
Comment l'IA est en train de créer une nouvelle aristocratie
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Larry Fink, PDG de BlackRock, a déclaré que la puissance de calcul devenait une nouvelle classe d'actifs. Peu après, le CME et l'ICE ont annoncé le lancement de marchés à terme sur la puissance de calcul, incluant les GPU Nvidia. L'auteur, cofondateur d'Antimatter, observe cela de près, soulignant la rapidité avec laquelle Wall Street réagit aux désirs des grandes institutions.
Historiquement, lorsqu'une ressource stratégique passe d'une dépense opérationnelle à un actif négociable, cela profite aux mêmes acteurs. Le pétrole en 1983, l'électricité dans les années 90, et Bitcoin récemment en sont des exemples. L'émergence d'une nouvelle classe d'actifs est rare, survenant tous les 40 à 50 ans. Aujourd'hui, nous en voyons deux : la puissance de calcul et Bitcoin.
Un contrat à terme (futur) est un engagement standardisé d'acheter ou de vendre un sous-jacent à une date et un prix convenus. C'est un instrument financier ancien, dont la logique est assurantielle : les producteurs sécurisent leurs revenus, les consommateurs leurs coûts. Les marchés de futures et d'options sont avant tout des marchés d'assurance. Désormais, on peut prendre position sur un sous-jacent sans le détenir physiquement, ce qui le rend accessible à tout détenteur de capital. Ces marchés contribuent à la découverte des prix, un concept central dans l'économie capitaliste.
Pour qu'un marché à terme soit liquide, trois conditions sont nécessaires : un sous-jacent identifiable et standardisable, une unité de référence pour la formation des prix, et une chambre de compensation. La puissance de calcul présentait des défis : les heures de GPU variaient en qualité et en prix. Cependant, des indices comme ceux publiés par Silicon Data et Horn, ainsi que le rôle des chambres de compensation du CME et de l'ICE, ont résolu ces problèmes. Une différence majeure avec le pétrole est que la puissance de calcul n'est pas stockable ; une heure de GPU non utilisée est perdue.
Avant 1983, les prix du pétrole étaient contrôlés par l'OPEP. Le lancement du contrat à terme sur le WTI par le NYMEX a transformé le marché. Les producteurs sont devenus des gestionnaires d'actifs, les indépendants ont pu couvrir leurs risques, et de grandes maisons de trading ont émergé. Le coût du capital de l'industrie a chuté, permettant le développement du shale oil. En 2006, les ETF ont rendu le pétrole accessible aux particuliers. Le délai entre les futures et les ETF se raccourcit : 30 ans pour le pétrole, 6 ans pour Bitcoin, et potentiellement encore moins pour la puissance de calcul.
Pour les "hyper scalers" (Microsoft, Google, etc.), le marché à terme est un outil de gestion interne. Pour les "néo-cloud" (Corwive, Lambda Labs, etc.), qui vendent de la puissance de calcul, c'est une révolution opérationnelle. Ces entreprises peuvent désormais obtenir des financements avantageux, car leurs revenus futurs sont contractualisés et leurs emprunts adossés à des actifs tangibles (GPU) et des cash-flows futurs sécurisés. Ce mécanisme, similaire à celui des compagnies aériennes finançant leurs avions, permet de transformer un financement sur mesure en un modèle réplicable pour l'industrie. Les banquiers financent désormais des actifs dont le prix futur est observable et couvrable, réduisant l'incertitude et le coût du capital.
La puissance de calcul passe ainsi du statut de dépense d'exploitation à celui d'actif productif finançable, négociable et titrisable, au même titre que l'énergie ou le pétrole. Cela pourrait débloquer des trillions de dollars d'allocations institutionnelles pour la prochaine phase de l'IA.
Une tentative similaire a eu lieu avec le marché à terme sur la bande passante Télécom lancé par Enron à la fin des années 90, qui a échoué en raison d'un sous-jacent non fongible et de conflits d'intérêts. Cependant, les conditions actuelles pour la puissance de calcul semblent plus favorables.
BlackRock, déjà exposé à cette classe d'actifs via l'acquisition de Lineata Centers, a initié le mouvement. Larry Fink ne fait pas que prédire l'avenir, il contribue à le rendre investissable, ouvrant la voie aux fonds de pension, fonds souverains, etc. Les déclarations d'Elon Musk et Sam Altman sur la masse, l'énergie et le revenu universel en puissance de calcul convergent vers cette idée : la puissance de calcul devient l'unité de richesse du siècle.
Lorsqu'une ressource stratégique devient un actif financier, trois phénomènes se produisent : le coût du capital des détenteurs physiques diminue, une nouvelle catégorie de rentiers émerge (ceux qui possédaient la ressource avant sa financiarisation), et le pouvoir géopolitique se redessine. La puissance de calcul est en train de devenir la nouvelle base de la stratification du capitalisme global.