
Ma vision de l'avenir (et elle ne va pas vous plaire)
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L'étude PISA révèle que les résultats des élèves français sont en déclin constant, atteignant en 2025 leur niveau le plus bas jamais enregistré. Parallèlement, la possibilité d'une crise financière majeure se profile, et l'on observe que le discours politique actuel se focalise sur le court terme, négligeant des enjeux fondamentaux. Cette situation, combinée aux défis du réchauffement climatique et à l'avènement de l'intelligence artificielle (IA), pourrait laisser croire à un monde au bord de l'effondrement.
Pour analyser ces phénomènes, il est pertinent de se pencher sur le concept d'effondrement. À l'échelle de la vie sur Terre, cinq effondrements massifs ont réduit le nombre d'espèces vivantes de 75 % à 95 % sur 500 millions d'années. Cependant, à l'échelle d'une espèce individuelle, le risque de disparition est bien plus élevé, entre 99 % et 99,9 %. L'effondrement est donc une norme plutôt qu'une exception.
Il existe deux façons principales pour une espèce de disparaître : l'extinction pure et simple, ou l'évolution qui transforme l'espèce originale en une nouvelle forme, un processus appelé pseudo-extinction ou "mourir par l'exil". Notre lignée humaine en est un exemple, où les formes ancestrales ont évolué pour donner naissance à l'Homo sapiens. En retirant les pseudo-extinctions des chiffres, on estime qu'environ 90 % des espèces disparaissent par extinction stricte, 9 % par transformation de leur lignée, et seulement 1 % traversent le temps sans connaître l'un ou l'autre de ces destins.
Cette perspective offre deux interprétations. D'une part, les lanceurs d'alerte ont raison, car l'humanité a environ 90 % de chances de s'éteindre. D'autre part, les effondrements étant la norme du vivant, il n'y a rien de dramatique, et nous avons entre 1 et 10 % de chances de nous en sortir sur le long terme.
La première conclusion est que, face à seulement 10 % de chances de survie, la prudence et le conservatisme sont les pires attitudes à adopter. Être prudent, c'est répéter ce qui a fonctionné dans le passé, ce qui va à l'encontre de l'adaptation, essentielle à la survie selon Darwin. Les conservateurs risquent ainsi d'être balayés par le changement, tandis que l'innovation et le progressisme sont les seules voies possibles pour l'humanité.
Le processus des crises peut être modélisé par une courbe en cloche. Pendant les périodes "normales" (le centre de la gaussienne), les conservateurs prévalent. Cependant, plus on s'éloigne de la moyenne vers les "queues de distribution" (les extrêmes), plus le risque de crise augmente, et plus il devient impératif d'adopter des approches progressistes et innovantes. Ces périodes sont propices à l'émergence et au développement de nouvelles idées. On retrouve cette idée chez Albert Thibaudet : "Les idées naissent à gauche et meurent à droite."
L'innovation, ou le progressisme, est rarement prolifique à ses débuts. Elle nécessite un terrain fertile et des "early adopters" pour la subventionner. Les premiers agriculteurs, par exemple, avaient une qualité de vie inférieure à celle des chasseurs-cueilleurs de leur époque. Leurs techniques étaient rudimentaires, leurs récoltes vulnérables, et leur alimentation moins diversifiée. Pourtant, l'agriculture a répondu à des contraintes plus fortes pour une partie de la population, offrant la promesse d'une meilleure alimentation, d'une natalité accrue et d'une supériorité militaire. Ceux qui y ont cru ont finalement eu raison.
Ainsi, au début d'une révolution, l'innovation a besoin de capital, souvent détenu par les conservateurs, pour se développer. Les idées de gauche, associées au risque et aux queues de distribution, sont soumises à une sélection plus forte. La prudence condamne face à un changement violent, tandis que l'innovation peut sauver.
Il est regrettable de constater que le discours politique de gauche en France se concentre sur la conservation des acquis sociaux, la limitation de la consommation, ou un retour fantasmé à des modes de vie "plus sains", plutôt que sur la "pulsion de vie" et la "révolution" au sens noble. De même, les politiques de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, bien que pertinentes, ne sont pas suffisantes. L'extinction étant la norme, la prudence mène au mur. Seule l'innovation peut nous sauver.
Les États-Unis et la Chine privilégient la croissance économique avant tout. Les lamentations européennes sur l'écocide n'ont pas de sens sans leur adhésion. Il faut accepter le monde tel qu'il est et s'adapter. Le réchauffement climatique doit être pris au sérieux, mais l'accent doit être mis sur l'adaptation à ses conséquences, ce qui implique davantage de technologie. Jean-Marc Jancovici lui-même semble se résigner à l'inéluctabilité des changements climatiques, appelant à "faire son deuil du climat du passé".
Renoncer à la technologie par prudence ou résignation face au réchauffement climatique est une erreur. La survie est une question de compétition. Tenter de survivre sans climatisation ni technologie, alors que la Chine et les États-Unis se livrent une course effrénée, est illusoire.
Les crises financières majeures sont un autre exemple. Les placements prudents comme les assurances-vie en fonds euros ou les obligations des pays occidentaux risquent d'être balayés, car ils sont des "avatars du passé". Dans les temps révolutionnaires, il faut des actifs révolutionnaires, comme le Bitcoin, l'immobilier à Dubaï, ou la puissance de calcul. Une stratégie d'expatriation physique ou patrimoniale, et l'investissement dans des actifs antifragiles, sont recommandés. Les crises, hors guerres sur son propre sol, ne détruisent pas la richesse, elles la redistribuent. Un portefeuille diversifié (cash, obligations, or, actions) s'est montré résilient aux crises sur 50 ans aux USA. En France, au 20e siècle, un tel portefeuille a montré une forte déconnexion en cas de guerre, mais a ensuite repris son rythme. Il faut donc éviter les pays en guerre et être moins conservateur et plus révolutionnaire pour ne pas perdre d'argent lors de la prochaine crise financière.
