
Pékin, centre du monde? #octogone85
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Bonjour à tous. Nous sommes avec le professeur Gunter Pauli pour cet octogone, et il est actuellement au Nigeria. Nous allons aborder un sujet qu'il maîtrise parfaitement : les relations entre la Chine et l'Occident. C'est une information cruciale : Pékin est au centre du jeu diplomatique, recevant Donald Trump et Vladimir Poutine à quelques jours d'intervalle.
Cette séquence diplomatique confirme un basculement majeur : la Chine n'est plus seulement un acteur de l'équilibre mondial, elle devient l'arbitre recherché par les grandes puissances. La visite de Donald Trump à Pékin visait à consolider une trêve commerciale fragile et à obtenir un appui chinois sur le dossier iranien. Cependant, malgré une mise en scène importante, les résultats concrets semblent limités : pas de concession majeure sur Taïwan, pas d'engagement décisif sur l'Iran, et des avancées économiques modestes.
Quelques jours plus tard, Vladimir Poutine a été reçu avec tous les honneurs, et les signes de respect étaient beaucoup plus appuyés. Le message était différent : il ne s'agissait pas de négocier une détente, mais d'afficher un partenariat stratégique russo-chinois de plus en plus structurant. Ce partenariat couvre l'énergie, le nucléaire, la sécurité internationale, les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle. Moscou cherche à s'arrimer davantage à Pékin, notamment depuis les sanctions occidentales. Le projet gazier Power of Siberia, avec ses 50 milliards de m³ annuels, symbolise cette dépendance croissante.
Le contraste est révélateur : Washington cherche une stabilisation, tandis que Moscou cherche un axe. Dans les deux cas, Xi Jinping apparaît en position de force. Jensen Huang, le PDG de Nvidia, s'est plaint auprès de Donald Trump que l'interdiction pour la Chine d'acheter des puces Nvidia frappait son entreprise de plein fouet. La Chine n'a fait aucune concession à cet égard. Au contraire, Xi Jinping s'est contenté de sourire et, lorsque Trump lui a demandé des concessions sur les semi-conducteurs, il a évoqué Taïwan. Comme Gunter l'avait prédit, les Chinois préparent une réunification sans tirer un coup de feu.
Gunter, est-ce un immense succès de la diplomatie chinoise ? C'est plus qu'un succès, c'est une consolidation, car le succès était déjà acquis. La grande différence est que Trump cherchait un succès, et les Chinois ont consolidé leur position. Un événement que la presse occidentale n'a pas rapporté est que la Chine a été choquée lorsque le président Xi Jinping s'est absenté du banquet pendant deux minutes, et que Trump s'est permis de consulter ses notes en personne. C'est inimaginable. Les Chinois ont exprimé leur désapprobation, affirmant que cela ne se faisait pas, surtout en public. C'est une insulte diplomatique majeure.
En ce qui concerne Nvidia, l'entreprise a annoncé des résultats extraordinaires. Cependant, son cours en bourse a chuté de 3 % à l'annonce, montrant que le public en veut toujours plus. Trump a signalé à Xi Jinping qu'il serait plus souple sur la vente des puces nécessaires à la Chine, mais la Chine n'a pas réagi et n'a pas acheté. C'était un coup dur, car Trump était venu avec de grands chefs d'entreprise mondiaux, et les Chinois n'ont signé aucun accord ni fait d'achats significatifs, à l'exception d'une commande de Boeing qui était déjà prévue et qui a été réduite. Cet achat de Boeing est davantage perçu comme l'acquisition de pièces de rechange, car l'obtention de garanties et de maintenance pour des pièces non originales est difficile.
L'arrivée de Trump avec des chefs d'entreprise non annoncés, comme le président de Nvidia, a montré une approche improvisée, contrastant avec la planification chinoise à cinq ans. Les Chinois ont écouté mais n'ont rien fait. De l'autre côté, Poutine est reparti avec 40 accords, y compris la nouvelle connexion pétrolière sibérienne entre la Russie et la Chine (le "Power of Siberia 2"). Cette nouvelle infrastructure contournera les tracasseries du Moyen-Orient, car la Russie a découvert d'énormes réserves pétrolières en Sibérie.
