
La France est-elle en train de faire faillite?
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L'émission aborde la situation financière de la France, marquée par une dette croissante et un coût d'emprunt en hausse, soulevant des inquiétudes quant à la capacité du pays à rembourser ses dettes. L'intervention de Jacques Attali, prédisant que les Français seraient obligés de prêter à l'État à 3% sans remboursement, a accentué ces inquiétudes. Le taux de l'emprunt français à 10 ans frôle les 5%, un niveau inédit depuis 2002, et le spread avec l'Allemagne dépasse les 150 points de base, un niveau rarement atteint depuis la crise de la zone euro. La France emprunte désormais plus cher que l'Italie, la Grèce, l'Espagne et le Portugal, ce qui amène à s'interroger sur la sécurité de l'épargne en cas de crise de la dette française.
L'analyse débute par un diagnostic de la capacité de la France à payer. Les prévisions budgétaires montrent une tendance constante à sous-estimer les déficits futurs, les lignes grisées représentant les trajectoires estimées, la ligne noire la réalité, et la ligne rouge les prévisions du dernier projet de loi de finances. Les orateurs soulignent que ces prévisions sont systématiquement optimistes, anticipant une baisse des déficits grâce à une croissance accrue et à des taux d'intérêt plus bas, scénario qui ne s'est jamais réalisé. Les événements extérieurs comme les Gilets Jaunes, la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine sont cités comme des facteurs aggravants, mais la responsabilité principale est attribuée à la réaction des classes politiques françaises, jugée désastreuse par rapport à celle d'autres pays comme la Suède. L'accent est mis sur le fait que le pouvoir politique contrôle les dépenses, mais que les recettes (impôts) sont variables et difficiles à prévoir, surtout avec des changements fiscaux fréquents. L'introduction de nouvelles taxes est critiquée pour son inefficacité à long terme, les contribuables s'adaptant rapidement pour les éviter.
Le déficit primaire, c'est-à-dire le déficit hors paiement des intérêts de la dette, est également examiné. L'Italie présente un excédent de 0,8% de son PIB, tandis que la France accuse un déficit de près de 3%, signe d'une "cavalerie" financière où l'on emprunte pour payer les intérêts. L'Allemagne est dans une meilleure position grâce à une dette plus faible, tandis que la France, avec une dette de 119% de son PIB, est dans une situation compliquée. Le poids des intérêts de la dette est appelé à presque doubler entre 2024 et 2030. Les prévisions officielles, même si elles semblent pessimistes, se révèlent en réalité trop optimistes par rapport à la réalité. Les taux d'intérêt sur la dette, prévus sous les 4% à horizon 2030, ont déjà dépassé les 4,7% et frôlent les 5%.
La hausse structurelle des taux d'intérêt réels est une préoccupation majeure. Après une décennie de taux bas, la tendance s'inverse en raison de facteurs mondiaux tels que la nécessité pour les pays asiatiques de moins investir dans les marchés obligataires, la demande de capital pour l'intelligence artificielle, la reconstruction du Moyen-Orient et les dépenses militaires. Si les taux d'intérêt réels passent de 0% à 4-5%, la France, ne pouvant pas payer plus de 1,5% d'intérêts, se retrouverait en grande difficulté. Un taux d'intérêt de 6% ou 7% rendrait la situation insoutenable. La charge d'intérêt de la dette, passant de 2% du PIB en 2024 à 3,7% en 2030 selon les prévisions, pourrait atteindre 5% voire plus, conduisant à un déficit global de 10% du PIB.
La durée de vie moyenne de la dette française (environ 8 ans et 4 mois) offre un certain avantage, mais la composition des intérêts sur la hausse des taux d'intérêt est problématique. Une hausse de 1% des taux d'intérêt coûte 3,4 milliards d'euros supplémentaires la première année, mais 19,2 milliards la cinquième année. Une hausse de 1% a déjà été observée en six mois, ce qui signifie que le coût augmentera considérablement dans les années à venir. Un autre risque majeur est la détention de la dette française par des étrangers (57%). Si ces investisseurs décident de vendre, notamment des acteurs comme Mitsui qui aurait vendu pour 50 milliards d'obligations françaises, cela pourrait entraîner une crise. La dette française détenue par des étrangers, estimée à 1800 milliards d'euros, représente un risque considérable si ces détenteurs perdent confiance.
La trajectoire de la dette publique française en pourcentage du PIB est la pire de la zone euro sur la dernière décennie, passant de 97% à 116%. Contrairement au Japon, où la dette est majoritairement détenue en interne, la dette française est largement financée par l'étranger, ce qui signifie que les paiements d'intérêts drainent des capitaux hors de l'économie française. Si les recettes ne couvrent pas les dépenses, un déficit de 40% pourrait paralyser l'État.
Les prévisions du projet de loi de finances pour 2027 sont jugées trop optimistes, tablant sur un taux de croissance nominal de 2,7% qui semble irréaliste. Le taux de l'OAT à 10 ans, qui a été inférieur à la croissance nominale pendant des années, devrait la dépasser. La croissance réelle étant proche de zéro, une inflation de 2,3% à 3% signifierait une baisse du niveau de vie de 3%. Ces calculs sont qualifiés d'"idiots éduqués", privilégiant toujours le scénario le plus favorable au lieu de prévoir le plus catastrophique.
