
Un manager doit-il tout dire ? (la vraie réponse)
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Dans cet épisode, Anne France, experte en accompagnement de personnes et d'organisations, partage sa philosophie de l'« oformance », basée sur le plaisir et la performance juste, plutôt que guerrière. Sa mission est de faire comprendre que « nous sommes bien dans notre travail quand notre travail nous fait du bien » et « nous sommes bien dans nos vies quand nos vies nous font du bien ». Après une carrière dans l'intérim, elle a fondé son cabinet en 1998, constatant la différence entre les organisations dynamiques et celles qui stagnent. Elle a également créé une école sur l'art de l'écoute.
Le débat s'engage sur la notion de transparence au travail. Anne France suggère de remplacer le terme par « ouverture », arguant qu'une « ouverture de cœur » des dirigeants est plus nécessaire qu'une transparence totale qui impliquerait de tout dire. Elle estime que se révéler permet d'ancrer une qualité de présence et une légitimité plus fortes, favorisant une rencontre authentique entre individus, à l'heure où l'autorité seule ne suffit plus.
La conversation aborde ensuite le sujet de l'épuisement professionnel, ou burnout, une préoccupation majeure aujourd'hui. Anne France identifie deux causes principales. La première est le port de masques, c'est-à-dire la dissociation entre sa vie professionnelle et sa vie privée, cherchant à projeter une image différente de celle que l'on est réellement. Elle explique que nos vies sont interconnectées et qu'il est un art de faire cohabiter ces différentes sphères. Se montrer tel que l'on est, avec ses talents et ses limites, permet de ne pas se consumer et de laisser de la place aux autres. La deuxième cause majeure, souvent sous-estimée, est la mauvaise qualité des relations professionnelles. Les statistiques belges montrent que plus de 60 % des épuisements sont dus à des relations dégradées, où les individus sont traités comme des robots plutôt que comme des êtres humains.
L'idée d'être soi-même au travail soulève des questions quant à la frontière avec la vie privée. Anne France clarifie qu'il ne s'agit pas de tout dévoiler de sa vie intime, mais d'être authentique dans sa manière d'être et de communiquer. Elle illustre cela avec l'exemple de Michel, un dirigeant qui, traversant une crise personnelle douloureuse, a choisi de ne rien dire pour protéger son associé et ses collaborateurs. Cette réticence a eu pour conséquence une perte de sa qualité de présence, conduisant à une rupture avec son associé. Anne France souligne qu'un simple message comme « Je vis un moment très difficile, mon énergie ne sera pas à 100 % » aurait pu changer la donne, sans entrer dans les détails intimes.
Elle encourage à exprimer ses doutes et ses peurs, car cela renforce l'intelligence collective. Admettre un doute permet de mobiliser les équipes et de trouver des solutions ensemble. L'oratrice insiste sur la nécessité d'accepter de paraître vulnérable, ce qui demande une grande confiance en soi et une humilité profonde. La confiance, selon elle, repose sur deux piliers : se faire confiance à soi et se faire confiance aux autres, mais aussi, et c'est souvent oublié, « se mettre en confiance » par des temps informels de rencontre et de connaissance mutuelle. Passer du « faire » à l'« être » est essentiel pour éviter la course au burnout, souvent alimentée par un ego débordant.
Le courage managérial est défini comme l'authenticité et le courage de décider, ce qui implique de savoir cadrer. L'authenticité crée des liens durables et permet de retrouver de la durée dans les collaborations. Elle met en garde contre le risque que certains collaborateurs abusent de cette ouverture, mais souligne que cela relève du discernement et de la mise en place d'un cadre clair. L'authenticité ne signifie pas l'absence de limites ou d'objectifs.
Anne France aborde également l'intelligence artificielle (IA), reconnaissant qu'elle sera imbattable en termes de savoir. Cependant, elle estime que l'IA ne pourra jamais remplacer la dimension humaine des relations, particulièrement au niveau managérial. Le confinement a accentué le besoin de lien, incitant les entreprises à « réinventer la machine à café », c'est-à-dire le lien social. La non-authenticité, quant à elle, isole, ce qui est préjudiciable pour un manager.
Elle propose des outils concrets pour cultiver l'authenticité et la qualité des relations. Le premier pilier est la qualité d'écoute, en posant des questions ouvertes et en cherchant à comprendre la réalité de chacun. Le deuxième outil est la fenêtre de Johari, qui permet d'explorer le « moi aveugle » (ce que les autres voient de nous et que nous ignorons) par le feedback. La formulation « Grâce à quoi ? » est proposée pour demander du feedback de manière positive, axée sur les points forts et les axes d'amélioration. Donner du feedback, également via le « Grâce à quoi », est essentiel pour valoriser et renforcer les bonnes pratiques. Enfin, le « moi inconnu » peut être exploré par des moments de recul et de ressourcement.
Elle insiste sur le fait que comprendre ne signifie pas accepter aveuglément, mais plutôt écouter les besoins et les attentes de chacun. La question « Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? » est une clé pour distinguer ceux qui ont juste besoin d'être écoutés de ceux qui attendent une aide concrète. L'écoute sans chercher à résoudre systématiquement est une forme de considération qui améliore la relation.
Les deux besoins universels fondamentaux sont l'amour et la reconnaissance. L'indifférence, c'est-à-dire le manque de reconnaissance, est une cause majeure de départ des employés. Libérer la parole, notamment par le « Grâce à quoi », permet de renforcer les bonnes pratiques et de mobiliser les équipes.
Pour aller plus loin, Anne France recommande son livre « En quête de sens et d'harmonie », qui développe la philosophie de l'oformance. Elle cite également « L'art de l'écoute » de Marc Nepo, soulignant que l'écoute va au-delà des mots, incluant l'intuition, le corps et les silences. Enfin, les quatre accords toltèques sont présentés comme une boussole pour l'authenticité : ne pas faire de suppositions, avoir une parole impeccable, faire de son mieux et ne pas en faire une affaire personnelle. Ces accords aident à rester soi-même tout en naviguant dans les complexités relationnelles.