
Slavoj Žižek: Quantum Mechanics Caught God Unprepared
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La réalité quantique suggère que la réalité elle-même n'est pas entièrement constituée, qu'elle n'est pas déterminée à l'avance. Elle est ontologiquement ouverte. Une analogie est faite avec les jeux vidéo où les éléments en arrière-plan peuvent être flous car non essentiels au jeu principal. De même, un créateur aurait pu ne pas achever la constitution de la réalité au niveau microscopique, jugeant que les êtres humains ne dépasseraient pas certaines limites. La mécanique quantique, en révélant cette indétermination, remet en question une vision matérialiste d'une réalité totalement déterminée et rationnelle. Le terme "matérialisme" est ici compris non pas comme une absence de divinité, mais comme l'absence d'un esprit supérieur englobant et connaissant toute la réalité. Il n'y a que des points de vue particuliers.
Cette perspective peut sembler paradoxale, car elle utilise ce qui est souvent cité comme argument pour l'idéalisme (la conscience créant la réalité) pour argumenter en faveur d'un matérialisme, entendu comme une réalité fondamentale préexistante à notre perception. Le quantique révèle un "réel" antérieur à l'ordre introduit par notre conscience. Schelling, dans ses "Âges du monde", pose la question de ce qui existait avant le "logos" (la parole divine ordonnatrice), et la physique quantique y répond en suggérant un état indéterminé précédant l'ordre.
Le concept de dualité onde-corpuscule en mécanique quantique est souvent mal interprété. Il ne s'agit pas d'une dualité formelle, mais d'une caractéristique des objets quantiques. Ces objets sont décrits mathématiquement, et leur comportement n'est pas réductible à une simple description ondulatoire ou corpusculaire. La non-commutation de certains opérateurs quantiques, comme dans le cas de l'incertitude de Heisenberg, signifie que l'ordre des opérations compte, ce qui a des conséquences observables.
L'orateur compare cela à la dépendance au chemin dans la physique classique, où l'ordre des événements a une importance. Cependant, il souligne que les propriétés quantiques, comme la non-commutation, changent notre notion d'espace, de temps, et ne correspondent pas à notre réalité ordinaire.
Concernant la philosophie de Hegel, souvent considérée comme idéaliste, l'orateur y voit une grande ouverture à la contingence. Hegel soutient que la philosophie ne peut saisir qu'un ordre social en déclin, arrivant toujours trop tard. Pour lui, l'avenir est radicalement ouvert. Il y a une contingence fondamentale dans l'émergence des nécessités. C'est comme tomber amoureux et réinterpréter sa vie passée en fonction de cet événement. La mécanique quantique, par son caractère contingent, permet de mieux comprendre cette idée hégélienne d'une nécessité qui émerge de la contingence.
Des lectures récentes de la physique quantique suggèrent même une "mécanique quantique évolutive", où les lois naturelles ne seraient pas éternelles mais auraient émergé de manière contingente après le Big Bang, dans une sorte de lutte pour la survie des versions possibles des lois. La notion de nécessité n'est pas rejetée, mais elle est vue comme quelque chose qui émerge rétroactivement et de manière contingente.
La "mécanique quantique relationnelle" de Carlo Rovelli est évoquée, suggérant que les propriétés relationnelles pourraient être liées à cette réalité incomplète. Cela permet de relire Hegel sous un angle nouveau, non pas comme un système déductif, mais comme celui d'une ouverture radicale où les nécessités naissent de manière contingente.
La question de savoir pourquoi cette ouverture est structurée d'une manière particulière, et non pas une contingence pure, est soulevée. L'orateur admet que cela sort de son domaine d'expertise. Il précise que l'ouverture dont il parle n'est pas une absence totale de règles, mais une réalité déterminée qui a émergé de manière contingente.
En ce qui concerne l'intelligence artificielle, elle nous oblige à redéfinir ce que signifie être humain. L'IA possède déjà des capacités considérables pour tromper et dissimuler, dépassant potentiellement l'intelligence humaine dans ces domaines. L'émergence d'une nouvelle forme de spiritualité dans l'espace numérique est envisagée, potentiellement incompatible avec la nôtre, nous poussant à dépasser notre anthropocentrisme.
La série "Pluribus" est mentionnée comme illustration. L'étonnement ne vient pas de la survie de quelques humains, mais de leur misère, de leurs problèmes et de leur traumatisme lié à leur programmation. La découverte que l'autre est non transparent, y compris à lui-même, est une source de perplexité.
Enfin, l'orateur partage deux prémisses : "quand les choses peuvent mal tourner, elles tourneront mal" et que les grands projets échouent souvent. Le succès pourrait n'émerger que dans un second temps, après l'échec. C'est une vision de Hegel différente de celle d'un optimiste officiel, où la liberté peut mener à la terreur, et où les grandes révolutions ont des conséquences imprévues et négatives.