
Did Jung and Tolkien Enter the Same World?
Audio Summary
AI Summary
Becca Tarnis, professeure adjointe au California Institute of Integral Studies, a mené une thèse sur les liens entre les *Livres Rouges* de Carl Jung et de J.R.R. Tolkien. Elle a été captivée par l'œuvre de Tolkien dès l'enfance, ressentant une familiarité étrange avec les noms de la Terre du Milieu. Plus tard, en 2009, la publication du *Livre Rouge* de Jung a éveillé son intérêt, notamment en raison du titre similaire à celui du *Livre Rouge de la Marche de l'Ouest* de Tolkien, et des illustrations qui rappelaient le style de Tolkien.
En approfondissant, elle a découvert des parallèles frappants dans le calendrier de leurs processus créatifs. Jung a commencé ses expériences visionnaires immersives en 1913, les enregistrant dans son *Livre Rouge* via l'imagination active. Simultanément, Tolkien, avant d'écrire ses récits, dessinait dans un carnet appelé le *Livre d'Ishness*, avec des titres évocateurs comme "silencieux, énorme et immense" ou "au-delà". C'est de ces dessins que Tolkien a ensuite développé les premières histoires de la Terre du Milieu.
Becca Tarnis a remarqué une multitude de parallèles non seulement dans le timing et l'imagerie, mais aussi dans les schémas narratifs et les figures archétypales. Le volume de ces correspondances est tel qu'il dépasse la simple coïncidence. Par exemple, l'œil de Sauron de Tolkien et l'œil du mal de Jung partagent une symbolique frappante. Ces phénomènes peuvent être partiellement expliqués par la théorie des archétypes de Jung, comme le vieil homme sage incarné par Gandalf chez Tolkien et Philémon chez Jung, une figure intérieure qui a guidé Jung.
Ce qui rend ces parallèles particulièrement convaincants, c'est la manière dont Jung et Tolkien décrivent leurs expériences. Tolkien, bien que moins explicite que Jung, affirmait ne pas inventer ses histoires, mais plutôt qu'elles surgissaient de lui comme des données existantes, qu'il "découvrait" et retranscrivait. Jung, quant à lui, explorait ces expériences par l'imagination active. Tous deux parlent d'un matériel émergeant de l'intérieur, d'une source interne qui n'est pas simplement une fabrication consciente.
Cette notion d'émergence interne soulève une question philosophique : est-ce une création ou une découverte ? Becca Tarnis propose une troisième voie : la co-création ou la participation. Ce n'est ni purement créé par l'individu, ni objectivement découvert comme une réalité extérieure, mais plutôt une interaction où l'agentivité humaine joue un rôle dans la manifestation d'une réalité intrinsèque au monde.
L'expérience de "l'intérieur" n'est pas toujours intuitive. Avec les yeux fermés, l'esprit peut entrer dans un état de rêverie où des images, des sons ou des sensations émergent spontanément du psychisme. Ces manifestations peuvent être floues ou d'une clarté saisissante, comme un film interne. Jung, et probablement Tolkien, avaient une capacité immersive rare, où ils pouvaient "entrer" dans ces drames intérieurs. L'imagination n'est pas uniquement visuelle ; elle peut être auditive, émotionnelle, voire olfactive. La difficulté réside à discerner si ces expériences viennent du moi égoïque ou d'une source "au-delà" de l'individu.
La distinction entre l'imaginaire et l'imaginal est cruciale. L'imaginaire est une invention individuelle, tandis que l'imaginal est une réalité qui émerge à travers l'imagination, au-delà de l'individu. Cette dernière est souvent accompagnée d'un sentiment accablant de véracité, où l'expérience ne peut être altérée ou manipulée. Tolkien, par exemple, parlait de "mots fantômes" dans ses langues elfiques, des mots qui surgissaient avec un son et un sens immuables.
Becca Tarnis établit un parallèle entre le rêve lucide et l'imagination active. Les rêves "ordinaires" sont passifs, tandis que les rêves lucides impliquent une conscience éveillée à l'intérieur du rêve. De même, l'imagination active est une forme éveillée de rêve lucide, où l'on évoque consciemment des fantasmes, y participe et interagit avec ce qui émerge.
Elle a développé une méthode pour guider les participants dans une forme préliminaire d'imagination active. Inspirée par les écrits de Jung, elle invite à une relaxation physique, puis à une attention aux émotions, permettant à celles-ci de se transformer. En se concentrant sur une image interne, même statique, celle-ci peut s'animer et se développer. Elle guide ensuite les participants par des questions ouvertes pour explorer les couleurs, les formes, les paysages, les sensations. Souvent, une figure humanoïde, animale ou autre émerge, avec laquelle les participants sont invités à dialoguer.
Après cette expérience de 15-20 minutes, les participants dessinent ce qu'ils ont vécu, puis l'écrivent, le discutent en petits groupes, et enfin le partagent avec le groupe entier. La première fois qu'elle a mené cet atelier, elle a été stupéfaite de constater que chaque participant, sur 35-40 personnes, a eu une expérience puissante, certains trouvant des résolutions à des problèmes personnels. Cela a montré que, dans un cadre approprié, le psychisme désire ardemment s'exprimer et offrir des "dons extraordinaires".
Les personnes qui vivent des expériences immersives sont souvent celles dont la faculté critique est moins dominante ou celles qui sont déjà habituées aux états de conscience élargis. Le psychisme semble "attendre de parler", et même les plus sceptiques peuvent être traversés par ces expériences.
