
Le pape vient-il de déclarer la guerre à l'Intelligence Artificielle ?
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Aujourd'hui, dans Silicon Carnet, l'émission aborde plusieurs sujets brûlants : l'encyclique du Pape sur l'intelligence artificielle, le revirement de Sam Altman concernant l'impact de l'IA sur l'emploi, et le contraste entre les succès de SpaceX et les échecs de Blue Origin.
**Le Pape contre la Silicon Valley : Magnifica Humanitas**
Le Pape Léon XIV a publié "Magnifica Humanitas", une encyclique de 235 pages sur l'intelligence artificielle. C'est la première encyclique technologique depuis 1891, date à laquelle Léon X avait abordé la révolution industrielle avec "Rerum Novarum". Le texte actuel s'attaque frontalement aux "oligarques" de la Silicon Valley, aux transhumanistes et aux armes autonomes. Il est révélé qu'Amazon, Google et Meta ont tenté, sans succès, d'adoucir le texte.
L'ironie de la situation est que les antitech, souvent athées et de gauche, se retrouvent alignés avec le Saint-Père. Stéphane Distinguin, invité de l'émission, trouve intéressant qu'une autorité comme le Pape s'exprime sur ces questions, soulignant le besoin de figures d'autorité dans le débat. Il ne perçoit pas le texte comme anti-tech, mais plutôt comme un effort précieux pour aborder des sujets complexes. Il note que la Silicon Valley elle-même est divisée sur ces questions, et qu'Anthropic a même réussi à contribuer à l'encyclique.
Jérémy Michel, en revanche, critique l'encyclique, la qualifiant de "tract social-démocrate" et de "sing tank du Parti socialiste". Il s'interroge sur la pertinence d'une telle institution, qu'il juge en déclin, pour aborder ces sujets. Il pointe quatre principes majeurs de l'encyclique qu'il juge problématiques : la critique de la concentration oligarchique du pouvoir technologique par une institution monothéiste (l'Église catholique) qui s'est construite sur le monopole ; la précarisation du travail, qu'il estime hors de propos pour une institution religieuse ; l'affirmation que la technologie n'est pas neutre, une politisation qu'il attribue à la doctrine de gauche ; et enfin, la condamnation de la guerre, qu'il trouve banale et peu spirituelle. Jérémy regrette que l'Église n'ait pas saisi cette opportunité pour proposer un renouveau spirituel face à l'émergence d'une nouvelle religion basée sur l'IA et le transhumanisme.
Fabrice Pellebis partage l'avis que le Pape est à sa place pour s'exprimer sur ce sujet, d'autant plus qu'il a une formation en mathématiques. Il souligne l'amusement de voir l'Église catholique en accord avec la gauche, qui a traditionnellement été anticléricale. Il y voit un signe fort de la recomposition politique actuelle, où les cartes sont redistribuées et où l'alliance entre la science et la gauche se fissure.
Carlos, l'animateur, défend l'encyclique en citant le Pape, qui affirme la nécessité de "rester profondément humain" face aux nouvelles formes de déshumanisation par l'IA. Il y voit une question courageuse sur la redéfinition de l'humanité, une question que personne n'avait osé formuler. Jérémy y voit plutôt une vision matérialiste, similaire à celle d'Éric Sadin, qui nie l'existence de l'âme. Il rappelle que l'IA n'a pas d'âme. Il estime que l'Église aurait pu offrir une perspective plus spirituelle face à des questions existentielles, au lieu de se laisser influencer par les modes.
Jérémy énumère quatre utilités fondamentales de la religion – lutter contre la peur de la mort, établir un lien entre gouvernants et gouvernés, créer du lien social, et servir de marqueur identitaire/civilisationnel – et constate que l'Église est concurrencée sur ces piliers par le transhumanisme et les réseaux sociaux. Il trouve l'encyclique "bêtement conservatrice" et "déconnectée de la réalité". Il compare les ruptures historiques (sédentarité, espérance de vie, voiture, éclairage public) qui n'ont pas provoqué autant d'angoisse que l'IA, remettant en question la profondeur du texte papal.
Stéphane Distinguin insiste sur le caractère humaniste et européen de l'encyclique, rappelant des principes essentiels pour le développement technologique. Il souligne l'ironie de la situation où la Chine, via une décision de tribunal, interdit le remplacement de salariés par l'IA, contrastant avec les débats occidentaux. Il mentionne également que des acteurs comme Anthropic et Mistral, avec des approches plus industrielles et axées sur le contact client, ont eu une influence sur le texte, tandis que Meta et Microsoft auraient cherché à l'atténuer.
Jérémy oppose à l'encyclique le "Manuel du techno-optimisme" de Marc Andreessen, qu'il trouve paradoxalement plus spirituel. Il cite Andreessen : "Nous croyons en la vérité" et "Nous pensons que la technologie est libératrice. Libérateur du potentiel humain, libérateur de l'âme humaine, de l'esprit humain." Jérémy y voit une quête de vérité et une reconnaissance de l'âme que l'encyclique, selon lui, n'aborde pas.
Fabrice réagit au techno-optimisme en soulignant les destructions causées par la technologie ces dix dernières années : vie privée, liberté d'expression, présomption d'innocence, fondamentaux de la démocratie. Il rappelle l'ironie historique de "Rerum Novarum" qui, en 1891, mettait en garde contre les méfaits du capitalisme industriel, alors que 135 ans plus tard, les résultats de cette industrialisation sont globalement positifs pour l'humanité (semaine de travail réduite, salaires multipliés, PIB en hausse, espérance de vie augmentée). Il reconnaît que ces progrès sociaux ont été accompagnés par la gauche et les syndicats. Cependant, il note une décorrélation entre le progrès technique (loi de Moore) et le progrès social depuis les années 1970, expliquant pourquoi la gauche se cherche et rejette parfois la science.