L'analyse des spreads avec l'Allemagne révèle un écart croissant, indiquant une perception accrue du risque sur la dette française. Si normalement les taux d'intérêt en France et en Allemagne devraient être similaires dans la zone euro, l'écart actuel signifie que le marché perçoit un risque plus élevé en France. Ce phénomène s'est accéléré, rappelant les crises financières où les écarts entre bons et mauvais emprunteurs se creusent jusqu'à rendre le marché inaccessible pour les mauvais emprunteurs. La France est aujourd'hui considérée comme le "mauvais emprunteur". La situation est critique car si le spread devient "inquotable", le marché obligataire français pourrait se fermer, laissant l'État dans une situation intenable avec 40% de ses recettes non couvertes.
Le graphique montrant le spread entre la France et l'Allemagne illustre cette tendance. Le pic atteint le 2 octobre avec un écart de 150 points de base rappelle le niveau de la crise de la zone euro en 2011, mais la France se distingue par une hausse verticale. Contrairement à la crise grecque où la BCE, sous Draghi, a pu intervenir pour calmer les marchés, la BCE actuelle, sous Lagarde, ne peut pas acheter indéfiniment de la dette française pour la maintenir sous le taux de croissance, car les taux réels mondiaux ont structurellement augmenté. L'intervention de la BCE pour ramener les taux français à zéro provoquerait une fuite massive des investisseurs.
Par rapport à d'autres pays comme l'Italie, la Grèce, l'Espagne ou le Portugal, la France est passée du statut de "meilleur élève" il y a trois ans à celui de "pire élève" aujourd'hui. Le marché sanctionne la trajectoire de la dette française, qui s'est détériorée en quelques années, contrairement à l'Italie qui, bien qu'endettée, dégage un excédent primaire.
Les agences de notation sont également examinées. Une régression entre la note et le taux de la dette à 10 ans montre que les pays bien notés (AAA) ont des taux autour de 3,4-3,7%, tandis que les pays moins bien notés (BBB) comme la Grèce ont des taux de 4,2%. La France se situe en dehors de cette tendance, le marché la notant implicitement comme un BBB. Cela pose un problème pour les fonds de pension qui ne peuvent investir que dans des obligations notées A ou AAA. Une dégradation de la France en BBB entraînerait une vente massive de sa dette.
La politique budgétaire actuelle est critiquée. Les gouvernements semblent vouloir réduire les dépenses publiques sans pouvoir dévaluer, ce qui risque d'écrouler la demande interne. L'augmentation des impôts sans diminution des dépenses, combinée à l'absence de dévaluation, pourrait mener à une situation comparable à celle de 1934, avec une déflation.
Les mécanismes de secours européens sont abordés. La BCE a laissé fondre son stock de dette française, notamment via le programme PSPP (quantitative easing) et le PEPP (programme d'urgence pandémique), qui sont désormais arrêtés. L'OMT (Outright Monetary Transactions), conçu pour acheter de la dette d'un pays en difficulté sous condition de réformes, est une option, mais sa mise en œuvre pour la France impliquerait de demander l'aide du MES et d'accepter une tutelle européenne, ce qui est politiquement difficile. La taille de la dette française rend l'intervention de la BCE ou du MES très complexe. La France, par sa taille, risque de faire écrouler l'euro si elle ne parvient pas à gérer sa dette, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour les autres pays européens.
Le TPI (Transmission Protection Instrument) de la BCE, destiné à protéger les pays dont les taux s'envolent de manière "injustifiée", ne s'appliquerait pas à la France, car sa situation est jugée justifiée par les marchés. De plus, la France ne remplit pas les critères d'éligibilité, notamment le respect du cadre budgétaire.
Le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), créé pour aider les États en difficulté, a une capacité de prêt limitée (500 milliards d'euros au total) et nécessite des protocoles de réforme stricts, avec un droit de veto pour les pays comme l'Allemagne. La France finance elle-même une partie du MES, ce qui rend difficile son auto-sauvetage. La taille de la dette française dépasse largement la capacité de ces mécanismes.
En conclusion, la situation est jugée alarmante. Les mécanismes de secours sont insuffisants et leur accès est conditionné à des réformes que la France semble incapable de mettre en œuvre. L'idée d'une "Frankenstein financier" est utilisée pour décrire ces outils complexes et inefficaces.
Pour les épargnants, le risque principal réside dans la perte de valeur des obligations en euros, qui pourraient être converties en francs français avec une dépréciation. Il est conseillé de privilégier les actions, notamment celles d'entreprises solides et internationales, et de se méfier des fonds euros, composés majoritairement d'obligations. La recommandation est d'agir rapidement, de s'informer et de diversifier ses placements, tout en évitant la panique. La situation n'est pas encore cataclysmique pour les particuliers, mais une action est nécessaire. Il faut respirer, réfléchir calmement et agir, plutôt que de céder à la panique.