
Les Labs d'IA vous volent vos données. Palantir révèle tout !
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Dans cet épisode de Silicone Carnet, plusieurs sujets brûlants de la tech sont abordés : les accusations d'Alex Karp, PDG de Palantir, envers les laboratoires d'IA, une étude sur l'impact de l'IA sur l'emploi, et l'émergence de robots humanoïdes en Chine.
Alex Karp a vivement critiqué les laboratoires d'intelligence artificielle comme Anthropic et OpenAI, les accusant de voler les données et le savoir-faire de leurs propres clients. Il s'est exprimé sur CNBC, affirmant que les entreprises américaines en ont assez de payer pour des "tokens" qui ne créent aucune valeur et que ces labs utilisent les informations de leurs clients pour développer des produits concurrents. Palantir a d'ailleurs annoncé un partenariat majeur avec Nvidia pour déployer des modèles open-weight, Nemotron, dans des environnements souverains et a publié un manifeste en 10 points sur la souveraineté des données.
Cette sortie de Karp intervient alors que des cas de concurrence par les labs d'IA se multiplient. Par exemple, Anthropic a lancé Cloud Code, concurrençant son partenaire Cursor, puis Cloud Design après avoir signé un partenariat avec Figma, et enfin Cloud Science, un produit pour les laboratoires pharmaceutiques avec un programme de découverte de médicaments, ce qui suggère qu'Anthropic pourrait fabriquer ses propres médicaments.
Martin Pavanello, co-fondateur de Mister IA, voit dans les propos de Karp une certaine amertume, Palantir n'étant plus la seule "darling" de l'IA. Il estime que la concurrence est une loi du marché et que rien n'empêche ces labs de créer leurs propres produits. Il compare cette situation à celle de Google qui fournit des services de data center tout en vendant des produits comme Google Workspace. Il souligne que contractuellement, les labs d'IA s'engagent à ne pas utiliser les données des clients pour entraîner leurs modèles, et que la majorité des données sont déjà hébergées sur des serveurs américains, sous le Cloud Act.
Valérian Moulet-Berto, co-fondateur du média Le Crayon, pense que la réaction de Karp est toujours en partie un coup de communication. Il met en lumière la peur croissante des entreprises de s'exprimer contre ces géants de l'IA, citant l'exemple d'un film sur Sam Altman qui peine à trouver un distributeur car les grandes plateformes sont liées à OpenAI. Il évoque aussi la protection de la propriété intellectuelle, comme Taylor Swift qui a breveté sa voix.
Lucas Gouard, fondateur de Corben, une entreprise qui importe des robots de Chine et développe leur logiciel, partage l'inquiétude de Karp sur la souveraineté du "cerveau" des machines. Il reconnaît que la prédation n'est pas nouvelle dans le capitalisme, mais souligne la vitesse et la puissance inédites des labs d'IA. Il compare cela à un fournisseur de pioches qui, connaissant l'emplacement de votre filon d'or, arrêterait de vous vendre des pioches pour creuser lui-même. Il mentionne aussi l'exemple de Sam Altman offrant des tokens gratuits via Y Combinator pour accéder à l'innovation des startups.
Les intervenants s'interrogent sur les motivations de ces labs à développer des produits finis. Martin pense que c'est lié à la monétisation et à la justification de valorisations élevées, notamment en vue d'introductions en bourse. Valérian suggère que la convergence des entreprises est due à un accès facilité à l'information et au fait que chacun cherche à capter plus de revenus. Il pointe le phénomène de copie massive après une innovation majeure, comme l'a montré l'explosion des chatbots après ChatGPT.
Une discussion s'engage sur le modèle de tarification des tokens. Karp critique le fait que les labs facturent au token plutôt qu'à la valeur créée. Martin défend le modèle du token comme une unité de mesure de la consommation, comparable à la facturation de licences logicielles ou de la force de travail. Il rappelle que ces entreprises ont des objectifs de rentabilité et que la commoditisation des modèles d'IA pousse ces labs à développer leurs propres produits pour justifier leurs valorisations.
Un autre acteur clé évoqué est Nvidia, qui, voyant ses clients (Anthropic, OpenAI) envisager de créer leurs propres puces, a lancé son propre modèle open-source, Nemotron. Ce partenariat avec Palantir est perçu comme une manœuvre pour contrer la mainmise chinoise sur les modèles open-weight et offrir une alternative américaine.