**Sam Altman et l'Apocalypse de l'Emploi**
Sam Altman, PDG d'OpenAI, a récemment déclaré à Sydney : "J'ai eu tort et j'en suis ravi" concernant ses prédictions antérieures sur la destruction massive d'emplois par l'IA. Il ne pense plus qu'il y aura une "apocalypse des emplois". Cette déclaration intervient alors qu'OpenAI prépare son introduction en bourse.
Stéphane Distinguin trouve amusant le revirement d'Altman, mais note que l'impact de l'IA sur la productivité met toujours plus de temps à se manifester que prévu, un phénomène connu sous le nom de paradoxe de Solow. Il soupçonne aussi que l'IA a servi de prétexte pour des licenciements massifs, permettant aux entreprises de se moderniser et de réduire leur masse salariale. Il estime qu'OpenAI a besoin de se réconcilier avec les organisations et de reconnaître que la transformation prendra du temps.
Fabrice abonde dans le sens de la "marée noire" et des "super tankers qui viennent dégazer en douce". Il explique que de nombreuses entreprises technologiques ont recruté de manière déraisonnable entre 2020 et 2022, profitant de l'argent gratuit. Maintenant que l'argent coûte cher, elles licencient les employés jugés inutiles, dont beaucoup étaient en télétravail et ne souhaitent pas revenir au bureau. Il rappelle que 134 000 licenciements ont eu lieu dans la tech aux États-Unis depuis janvier.
Jérémy, lui, souligne l'incertitude quant à l'impact réel de l'IA sur l'emploi. Il cite l'adage selon lequel un économiste explique très bien le lendemain ce qu'il n'a pas su prévoir la veille. Il évoque le concept de "destruction créatrice" de Schumpeter, mais note que l'IA semble opérer une destruction créatrice "au ralenti". Il met en garde contre l'attribution exclusive des problèmes économiques à l'IA, rappelant la récession en France, la planche à billets aux États-Unis, la désindustrialisation occidentale et le contexte géopolitique tendu. Il suggère que l'IA pourrait même "limiter la casse" en améliorant la productivité.
Carlos propose une explication plus simple : la contrainte massive en GPU. Les laboratoires d'IA doivent faire des choix et se concentrent sur le codage, où la valeur économique est maximale et le contrecoup social minimal. Automatiser les développeurs est moins controversé que d'automatiser les artistes ou le personnel soignant.
Marc Versten, rejoignant la discussion, confirme que le goulot d'étranglement est le data center, ce qui oblige les entreprises à prioriser. Il voit une stratégie délibérée pour éviter un backlash social et anticiper une réglementation défavorable.
Une tendance intéressante est l'explosion des fondateurs solo IA aux États-Unis, leur nombre ayant doublé en un trimestre. Ces "solopreneurs" utilisent l'IA pour créer des entreprises avec des équipes très réduites. Les États-Unis comptent six fois plus de startups qu'en Europe, et 100% des nouveaux emplois des 50 dernières années proviennent du secteur des startups. Ce phénomène, non observé en Europe, pourrait être une solution à moyen terme pour la création d'emplois. Marc note que beaucoup de ces solopreneurs aux États-Unis sont motivés par la nécessité de travailler, n'ayant pas de filet social comme en Europe.
Jérémy y voit une augmentation de la productivité et une opportunité pour les jeunes entrepreneurs de "disrupter" les grandes structures. Il encourage l'entrepreneuriat, soulignant que l'IA facilite l'accès à la connaissance et la concrétisation d'idées. Il déplore la mentalité française axée sur le CDI et la fonction publique, qui freine l'entrepreneuriat.
Carlos suggère que la crise de l'emploi pousse à redéfinir ce qu'est un "job". Il rappelle que l'emploi stable dans de grandes organisations est une invention récente, une "parenthèse historique" correspondant à la génération des boomers. Avant l'industrialisation, les gens travaillaient pour eux-mêmes, dans des structures familiales. Il espère que l'IA, loin de déshumaniser, pourrait nous ramener vers quelque chose de plus humain, une "agentivité individuelle" où chacun crée sa propre valeur.
Fabrice tempère en soulignant que le système français est fondamentalement pensé autour du CDI, rendant la vie difficile aux entrepreneurs. Si la prédiction de Carlos se réalise, ce serait une catastrophe pour la France. Marc s'interroge sur la schizophrénie française : vouloir la retraite le plus tôt possible, mais refuser que l'IA y contribue sans le "pognon" pour assurer la transition.
**SpaceX triomphe, Blue Origin explose**
La semaine dernière a été marquée par un contraste saisissant dans la "Space Tech". SpaceX a réussi le vol inaugural de Starship V3 depuis un nouveau site au Texas. C'est la plus grosse fusée jamais construite, capable d'emporter 97 000 livres (environ 50 tonnes) de charge utile, propulsée par des moteurs Raptor 3 d'une puissance inégalée. Les images en 4K, notamment celles des satellites quittant la fusée, ont été spectaculaires, dignes d'un film de science-fiction.
Douze heures plus tard, la fusée New Glenn de Blue Origin (société de Jeff Bezos) a explosé sur son pas de tir en Floride lors d'un test moteur, créant une gigantesque boule de feu. Jeff Bezos a tweeté : "Journée très difficile".
Marc Versten explique que le système de paiement des programmes spatiaux, hérité