
Project Meridian : la tech a-t-elle pris le contrôle de l'armée ?
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Dans l'émission "Silicon Carnet", le débat porte sur la nomination d'Elon Musk, Palmer Luckey et Newt Gingrich pour conseiller le Pentagone sur les guerres futures, un projet baptisé "Project Meridian". Cette initiative, lancée par le Secrétaire à la Défense Pete Extas, vise à définir les besoins technologiques et stratégiques de l'armée américaine pour les décennies à venir. L'émission souligne l'intérêt de voir des figures de la tech, comme Musk et Luckey, s'impliquer dans les affaires de défense, aux côtés d'un politicien expérimenté comme Gingrich.
François, business angel dans le domaine de la tech de défense, et Jérémy Michel, rédacteur en chef de Risk Intel Média, analysent cette démarche. Jérémy rappelle que Musk avait semblé s'éloigner de Washington après l'épisode du "Dodge", mais confirme qu'il reste proche de l'écosystème Trump et que la politique offre souvent des retours inattendus. François voit dans cette association une stratégie habile, où Gingrich apporte une caution politique et morale nécessaire pour naviguer les complexités du Congrès, tandis que Musk et Luckey apportent des visions technologiques novatrices. Il note également le changement d'avis de Musk, qui avait précédemment regretté son implication dans des projets gouvernementaux.
Le "Project Meridian" a pour mission d'identifier les champs de bataille de demain et les technologies dont les soldats auront besoin. François explique qu'il ne s'agit pas d'une page blanche, car le Pentagone réfléchit déjà à long terme. Les tendances actuelles incluent les technologies quantiques, le spatial, les océans, et surtout les drones, qui ont pris une importance capitale ces dernières années. Il anticipe que le projet ne débouchera pas sur des révolutions comme le voyage dans le temps, mais plutôt sur des avancées technologiques concrètes, potentiellement influencées par les idées de Musk, tout en devant rester réalistes face aux contraintes budgétaires. Il interprète cette initiative comme une manière pour le Pentagone de mettre la pression sur les armées pour qu'elles accélèrent leur adaptation aux nouvelles technologies et aux orientations politiques. L'association de noms connus comme Musk et Luckey sert également à rendre le projet plus "sexy" et attractif.
Le Secrétaire à la Défense, Pete Extas, est présenté comme un réformateur qui a déjà procédé à des changements importants au sein du Pentagone, notamment en limogeant des généraux. Jérémy souligne le risque d'un "deep state" au sein du Pentagone, une administration bien huilée qui pourrait résister à des changements trop radicaux. La question clé sera de savoir quelles idées émergeront de ces 120 jours de réflexion et, surtout, lesquelles seront mises en œuvre rapidement, étant donné que le Congrès doit voter les budgets, et que les élections de mi-mandat approchent.
L'émission aborde ensuite le sujet des drones et de la guerre autonome. Le budget demandé pour 2027 pour la guerre autonome est colossal, passant de 226 millions à 54,6 milliards de dollars, ce qui témoigne d'une volonté politique claire d'aller vers la "dronisation" des conflits. L'Autonomous Warfare Command (AUTOWARCOM) a été créé, dédié spécifiquement à ce domaine. Jérémy s'étonne de la surprise que cette annonce a générée, rappelant que le complexe militaro-industriel américain et les investissements dans les technologies de défense ne sont pas nouveaux, citant notamment le fonds In-Q-Tel de la CIA.
Une hypothèse avancée pour expliquer cette mise en avant soudaine et ces demandes budgétaires massives (1500 milliards de dollars pour 2027) est que le rapport du "Project Meridian" servira d'outil de lobbying pour justifier ces dépenses, notamment lors des midterms. Les succès récents, comme les opérations au Venezuela, les frappes en Iran utilisant l'IA, et les enseignements de la guerre en Ukraine, où les drones jouent un rôle prépondérant, ont probablement alerté le Pentagone sur la nécessité d'investir massivement dans ces nouvelles formes de guerre. François confirme que les réalités du terrain impliquent un changement de paradigme dans la conduite des guerres, mais tempère l'idée d'un remplacement total de l'humain sur le champ de bataille.
La menace chinoise est également identifiée comme un moteur majeur de ces investissements. Les États-Unis s'inquiètent des avancées rapides de la Chine dans des domaines comme les drones, le quantique et l'IA. L'argument de la menace chinoise est historiquement utilisé pour justifier des augmentations de budget de défense.
Un autre point soulevé est l'inclusion des biotechnologies dans le cadre du rapport. Cette perspective suscite des inquiétudes, notamment en raison des risques liés aux armes biologiques et virologiques, et à l'existence de laboratoires secrets. François explique que les recherches dans le domaine NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) visent officiellement des objectifs défensifs, mais que le travail sur des agents pathogènes comporte des risques inhérents, comme l'a démontré un récent incident en Russie.
La question de la souveraineté technologique européenne et française est abordée. Contrairement aux États-Unis qui peuvent se permettre de faire jouer la concurrence entre plusieurs industriels, la France dépend souvent d'un industriel unique pour des domaines stratégiques comme les avions de chasse. L'Europe peine à s'organiser collectivement, les États étant souvent en concurrence plutôt qu'en coopération pour définir des budgets et des volontés politiques communes. L'exemple du projet d'avion de combat franco-allemand, abandonné, illustre cette difficulté.
L'émission évoque également le cas de Chef's Vision, une société française remplaçant progressivement Palantir pour les besoins de la DGSI en France. Bien que le choix de Chef's Vision par l'Allemagne ait été salué comme un signe d'Europe de la défense, des critiques allemandes ont émergé concernant la dépendance à un acteur étranger. François souligne que, bien que la souveraineté soit un objectif, la réponse à un besoin opérationnel, comme le sauvetage de vies, peut primer à court terme.
Enfin, la discussion se tourne vers qui pourrait composer un comité hypothétique pour imaginer la guerre de 2050 en France. Les propositions incluent des personnalités comme Alain Damasio pour sa vision prospective, des experts en IA, et des philosophes ou historiens pour apporter de la profondeur et du contexte aux réflexions stratégiques. L'importance de l'IA duale (civile et militaire) et la nécessité d'une souveraineté dans ce domaine sont soulignées, expliquant potentiellement le soutien à des entreprises comme Mistral AI. La vigilance quant à l'impact sociétal de ces technologies et leur utilisation contre la population est également mise en avant, suggérant l'intervention d'un défenseur des libertés publiques. Le coût des projets européens, comme le SCAF (Système de Combat Aérien Futur) estimé à 100 milliards d'euros, est jugé exorbitant. L'émission se conclut sur une invitation aux spectateurs à partager leurs propres propositions de personnalités pour ce comité.