
Vivre l'amour, même dans la perte - Dialogue avec Perla Servan-Schreiber
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Perla Servan Schrebert partage son parcours de vie, marqué par un changement profond suite à sa rencontre avec Jean-Louis, son futur mari, leur vie commune, puis la perte déchirante de ce dernier. Son livre, "Vivre après toi", est un témoignage intime de cette métamorphose, abordant l'amour, le deuil et la renaissance.
Jean-Louis est décédé le 28 novembre 2020 de la COVID. Le livre est basé sur un journal tenu pendant les deux premières années suivant sa mort, du 28 novembre 2020 au 28 novembre 2022. Perla explique que les premières pages étaient empreintes de la sidération et de la douleur de la perte, mais qu'ensuite, le ton a évolué vers une adresse plus intime à Jean-Louis, lui racontant ses journées et ses évolutions. Elle réalise que son livre est avant tout une histoire d'amour, l'histoire de leur rencontre inattendue.
Perla avait fait le choix de ne pas se marier ni d'avoir d'enfants, ayant vu sa mère souffrir de dépendance. Elle souhaitait rester libre, capable de partir n'importe où avec son sac à dos. Après de nombreuses histoires amoureuses, jamais personne n'avait habité chez elle. Sa carrière dans la presse, notamment chez Marie-Claire, lui avait permis de faire des rencontres enrichissantes, qu'elle considère comme l'essence de la vie.
La rencontre avec Jean-Louis fut singulière. Alors qu'elle souhaitait lancer son propre magazine de mode, elle fut dirigée vers lui pour un business plan. Jean-Louis, éditeur de l'Expansion, semblait a priori loin de son univers. Malgré ses réticences initiales et des tentatives d'évitement, Perla finit par le rencontrer. Elle le décrit comme un homme petit, au grand nez, mais avec un sourire merveilleux. Après un premier rendez-vous professionnel, Jean-Louis l'invite à dîner. Perla admet n'avoir eu aucune envie de le revoir au début. Pourtant, après un deuxième dîner, où ils ont parlé philosophie, et une proposition de mariage inattendue, Perla, alors âgée de 43 ans, accepte.
Ce qui est frappant dans leur histoire, c'est que Perla, qui craignait de perdre sa liberté, a trouvé en Jean-Louis un partenaire qui l'a poussée à être elle-même et à développer ses talents, notamment l'écriture. Leur première année de mariage fut complexe, Perla s'adaptant à un homme déjà marié, père de trois enfants, qui aimait les chiens et la campagne, tout ce qu'elle détestait. Face à ces défis et à l'idée de s'en aller, Jean-Louis lui propose d'écrire un livre ensemble.
Plus tard, Jean-Louis entraîne Perla dans l'aventure de *Psychologies Magazine*. Après la chute du mur de Berlin, il avait développé l'Expansion en Europe de l'Est, une période marquée par des succès et des difficultés financières. La crise de l'Irak frappe le groupe, qui est finalement vendu pour un euro symbolique. De retour en France, ils rachètent *Psychologies Magazine*, une revue confidentielle que Jean-Louis transforme en un succès retentissant, ouvrant la voie à une réflexion globale sur la santé, l'alimentation, la spiritualité et le développement personnel. Ils vendent le magazine au sommet de son succès, après dix ans.
Perla décrit Jean-Louis comme un "prince" pour son élégance en toutes circonstances, même dans les moments difficiles. Elle admire sa liberté, un aspect essentiel pour elle. Leur couple était basé sur le respect de l'indépendance de chacun, y compris dans leurs amitiés. Cette relation a été une véritable transformation intérieure pour Perla, qui a appris à vivre dans un monde plus vaste. Ils avaient chacun leur rôle professionnel au sein de *Psychologies Magazine*, Jean-Louis étant le patron et Perla la directrice de la publicité.
Jean-Louis, malgré une attention méticuleuse à son corps et à son alimentation (il ne mangeait qu'une feuille de salade au déjeuner), a développé une maladie neurologique. Au début, les symptômes étaient subtils, des problèmes d'équilibre, des chutes. Les médecins ne comprenaient pas l'origine de cette maladie, identifiant une petite tache au cerveau sans pouvoir la diagnostiquer. C'est pendant son hospitalisation pour la COVID, que Perla et lui ont contractée, qu'un médecin leur annonce la bonne nouvelle : la maladie est d'origine alimentaire et peut être stoppée. Malheureusement, Jean-Louis est décédé de la COVID avant qu'ils ne puissent explorer cette piste.
Perla a aimé s'occuper de Jean-Louis malgré la difficulté de sa maladie, qui l'a rendue très attentive. Il a toujours vécu sa maladie avec un sourire et l'espoir, même quand il savait qu'il ne pourrait plus marcher seul. Il avait même prévu d'installer un ascenseur pour leur maison en Provence.
Le deuil de Jean-Louis n'a pas été linéaire, une réalité qui a déconcerté Perla. Elle a ressenti un refus profond d'accepter sa mort, malgré le soutien de sa famille et de ses amis. Elle a dû apprendre à "marcher sur une patte". Son livre témoigne d'une métamorphose, d'une autre vie qui s'ouvre, tout en restant profondément liée à Jean-Louis.
Perla a trouvé du réconfort dans la lecture d'ouvrages sur le deuil, notamment "Vivre avec nos morts" de Delphine Horvilleur, qui lui a permis de comprendre que les défunts restent présents à nos côtés. Cette acceptation de la présence-absence l'a aidée à ne pas se sentir folle. Elle a découvert la poésie, notamment avec Christian Bobin, et a été marquée par l'histoire de Charlotte Delbo, survivante des camps, qui a trouvé la force de vivre grâce à un exemplaire du *Misanthrope* appris par cœur.
Perla a l'impression de revivre comme avant sa rencontre avec Jean-Louis, très entourée d'amis. Elle attribue sa capacité à renaître à 50% à sa nature joyeuse et à 50% à son ouverture aux autres. Cette curiosité pour les gens et sa joie semblent être une source d'inspiration pour beaucoup.
Une nouvelle dimension est apparue dans sa vie depuis la mort de Jean-Louis : l'importance de la beauté. Elle consacre désormais beaucoup plus de temps à visiter des expositions, des musées, des cinémas, y trouvant une source de joie et de fascination. Elle redécouvre également sa propre musique, celle de Dylan, Michel Berger, Leonard Cohen, qu'elle avait mise de côté pendant les 34 ans passés à écouter la musique classique de Jean-Louis.
Perla vit toujours avec la présence de Jean-Louis, entourée de ses photos, retrouvant son sourire chaque jour. Elle dîne à côté de sa photo dans la cuisine et le retrouve dans la chambre. Sa vie a changé sans changer, une expérience paradoxale où elle a retrouvé son mode de vie d'avant, tout en gardant une fidélité profonde à l'homme qu'elle a aimé.