La discussion se tourne ensuite vers l'impact de l'IA sur l'emploi. Une étude de Ramp et Revelio Labs, basée sur des données de dépenses et d'emploi de plus de 21 000 entreprises américaines, a montré que les entreprises qui investissent massivement dans l'IA augmentent leurs effectifs de 10,2% sur 24 mois, et même de 12% pour les postes d'entrée de gamme. Les gains ne sont pas immédiats, apparaissant entre 6 et 12 mois après l'adoption et s'accélérant ensuite.
Martin Pavanello exprime des réserves sur cette étude, estimant qu'elle est biaisée. Il avance que les entreprises qui adoptent l'IA sont souvent déjà en croissance et que l'IA leur donne un avantage temporaire. Il maintient que le "Job Apocalypse" est une menace à long terme, lorsque l'IA sera généralisée et que tout le monde en sera équipé, ce qui pourrait entraîner une destruction nette d'emplois. Il souligne qu'à court terme, l'IA augmente la productivité, citant Mister IA comme exemple.
Lucas Gouard interprète le narratif du Job Apocalypse comme une stratégie pour lever des fonds et justifier des valorisations. Une fois la maturité atteinte, le discours évolue pour rassurer les régulateurs et le public, en affirmant que l'IA crée de l'emploi, permettant ainsi aux entreprises de consolider leurs positions dominantes sur le marché. Valérian ajoute que les tableurs n'ont pas éliminé les comptables, mais ont augmenté la quantité de comptabilité, nécessitant plus de comptables. Il s'interroge sur l'hypocrisie de l'Europe qui se plaint de ne pas avoir d'IA souveraine alors qu'elle n'a pas fait les investissements nécessaires.
L'étude révèle également que les entreprises soutenues par du capital-risque adoptent l'IA 3,6 fois plus que les autres, ce qui pourrait désavantager la France, où les startups sont moins capitalisées. Le capital pousse à la modernisation et à la croissance.
La troisième partie de l'émission aborde l'émergence de robots humanoïdes. Tesla prévoit de démarrer la production de son robot Optimus fin juillet, tandis que Hyundai va déployer 25 000 robots Atlas de Boston Dynamics dans ses usines. Mais l'annonce la plus spectaculaire vient de la Chine avec Ubtech, leader de la robotique humanoïde B2B. Ils lancent le U1 One, un robot humanoïde de 1,83 m (modèle masculin) ou 1,68 m (modèle féminin), avec une peau en silicone médicale à 37°C et 30 expressions faciales. Ce robot n'est pas destiné aux usines, mais au marché de la solitude, un problème majeur en Chine avec des dizaines de millions de personnes isolées et 260 millions de seniors dépendants.
Lucas Gouard, qui a assisté à la keynote d'Ubtech, explique que ces robots sont équipés d'une IA émotionnelle, entraînée sur 20 états émotionnels. Officiellement, les données sont stockées localement, mais la question de leur utilisation pour anticiper les comportements humains est soulevée. Le phénomène des robots compagnons est particulièrement fort en Chine en raison de leur problème démographique et de leur refus de l'immigration de masse.
Martin Pavanello est sceptique quant à l'acceptation de ces robots compagnons en Occident, même s'il ne doute pas des avancées techniques. Il compare cela aux poupées sexuelles humanoïdes qui n'ont jamais percé en Occident. Il pense que les robots assistants techniques seront plus acceptés que les robots ayant des relations émotionnelles.
Valérian, bien qu'initialement sceptique, reconnaît que si le robot franchit la porte de la maison, les possibilités qu'il devienne un compagnon, voire un amant, sont élevées. Il rappelle l'exemple des animaux de compagnie, qui sont passés de gardiens à membres de la famille. Il souligne les nombreux axes marketing pour introduire ces robots dans les foyers, de la sécurité au ménage en passant par la garde d'enfants. Il considère l'arrivée de ces robots comme une bascule civilisationnelle majeure.
Lucas insiste sur le fait que le "use case social" est un point d'entrée pertinent, notamment pour les seniors isolés ou les personnes seules. Il cite l'exemple du manque d'aides-soignants en France, où les robots pourraient apporter des solutions. Le fondateur d'Ubtech a même évoqué des partenariats avec des studios de jeux pour des simulations érotiques ou romantiques. Lucas rappelle que les LLM sont déjà utilisés pour le soutien émotionnel.
Le prix du U1 One Pro est de 137 000 dollars, et une version "buste" est proposée à 16 500 dollars. Malgré ces prix élevés, 13 000 précommandes ont été enregistrées, générant 1,8 milliard de dollars de revenus. La solitude est un problème mondial, et la Chine, avec ses défis démographiques, est en première ligne pour explorer ces solutions robotiques. L'émission se termine sur l'idée que si le robot peut combler un vide social, il pourrait bien trouver sa place dans nos foyers.