Les archétypes, bien que souvent perçus visuellement, peuvent aussi se manifester par d'autres sens. L'odeur, par exemple, peut évoquer des souvenirs visuels intenses. La question de savoir pourquoi les archétypes apparaissent si visuellement, notamment dans les expériences internes, reste ouverte. Il pourrait y avoir un lien avec le fait que la composante visuelle nous aide à percevoir une "réalité autre" que le monde extérieur, un monde intérieur.
Jung a eu une rencontre marquante avec le prophète Élie et sa fille Salomé, qui, lorsqu'il les a qualifiés de symboles, ont insisté : "Nous sommes réels et nous ne sommes pas des symboles." Jung a pris cela au sérieux, reconnaissant une réalité ontologique à ces figures, même si elles ne sont ni littérales ni physiques. Il les a ensuite psychologisées, identifiant Élie comme la "pensée" et Salomé comme le "plaisir" ou l'émotion, ce qui a mené à sa théorie des types psychologiques (pensée, sentiment, sensation, intuition). C'est un exemple où Jung a transformé une expérience directe en une formule conceptuelle, perdant une partie de l'expérience mythique originale, mais offrant un outil psychologique précieux.
En revanche, Tolkien a "mythologisé" ses figures. Gollum, par exemple, pourrait être interprété comme une personnification du moi et de l'ombre d'un point de vue jungien, mais Tolkien l'a simplement laissé être un personnage captivant dans une histoire vivante. Les figures intérieures résistent à être réduites à de simples symboles ou à des facettes de la personnalité individuelle. Elles revendiquent leur propre agentivité et leur être, invitant à une relation profonde.
Les archétypes sont difficiles à définir car ils sont multiples : des êtres, des instincts biologiques, des schémas mythiques. Ils sont tout cela à la fois, des "agences" vivantes qui informent et façonnent les panthéons mythiques et religieux. Ils sont au-delà de la forme personnifiée, iridescents dans leur manifestation. On peut les rencontrer à différents niveaux : divinités mythiques, figures archétypales psychologiques dans l'expérience imaginale, et même dans la vie quotidienne, comme le principe archétypal de la Beauté.
Becca Tarnis se considère comme une platonicienne, ayant expérimenté la réalité transcendante des principes archétypaux non pas comme de simples catégories de l'esprit humain, mais comme faisant partie du monde lui-même. Elle décrit une expérience psychédélique transformative où elle est passée d'une compréhension conceptuelle des archétypes à une perception directe, comme apprendre à lire. Les archétypes planétaires (Soleil, Lune, Vénus, Mars) se sont présentés à elle comme des entités, des énergies, des agences, d'abord chaotiques, puis une à une, dans une "symphonie immersive" activant tous les sens. Elle a alors compris la nature unifiée de concepts comme l'amour, la beauté, la sensualité, l'esthétique, qui auparavant semblaient distincts. Après cette expérience, elle a commencé à "voir" ces principes archétypaux dans le monde ordinaire, comme la beauté (avec un grand B) ou le principe de Mars (feu, athlétisme, violence, colère) partout autour d'elle.
Elle se souvient d'une visite à Prague après cette expérience : la beauté des bâtiments et des paysages lui est apparue comme une "beauté vivante" qui irradiait à travers tout ce qu'elle voyait, confirmant l'idée platonicienne que la beauté n'est pas seulement dans les particularités, mais derrière et saturant tout.
La question de savoir si elle a créé ou participé à la découverte de ces connexions entre Jung et Tolkien est complexe. Son comité de thèse l'a aidée à réaliser qu'elle était la "troisième pièce" entre leurs expériences, car ses propres vécus, intérêts et sensibilité esthétique l'ont amenée à reconnaître ces parallèles. D'autres étudiants ont d'ailleurs découvert de nouveaux parallèles qu'elle n'avait pas vus, montrant la nature participative et intersubjective de cette "découverte".
Elle préfère le terme "universel" à "objectif" car l'objectivité implique une suppression de l'observateur, ce qui est difficilement concevable. Elle parle plutôt d'une "réalité consensuelle", une intersubjectivité où plusieurs personnes peuvent reconnaître et valider une même expérience.
Pour elle, la croissance personnelle et la réduction des biais ne visent pas une "Becca objective", mais une "Becca en évolution et en croissance", capable de percevoir davantage en dépassant ses complexes, préjugés et hypothèses. Cela permet d'élargir sa lentille, d'inclure plus de perspectives et d'empathiser davantage.
Les expériences psychotiques se distinguent de l'imagination active par l'incapacité à "revenir" à la réalité consensuelle. Jung mettait en garde contre l'imagination active si le patient était "trop poreux" ou incapable de se réancrer. Joseph Campbell disait que "le psychotique se noie dans les eaux où le mystique nage avec délice". La capacité à réintégrer ces expériences dans la réalité quotidienne est la clé.
Jung, très ancré dans sa vie (famille, patients, obligations), voyait cela comme un moyen de ne pas se perdre dans les mondes intérieurs. Toni Wolff, sa "femme spirituelle", a joué un rôle essentiel en l'aidant à discuter et à comprendre ses expériences du *Livre Rouge*, lui servant de "fil d'Ariane" pour revenir du labyrinthe.
La psychose peut être vue comme un manque de "contenant de vision du monde" pour traduire des expériences archétypales pures en un langage compréhensible. Par exemple, une patiente de Jung qui disait "vivre sur Mars" pouvait être interprétée symboliquement comme ayant vécu dans un environnement violent, Mars étant l'archétype de la violence et de l'agression. Le défi est de trouver un équilibre entre la validation de ces réalités intérieures et la capacité à les intégrer dans un cadre relationnel et physique.
La prudence de Jung vis-à-vis des psychédéliques, résumée par "méfiez-vous de la sagesse non mé