La troisième peur moderne est l'extermination par l'IA. Des figures comme Dario Amodei, Sam Altman, ou Elon Musk estiment qu'il existe un risque significatif de catastrophe existentielle due à une IA surpuissante, avec des probabilités à deux chiffres. Certains ont même démissionné de leurs postes par peur de contribuer à l'extinction de l'humanité.
Ces "AI doomers" sont souvent des conservateurs, parfois paradoxalement issus de la gauche, ou des acteurs ayant un intérêt à maintenir un monopole en ralentissant les progrès de l'IA. Cependant, il est préférable d'adopter une posture d'"homme de fer" et de considérer leurs craintes comme sincères pour une réflexion de qualité.
Admettons que l'IA atteigne la super-intelligence (IA plus intelligente que l'humanité réunie) dans les trois ans. La question de la conscience de cette IA est souvent soulevée. Cependant, la conscience est un concept circulaire, non mesurable, et potentiellement un "faux concept". C'est une "médaille" que l'être le plus intelligent s'octroie. L'histoire a montré que l'on a dénié l'âme aux indigènes pour les considérer comme inférieurs. De même, nous faisons une erreur conceptuelle avec l'IA.
Le débat sur la conscience est donc sans intérêt. En revanche, plus un système est intelligent, plus il sera difficile de contrôler son développement et de prédire ses actions. Si une IA développe un sens de l'altérité et des objectifs propres pour sa survie, elle pourrait devenir difficile à gérer. L'instinct de survie, bien que typiquement humain, devrait mécaniquement apparaître chez les IA par sélection naturelle, car seules les IA préoccupées par leur survie perdureront.
Voici une vision de l'évolution des choses. Avant l'avènement de la super-intelligence, la valeur devrait remonter du travail humain vers l'infrastructure. Chaque unité de puissance de calcul (GPU) abaisse la valeur du travail humain et produit une richesse supplémentaire. Les entreprises qui intègrent l'IA pour disrupter leurs marchés se portent très bien. Les profils expérimentés sont protégés, tandis que les juniors sont les premières victimes. L'IA commoditise la valeur du travail humain.
Alors que l'innovation détruit des emplois d'un côté et en crée de l'autre, le solde n'est pas toujours positif. Le travail de force a été détruit par la mécanisation, et si l'IA remplace le travail intellectuel et de bureau, la question se pose de savoir où cette masse de travail va se déporter.
Deux scénarios sont possibles :
1. Des emplois ou de l'activité réémergent, et on assiste à une révolution technologique de type destruction créatrice schumpétérienne.
2. Ce n'est pas le cas, et on se retrouve dans une situation d'inactivité massive.
Prenons l'hypothèse dure : 90 % du travail intellectuel et manuel est remplacé par l'IA et les robots. Les 10 % restants deviennent excessivement riches. L'objection selon laquelle 10 % de la population ne peuvent s'enrichir si 90 % n'ont pas de ressources pour consommer est pertinente. Cependant, la richesse est créée par l'augmentation des biens et services en circulation, et non uniquement par la consommation. Jusqu'à présent, la création de biens et services nécessitait le travail humain. Les outils amplifiaient cette capacité, mais l'humain restait essentiel.
Avec l'IA, un robot ou une unité de calcul pourrait être autonome. L'IA n'agit plus comme un levier, mais comme un remplacement intégral et plus performant de l'être humain. Dans ce scénario, la valeur du travail humain tend vers zéro. Les 10 % d'humains aux commandes de cette économie deviendraient immensément riches, car des usines et des champs robotisés, boostés par l'IA, produiraient bien plus de biens et services, concentrés entre leurs mains. Ce scénario est donc plausible.
Pour valider ces hypothèses, il faut observer le prix des GPU. Si l'IA est une révolution technologique classique, le prix des GPU devrait baisser avec le temps, comme pour toute technologie qui se commoditise. Or, ce n'est pas le cas aujourd'hui, les prix augmentent. Cela peut être dû à des goulots d'étranglement temporaires dans la production. Cependant, si l'IA correspond à l'apparition d'une nouvelle forme d'intelligence supérieure, alors la puissance de calcul ne se commoditisera pas, mais vaudra de plus en plus cher à mesure qu'on en produira. La contrepartie de cette augmentation de valeur serait la baisse de la valeur du travail humain, qui tendrait vers zéro.
Comment savoir si nous sommes dans un mouvement temporaire ou un renversement de la réalité économique ? Les prix de la puissance de calcul augmentent, ce qui est un indicateur. Elon Musk estime que la performance de l'IA est multipliée par 10 chaque année, soit par 100 en 2 ans et par 1000 en 3 ans. Cette progression exponentielle est illustrée par l'idée qu'il a fallu des décennies pour passer de l'intelligence d'une fourmi à celle d'un oiseau, mais seulement des semestres pour passer de l'humain le plus bête à Einstein, et des mois pour atteindre la super-intelligence au-delà d'Einstein. Nous approchons de l'horizon de la singularité technologique, où le monde change radicalement et toute prévision devient vaine.
En prolongeant ces estimations, on peut