
Mélia GILSON questionne ce qui fait de nous des êtres égoïstes, cupides ou apathiques
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Dans cet échange, Mélia Gilson, historienne de l'art de formation, explore les liens entre le traumatisme, l'insécurité, et la manière dont nous interagissons avec le monde, en s'appuyant sur la pensée de l'avocat américain James Gustave Speth. Speth souligne que les véritables problèmes environnementaux ne sont pas seulement la perte de biodiversité ou le changement climatique, mais l'égoïsme, la cupidité et l'apathie humaine, nécessitant une transformation culturelle et spirituelle. Mélia partage sa conviction que nous ne naissons pas égoïstes ou cupides, mais le devenons, souvent à cause des traumatismes.
Elle distingue deux types de traumatismes : le traumatisme avec un grand "T", correspondant aux événements violents et choquants (accidents graves, agressions), et le traumatisme avec un petit "t", le "traumatisme développemental complexe", qui survient durant l'enfance par manque de soutien, d'amour ou d'attention. Ces traumatismes, même avec un petit "t", ont un impact profond sur le cerveau, comparable à celui des traumatismes majeurs.
Mélia explique que nous réagissons à 99,9% du temps sur la base de notre passé, et non dans le présent. Le corps capte les stimulis environnementaux avant l'analyse rationnelle, créant une réaction basée sur des expériences antérieures, souvent inadaptée au contexte actuel. Cette réaction est une forme de protection, mais elle est souvent issue de la peur, qui est délétère. Par exemple, une simple remarque peut déclencher une réaction disproportionnée si elle touche à une blessure passée, entraînant une tendance à l'attaque, la fuite ou le "people pleasing" pour maintenir la sécurité.
Le corps humain, comme celui de tous les mammifères, cherche à se protéger en fonction de la perception de l'insécurité. Les manifestations physiques de ce stress incluent le serrement de la mâchoire, le repli sur soi, le figement du regard et une respiration superficielle. Pour contrer cela, Mélia propose des techniques simples comme le relâchement de la mâchoire, l'ouverture du corps et une respiration ample, afin d'informer le corps qu'il est en sécurité. Cela permet de revenir dans le présent et d'accéder à des zones du cerveau normalement désactivées en cas de danger, comme celles de la communication et de la compréhension.
L'idée n'est pas d'éliminer le traumatisme, mais de s'en libérer des effets. Mélia met l'accent sur l'accueil de ce qui se passe en soi, plutôt que sur la lutte ou le rejet. Le pardon, qu'elle redéfinit comme l'autocompassion et la récupération de sa propre part dans une situation, est essentiel. Il s'agit de se remettre en sécurité intérieurement, de faire preuve d'indulgence envers ses réactions, et de reconstruire la confiance à travers la relation.
Elle critique la vision classique de l'art qui peut être rigide et destructrice pour le corps, et valorise les arts premiers (danse, chant, dessin des peuples autochtones) comme des expressions spontanées qui régulent le système nerveux et reconnectent à l'émerveillement. Ces pratiques, comme la danse ou le chant, ont un impact bénéfique sur le système nerveux, aidant à basculer du mode sympathique au parasympathique.
Mélia a vécu elle-même une hypervigilance permanente et un manque de joie, hérités d'une éducation axée sur la méfiance et la difficulté de la vie. Elle a dû apprendre à se reconnecter à ses ressentis, en observant les tensions physiques pour identifier ses émotions. Elle souligne l'importance d'apprendre ces compétences dès le plus jeune âge, une idée qu'elle aimerait voir intégrée dans le système éducatif.
Son approche actuelle consiste à accompagner des familles à travers le jeu, en recréant un environnement de sécurité et en stimulant la curiosité et l'émerveillement. Des activités comme des randonnées en forêt, l'observation de la nature, et des jeux en plein air permettent de réguler le système nerveux et de réveiller la joie. Elle insiste sur la répétition de ces expériences pour créer de nouveaux chemins neuronaux et offrir un choix d'actions plus adapté au présent.
Elle met également en avant l'importance de la relation et de la connexion, en particulier avec son compagnon, Michel, qui l'a initiée à des expériences d'aventure et de connexion profonde avec la nature. Ces expériences, comme l'escalade ou le canyoning, bien qu'effrayantes au début, lui ont permis de repousser ses limites et de renforcer sa résilience.
En conclusion, Mélia souhaite que l'on retienne l'importance de la curiosité, de l'émerveillement et du bon sens. Elle rappelle que la clé réside dans le retour à l'être, en se reconnectant à soi-même et à la nature, et en acceptant que le cheminement est continu. Les traumatismes, même s'ils ne disparaissent pas totalement, peuvent être transformés en cicatrices qui ne dictent plus nos réactions au présent. Le pardon de soi, la relation et la connexion sont des éléments fondamentaux pour traverser ces épreuves et vivre une vie plus épanouie et harmonieuse.