front avec tous les réprimés, liant le cas d'Anas à ceux de Rima Hassan, Olivia Zemor, Omar Soumi, Ramhat et d'autres. Nous organisons des rassemblements devant les tribunaux pour montrer notre détermination et contrer l'objectif de la répression, qui est d'envoyer un message à tout le mouvement de solidarité.
Sur le terrain judiciaire, nous avons développé la défense la plus ambitieuse possible, affirmant que si la cause palestinienne est jugée, elle se défendra au prétoire. Nous avons cité cinq témoins, dont Alain Grèche, spécialiste de la cause palestinienne, et Eugénie Marioot, constitutionnaliste. Nous avons également contesté la capacité de ces organisations à occuper l'espace judiciaire en déposant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Nous avons soutenu que des organisations comme la Jeunesse Française Juive, qui comparent le drapeau nazi au drapeau palestinien et relaient des propos de Zemmour, n'ont pas leur place dans cette salle d'audience. Elles ont accès aux informations personnelles des prévenus, et nous voulions que cette question soit tranchée avant les débats sur le fond. Nous refusons que plusieurs parties civiles pèsent de tout leur poids dans l'audience, déformant considérablement le débat.
Nous sommes très satisfaits que cette QPC ait été transmise, car c'est un apport pour toutes les personnes réprimées, qui pourront réutiliser ces questions. Cela s'inscrit dans une tradition de défense politique qui ne considère pas l'institution judiciaire comme un espace de débat neutre, mais comme une extension de l'appareil répressif de l'État, et donc un lieu de lutte politique et de lutte de classe. Cette logique a été très vivante dans les années 70, notamment après Mai 68, avec les mouvements anti-impérialistes et de solidarité avec le Vietnam et l'Algérie, produisant des figures d'avocats radicaux et politiques comme Jacques Vergès.
Vergès, dans son livre "De la stratégie judiciaire", explique que dans un procès de connivence (où l'on cherche la collaboration et la négociation), seule l'accusation a la volonté de vaincre. Dans un procès de rupture, il y en a deux. La défense politique n'est pas une question de posture, mais la condition pour se hisser à la hauteur de l'offensive. Les grands principes de l'État libéral et de la démocratie bourgeoise sont formels et impuissants. Continuer à les invoquer comme des abstractions nous réduit à l'impuissance. Vergès a montré, dans la défense des militants algériens, que le droit à un procès équitable ou l'indépendance de la justice n'ont jamais eu vocation à s'appliquer aux Algériens colonisés, où la torture était légitimée.
Le procès de Djamila Bouhired, par exemple, est devenu un symbole de mobilisation nationale, rendant son exécution trop coûteuse. La logique est de montrer qu'en situation d'affrontement politique, on ne