
IA : le début d’un krach mondial ? #octogone95
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Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel octogone, où nous allons analyser l'actualité économique et financière avec une perspective équilibrée entre la réactivité et le recul nécessaire. L'événement majeur qui se développe actuellement est le "dégonflement" ou "crack" de la bulle de l'IA, marqué par des variations importantes, notamment une chute de 14% pour certaines valeurs des "Magnificent 7". Nous allons aborder ce sujet en profondeur, en le reliant à d'autres événements récents comme le piratage de Binance, qui ajoute une ligne supplémentaire mais interconnectée à ce "crack du 30 octobre".
Le "mème du jour" qui a circulé sur X (anciennement Twitter) était une prophétie cynique : "Il n'y a pas de plancher tant que Binance n'a pas été piraté." Or, Binance a bel et bien été piraté, et ce par la Corée du Nord, ajoutant une couche d'ironie à cette prédiction. Ce piratage, bien que grave, est perçu par certains comme un signe que le "plancher" a été atteint, suggérant un potentiel point d'entrée pour les investisseurs.
En parallèle, l'action Alphabet a subi une perte de 12% en une seule journée, soit une évaporation de 500 milliards de dollars de capitalisation boursière. C'est la pire séance boursière pour Alphabet depuis son entrée en bourse en 2004, et la deuxième plus forte perte en un jour de l'histoire américaine, après Nvidia en janvier 2025 (non ajusté de l'inflation). Cette chute est d'autant plus préoccupante que le chiffre d'affaires d'Alphabet continue de progresser. L'inquiétude principale réside dans le coût et la rentabilité de l'IA. Google, bien que toujours dominant, est perçu comme "ringardisant" par les jeunes générations, qui utilisent de moins en moins la recherche traditionnelle. Les marchés craignent que l'IA, en fournissant des réponses directes, ne réduise les clics sur les annonces publicitaires, qui constituent la principale source de revenus d'Alphabet. Moins de clics signifie moins de publicité, ce qui est une peur majeure ayant contribué à la chute de l'action le 29 octobre.
La bulle de l'IA elle-même est au cœur des préoccupations. Des investissements massifs sont annoncés : Alphabet prévoit 195 à 205 milliards de dollars pour des centres de données dédiés à l'IA, et Amazon environ 220 milliards d'ici 2026, avec des prévisions encore plus élevées pour 2027. Ces entreprises parient sur une demande future qui n'est pas encore visible dans leurs comptes. Ce surinvestissement dans des infrastructures et la surestimation des retours sur investissement sont des schémas récurrents dans l'histoire des bulles spéculatives, que l'on peut comparer à la crise du rail de 1848. Comme à l'époque, il s'agit de "purger le mauvais sang" de l'économie. Le capitalisme américain a toujours eu besoin de surestimer les rendements pour lever des fonds.
Malgré les prédictions marxistes d'une baisse tendancielle des taux de profit, l'innovation technologique, notamment l'IA, a créé des entreprises d'une rentabilité sans précédent, posant un défi aux théories économiques traditionnelles. Le problème actuel est que ce surinvestissement dans l'IA ne se traduit pas encore par des retours concrets dans les livres de comptes, incitant les investisseurs à se retirer et à chercher d'autres secteurs. Par exemple, Alphabet affiche un flux de trésorerie disponible négatif, ce qui est nouveau, et Amazon a vu son flux de trésorerie chuter drastiquement. Les investisseurs exigent de savoir quand l'IA commencera à rapporter.
La situation actuelle de l'IA est comparable à celle du rail : une technologie qui change le monde, mais dont l'intégration économique est plus lente que prévu. Certains économistes, comme ceux récompensés par le "faux Prix Nobel" de la Banque de Suède, ont par le passé sous-estimé l'impact de technologies majeures comme internet, ce qui souligne la difficulté de prévoir les révolutions technologiques. L'IA est sans aucun doute l'avatar de la "révolution noïque" et transformera le monde, mais cette transformation s'accompagne d'une période de "purge du mauvais sang".
La peur est communicative sur les marchés financiers. Quand une valeur comme Alphabet chute de 12 à 14%, la contagion s'embrase. Elon Musk a même déclaré que la bulle de l'IA est en train d'éclater, et en Chine, elle a déjà éclaté. Le marché chinois est déjà en "bear market", avec des valeurs comme le Star 500 de Shanghai ayant perdu près de 50% depuis juillet. Cette situation en Chine, bien que grave, est perçue avec un certain détachement par les investisseurs locaux, habitués aux crises financières.
