
Assurance vie : pourquoi le Luxembourg écrase la France ?
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L'assurance vie, avec plus de 2000 milliards d'euros investis, est un véhicule d'investissement privilégié en France, offrant des avantages en fiscalité, succession et protection des actifs. Une assurance vie est une enveloppe d'investissement où l'on place des capitaux pour les faire fructifier tout au long de sa vie, et qui offre des bénéfices à la fois de son vivant et au décès pour la succession.
Deux grandes familles de supports existent au sein de l'assurance vie : les fonds euros et les unités de compte. Les fonds euros garantissent le capital investi, offrant un rendement sans risque, avec une moyenne de 2,65% en 2023, pouvant atteindre 3,5% à 4% pour les meilleurs contrats. Bien que supérieurs aux livrets en termes de rendement et sans plafond, ils peuvent avoir du mal à battre l'inflation sur le long terme. Les unités de compte, en revanche, sont considérées plus risquées mais offrent historiquement de meilleurs rendements et permettent de conserver le pouvoir d'achat. Elles couvrent un large éventail d'investissements comme les actions (directes, ETF, fonds sectoriels), les obligations (fonds obligataires, ETF obligataires), l'immobilier papier (SCI, OPCI, SCPI pour les contrats français), le private equity, les produits structurés et les fonds thématiques (IA, luxe, transition énergétique). L'accès à ces investissements varie en fonction des montants et du type de contrat d'assurance vie.
L'assurance vie présente cinq avantages majeurs par rapport à l'investissement direct. Premièrement, c'est une enveloppe capitalisante, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'impôts tant qu'aucun retrait n'est effectué. Les intérêts fructifient sans frottement fiscal, ce qui optimise les rendements sur le long terme. En investissement direct, les dividendes et plus-values sont imposés immédiatement.
Deuxièmement, les retraits sont optimisés. Contrairement à l'investissement direct où l'impôt s'applique sur l'intégralité du gain, dans une assurance vie, le retrait est composé d'une part de capital et d'une part de gain, et seule la part de gain est imposée au prorata. Par exemple, pour un retrait de 50 000 € sur un capital d'1 million générant 5% de rendement, seuls 2 380 € seraient considérés comme des gains imposables. Si le contrat a plus de 8 ans, un abattement annuel de 4 600 € par personne (9 200 € pour un couple) s'applique, ce qui peut rendre l'impôt sur le revenu nul sur la part de gain. Les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus. Pour un contrat de moins de 8 ans, la flat tax de 30% s'applique sur les gains. Ces optimisations fiscales peuvent créer des écarts de rendement considérables par rapport à l'investissement direct.
Troisièmement, l'assurance vie est très avantageuse pour la transmission du patrimoine. En investissement direct, les droits de succession peuvent être très élevés en France (jusqu'à 45% pour les enfants, 55% pour un neveu, 60% pour un ami). Avec une assurance vie, il y a un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, quel que soit le lien de parenté, à condition que les versements aient été faits avant 70 ans. Au-delà de cet abattement, le taux d'imposition est de 20% jusqu'à 700 000 € supplémentaires, puis 31,25%. Cela permet de léguer une part bien plus importante de son capital.
Quatrièmement, l'assurance vie facilite l'accès au crédit lombard. Il s'agit d'emprunter en nantissant son contrat d'assurance vie. Le montant empruntable (loan to value - LTV) varie de 40% à 80% de la valeur des actifs, selon leur liquidité. Par exemple, avec 1 million d'euros, on peut facilement accéder à 400 000 € à 800 000 € de liquidités à un taux de crédit intermédiaire entre le crédit à la consommation et le crédit immobilier. Cette stratégie est utilisée par de nombreuses familles fortunées pour financer leur vie sans vendre leurs actifs, car l'argent emprunté n'est pas imposable.
Enfin, le cinquième avantage est la protection des actifs. En France, la protection est plafonnée à 70 000 € par souscripteur et par assureur, ce qui est inférieur à la garantie des comptes bancaires (100 000 €). L'assurance vie luxembourgeoise offre une protection illimitée grâce au "triangle de sécurité" : les actifs sont détenus par une banque dépositaire agréée, physiquement et juridiquement séparée de la compagnie d'assurance. Ainsi, en cas de faillite de l'assureur ou de la banque, les actifs sont protégés sans plafond. De plus, au Luxembourg, les souscripteurs ont un "super privilège", étant créanciers de premier rang en cas de faillite, remboursés avant l'État et les autres créanciers. En France, c'est l'inverse, les souscripteurs sont payés en dernier au-delà des 70 000 € garantis.
L'assurance vie luxembourgeoise présente des avantages significatifs par rapport à la version française. Outre la protection illimitée, elle offre une immunité face au gel des retraits. En France, la loi Sapin 2 permet au Haut Conseil de Stabilité Financière de geler les retraits des assurances vie pendant 3 mois renouvelables une fois, en cas de crise financière. Cette loi ne s'applique pas au Luxembourg. La seule exception serait un fonds euro adossé à un assureur français via un contrat luxembourgeois. Pour cette raison, privilégier les unités de compte plutôt que les fonds euros est recommandé pour préserver la liquidité.
La portabilité est un autre atout majeur de l'assurance vie luxembourgeoise, cruciale pour les personnes envisageant l'expatriation. Une assurance vie française reste soumise aux règles françaises, même en cas de résidence fiscale à l'étranger, avec une retenue à la source potentiellement élevée (jusqu'à 75% dans certains pays). De plus, conserver la majorité de son patrimoine dans une assurance vie française peut fragiliser la requalification en résident fiscal français. L'assurance vie luxembourgeoise, en revanche, a une fiscalité neutre qui s'adapte au pays de résidence. Elle applique la fiscalité française si vous restez en France, ou celle de votre nouveau pays (potentiellement zéro dans des pays comme Dubaï ou Panama) si vous vous expatriez. C'est un outil idéal pour préparer une expatriation et optimiser la sortie de capital.
En termes de supports disponibles, l'assurance vie luxembourgeoise surpasse largement l'offre française. Historiquement limitée, l'offre française s'est améliorée avec les contrats en ligne, mais reste très faible comparée au Luxembourg. Seules les SCPI sont exclusivement accessibles via les contrats français, bien que des équivalents comme les SCI et OPCI existent au Luxembourg. L'assurance vie luxembourgeoise ouvre un univers d'investissement incomparablement plus large, incluant actions directes, ETF (y compris américains), obligations, OPCI, produits structurés, private equity, avec de moins en moins de limites à mesure que le capital investi augmente.
Cependant, le ticket d'entrée est un désavantage pour l'assurance vie luxembourgeoise. Alors qu'une assurance vie française en ligne est accessible dès 50 €, les contrats luxembourgeois débutent souvent à 125 000 €, voire 250 000 €.
Concernant les frais, ils sont quasiment identiques entre les deux options si l'on prend le temps de bien rechercher et négocier. Les frais d'entrée doivent idéalement être de 0%. Les frais de gestion varient entre 0,5% et 1%, en fonction des montants investis et de la capacité de négociation.
En résumé, l'assurance vie luxembourgeoise l'emporte sur des points cruciaux comme la protection en cas de faillite, la protection contre le gel des retraits, la portabilité et la diversité des supports d'investissement. Elle est moins accessible pour les petites fortunes en raison du ticket d'entrée, mais les frais sont comparables.
L'assurance vie est pertinente pour quatre profils :
1. Ceux ayant des enjeux de transmission dans des pays fortement fiscalisés.
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