
Maigrir, booster son cerveau : la folie des peptides !
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Le podcast "Silicon Carnet" aborde l'essor fulgurant des nouveaux médicaments comme les GLP1 et les peptides aux États-Unis, ainsi que l'implication croissante des géants de l'IA dans le domaine de la biotechnologie et de la création de médicaments. L'émission, animée par Carlos Diaz, explore si nous sommes au début d'une révolution médicale sans précédent ou si nous nous engageons dans une voie dangereuse.
Sylvain Gariel, cofondateur de DNA Script, une entreprise pionnière dans la synthèse d'ADN enzymatique, et investisseur, participe à la discussion. Il explique que l'ADN est un réactif essentiel pour la fabrication d'anticorps thérapeutiques, de vaccins ARN, de thérapies géniques et cellulaires, des applications cruciales en oncologie et au-delà. DNA Script utilise des technologies pour produire cet ADN nécessaire à ces processus.
Carlos Diaz souligne l'explosion de l'utilisation des GLP1 pour la perte de poids aux États-Unis, citant une étude de Gallup indiquant que 11% des adultes américains en prennent actuellement, contre 3% il y a deux ans. Sylvain Gariel attribue cette hausse à plusieurs facteurs : un enjeu de santé publique majeur avec 100 millions de prédiabétiques aux États-Unis, des considérations esthétiques et un désir de bien-être métabolique, ainsi qu'une culture individualiste axée sur la performance. Il mentionne même que des cadres de la Silicon Valley utilisent les GLP1 pour améliorer leur concentration, un usage qu'il partage, trouvant que ces molécules améliorent sa concentration et réduisent les distractions, au-delà de la perte de poids.
Fanny Bouton, experte en quantique et travaillant chez OVH Cloud, partage que cette tendance commence à émerger en France, bien que moins marquée qu'aux États-Unis. Elle explique que la France, bien qu'ayant un taux d'obésité plus bas (18% contre plus de 40% aux US), voit ses habitudes alimentaires évoluer. Elle pointe du doigt la précarité, l'inflation qui réduit le pouvoir d'achat et pousse à des choix alimentaires moins sains, ainsi que la forte connexion entre l'intestin et le cerveau. Au-delà de 35% de masse grasse, le corps peut entrer dans un cycle où les fringales deviennent quasi incontrôlables, rendant la volonté insuffisante.
Le mécanisme d'action des GLP1, bien que pas encore totalement élucidé, est supposé agir en coupant la faim et en simulant une restriction calorique. Des recherches suggèrent une action directe sur certaines parties du cerveau, réduisant non seulement l'appétit mais aussi les sources de distraction, ce qui pourrait expliquer les effets sur la concentration.
Le marché des GLP1 est colossal, dominé par Eli Lilly et Novo Nordisk, qui détiennent 87% du marché mondial. Ces entreprises ont généré des revenus considérables, comme Mounjaro de Lilly avec près de 10 milliards de dollars de ventes au deuxième trimestre. Cependant, l'émergence de versions moins chères et potentiellement non contrôlées provenant de laboratoires chinois soulève des inquiétudes majeures. Deux décès récents aux États-Unis sont attribués à l'injection de peptides contaminés achetés sur des sites chinois, soulignant les risques liés à l'utilisation de produits non approuvés et non soumis aux contrôles qualité stricts requis pour l'usage humain.
Au-delà des GLP1, les peptides de synthèse, comme le BPC 157, gagnent en popularité pour des applications diverses, allant du remplacement hormonal (ostéoporose) à la croissance musculaire. Ces peptides sont des chaînes courtes d'acides aminés, des "mini-protéines". L'histoire du GLP1 est intrinsèquement liée à l'observation de la nature : une version du peptide GLP1 chez le lézard "Gila Monster", qui ne se nourrit qu'une fois par an, est extrêmement stable, contrairement à la version humaine. Cette biomimétique a permis aux chercheurs de stabiliser chimiquement le peptide GLP1, augmentant sa durée de vie dans le corps de quelques minutes à plusieurs semaines, voire potentiellement des mois.
L'usage prolongé de ces molécules suscite des débats. D'une part, elles peuvent être une aide précieuse pour lutter contre l'obésité et ses comorbidités. D'autre part, des inquiétudes émergent quant à la perte excessive de poids, l'aspect squelettique observé chez certaines personnalités publiques, et les risques potentiels pour la santé à long terme, tels que des effets sur le foie, les reins, des réactions immunitaires, et une perte de masse musculaire. La décision de prendre ces médicaments doit être basée sur une analyse bénéfice-risque personnalisée.
L'intelligence artificielle (IA) transforme également la découverte et le développement de médicaments. Des entreprises se concentrent sur l'utilisation de l'IA pour accélérer ces processus, résoudre des problèmes complexes et potentiellement réduire les taux d'échec en essais cliniques. Bien qu'aucune molécule n'ait encore été entièrement développée grâce à l'IA, plusieurs dizaines sont en phase d'essais cliniques. L'objectif est de rendre l'industrie pharmaceutique plus productive, de réduire les coûts et d'accélérer la mise sur le marché de nouveaux traitements, notamment pour des maladies difficiles. L'IA pourrait changer la donne en permettant de mieux prédire l'efficacité et la sécurité des molécules, et potentiellement de concevoir des médicaments plus personnalisés.
Le quantique est également évoqué comme une technologie future prometteuse pour la simulation de molécules encore plus complexes et l'identification d'interactions médicamenteuses. L'espoir est de développer des médicaments sans effets secondaires, adaptés à la génétique de chaque individu.
Cependant, la validation des découvertes par l'IA nécessite toujours des essais cliniques longs et coûteux sur l'homme. La génération de données biologiques représentatives est cruciale pour construire des modèles prédictifs fiables. Les géants de la tech, tels qu'OpenAI et Anthropic, investissent massivement dans la santé, considérant le potentiel de "scaling laws" (lois d'échelle) appliqué à la biologie, suggérant que plus de calculs, de données et d'intelligence humaine mèneront à des avancées exponentielles.
Malgré l'essor de ces technologies, il existe toujours une place pour les start-ups innovantes qui se concentrent sur des problèmes spécifiques et développent une propriété intellectuelle solide.
Enfin, la discussion aborde la question de la localisation de l'innovation, avec Sylvain Gariel expliquant son attachement à San Francisco pour son écosystème entrepreneurial dynamique, tout en conservant un amour profond pour la France. L'émission se conclut par un appel aux auditeurs pour partager leurs expériences avec les GLP1 et les peptides, et une mise en garde sur les risques liés à l'obtention de ces médicaments, particulièrement aux États-Unis où les contrôles peuvent être moins stricts qu'en France.