L'adage "acheter quand il y a du sang dans la rue" est souvent cité dans ces périodes. Cependant, la question se pose de savoir si nous sommes face à une simple "solde" ou à une rotation sectorielle plus profonde, voire un changement de paradigme pour les valeurs dominantes du marché. Des entreprises comme Intel, autrefois un géant, peinent à trouver un avenir sans injections du Pentagone et sont aujourd'hui en correction. La vague de craintes a touché d'autres entreprises après Alphabet : Intel a reculé de 25 à 30%, et Amazon a perdu entre 4 et 7%. Pour Amazon, une entreprise de fonds de pension, c'est une perte énorme. Le crack s'est propagé d'une entreprise à tout un secteur.
Les "Magnificent Seven" – Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla – représentent un tiers de Wall Street. La chute de ces actions a un effet de contagion sur l'ensemble du marché. Un exemple récent est la victimisation de Jensen Huang, le PDG de Nvidia, par un "honeypot" chinois visant à lui dérober des secrets industriels. Fin octobre, les "Magnificent Seven" pesaient entre 33% et 35% de l'indice S&P 500. Leur baisse entraîne une réévaluation générale des actifs et peut provoquer une faim de cash dans d'autres secteurs via des phénomènes de titrisation et de prêts lombards. Actuellement, 60% du S&P 500 est en "bear market", et quatre des "Magnificent Seven" (hors Tesla) y sont également.
La présence d'entreprises de "1000 milliards de dollars" sur le marché, comme Apple et Alphabet, est un phénomène que Nassim Nicholas Taleb attribue aux "distributions à longue traîne". Ces distributions montrent que des événements très éloignés de la moyenne ont une probabilité non négligeable de se produire, contrairement aux hypothèses gaussiennes souvent utilisées en économie. L'émergence de ces géants et leur volatilité actuelle sont des exemples de ces événements à "longue traîne".
Amazon, malgré une croissance de 39,3% pour son service cloud AWS (Amazon Web Services), a un flux de trésorerie disponible négatif de 42,4 milliards de dollars sur 12 mois. Le PDG, Andy Jassy, a déclaré qu'il n'avait jamais existé d'activité à 1000 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et qu'il pourrait y en avoir deux d'ici 5 à 10 ans, une déclaration qui, sans le charisme d'un Tim Cook ou d'un Elon Musk, peut sembler moins crédible.
Les Magnificent Seven détiennent collectivement 882 milliards de dollars en trésorerie, dont 242 milliards pour Alphabet seul. Ces entreprises ne manquent pas d'argent, mais le transforment en centres de données. La question clé est le retour sur ce cash investi, d'autant plus que ces actions ne versent pas beaucoup de dividendes, préférant les rachats d'actions. Cependant, cette stratégie de rachat d'actions perd de son efficacité quand la peur du public dépasse la capacité de l'entreprise à maintenir les cours.
Revenons au piratage de Binance. Des hackers nord-coréens ont volé 6,3 milliards de dollars (selon Binance) ou 6,4 milliards (selon Chainalysis et Elliptic) en 20 minutes, le plus gros vol de l'histoire des cryptomonnaies. La faille s'est produite via l'ordinateur portable compromis d'un ingénieur DevOps. Ce type de vulnérabilité, liée à un "endpoint" (terminal), est une faiblesse connue en cybersécurité. Environ 3 milliards de dollars ont été gelés rapidement (principalement des stablecoins), mais 2,4 milliards en Bitcoin et Ether restent hors d'atteinte, car les monnaies décentralisées ne peuvent être gelées. Ce qui protège de la censure protège aussi le voleur.
Ce piratage a eu des répercussions sur le marché des cryptomonnaies : le Bitcoin est tombé à 76 400 dollars (selon l'auteur, une dernière fois à ce prix), et 1,6 milliard de dollars de positions à effet de levier ont été liquidés en 24 heures. La peur s'est également propagée suite à l'alerte de la police de Singapour concernant des portefeuilles matériels Ledger trafiqués avant la vente, soulignant la course aux armements constante entre hackers et systèmes de sécurité.
Le "crack" d'octobre s'est propagé à l'Asie, avec des marchés comme Séoul et Tokyo en forte baisse. Le Kospi de Séoul a reculé de 5%, et Tokyo de 2 à 3%. Les valeurs des puces, dopées par l'IA toute l'année, ont été les plus touchées. Le Star 500 de Shanghai a chuté de 5,48% en une journée, et a perdu environ 48% depuis son record de juillet. En Chine, la bulle de l'IA a éclaté avant celle de Wall Street, mais là encore, les Chinois ont tendance à voir ces crises avec une certaine distance.
En conclusion, nous sommes face à un dégonflement majeur de la bulle de l'IA, exacerbé par des failles de sécurité dans le monde des cryptomonnaies et une contagion de la peur sur les marchés. Les investissements massifs dans l'IA n'ont pas encore produit les retours escomptés, entraînant une réévaluation des valeurs technologiques. Cette période de turbulence, bien que douloureuse, pourrait être une "purge" nécessaire pour le marché, ouvrant la voie à de nouvelles dynamiques économiques.