Pourquoi la Chine accorde-t-elle tant d'attention à un pays dix fois plus petit et moins puissant militairement comme la Russie ? C'est évident : la Russie possède toutes les matières premières dont la Chine a besoin, à sa frontière. Les Russes ont vendu l'Alaska et se sont consolidés en Sibérie, où ils ont des ressources mais peu de population, tandis que la Chine a une population et une industrie immenses. Cette association Russie-Chine est un partenariat "préparé par les dieux", offrant à la Chine l'assurance des matières premières, ce que Trump ne pouvait pas offrir. La Chine, qui produit des millions d'ingénieurs par an, est capable de développer tout ce dont elle a besoin en interne, contrairement aux Américains qui développent des technologies pour contrôler le monde.
Le Parti communiste chinois a réussi à maintenir la paix intérieure en assurant la nourriture pour tous et en réduisant la pauvreté. La rencontre avec Trump, marquée par le manque de respect de ce dernier, a définitivement fermé les portes chez les Chinois. L'Occident est perçu comme décadent et désinhibé, un comportement qui choque les Chinois. Des incidents passés, comme la fuite d'informations par Justin Trudeau ou les conversations mises sur haut-parleur par Emmanuel Macron, ont renforcé cette image d'incapacité à la confidentialité et à la confiance. Les Chinois ne traitent pas Donald Trump comme un adulte responsable.
Les préparatifs de l'arrivée de Trump étaient minutieusement organisés par les Américains, qui ont même importé leur propre cuisine, refusant de goûter la cuisine chinoise. C'est une insulte diplomatique qui exprime un manque total de confiance. De plus, un agent de sécurité américain a tenté d'entrer armé dans la Cité Interdite, où Trump était reçu, malgré l'interdiction d'armes. Les Chinois ont fermement refusé, soulignant une nouvelle fois le manque de confiance américain. Comment négocier des accords commerciaux ou sur l'Iran dans un tel climat de méfiance ?
La Chine a annoncé avoir des moyens de substitution pour ASML, affaiblissant la barrière d'entrée technologique. La Chine a toutes les cartes en main, et même des jokers. Leur plan quinquennal avait déjà fait de la lithographie une priorité après l'interdiction d'exportation des lithographies hollandaises par Trump. Avec une masse d'ingénieurs loyaux, des pays comme la Chine, l'Inde, le Pakistan et le Brésil peuvent surmonter n'importe quel défi. Les États-Unis, en interdisant l'entrée de jeunes doctorants chinois, ont perdu une source de créativité. Les États-Unis voient la Chine comme un concurrent, tandis que la Russie la voit comme un partenaire par nécessité.
La Chine a clairement indiqué qu'elle respecte l'institution de la présidence américaine, mais pas la personne de Trump. Historiquement, la diplomatie américaine a toujours cherché à courtiser la Chine, de l'alliance pendant la Seconde Guerre mondiale aux efforts de Kissinger pour rétablir les relations. Charles de Gaulle avait même conseillé à Nixon de se rapprocher de la Chine. Aujourd'hui, tout cela est compromis.
Trump a déclaré sur Truth Social que Xi Jinping avait dit que l'Occident était en déclin, attribuant cela à l'administration Biden. Cependant, les Chinois sont profondément anti-Trump en raison de son hostilité constante. La stratégie du "chien fou" de Trump, qui consiste à paraître fou pour ensuite négocier, est inefficace avec les Chinois, qui enregistrent les informations à long terme et ne l'utilisent jamais. La Cour suprême ayant annulé les tarifs douaniers américains, Trump n'a plus de munitions. Cette stratégie a échoué, et les Chinois savent que les États-Unis ne peuvent plus leur mettre la pression.
Les actions américaines ont renforcé la stratégie chinoise d'autosuffisance multipolaire. À l'époque de Kissinger, la stratégie était bipolaire (Américains et Chinois ensemble). Kissinger avait convaincu les Américains de vendre de la nourriture à la Chine, alors en famine, enseignant aux Chinois que le commerce amène la paix. Trump, en arrêtant le commerce et en lançant des défis, a rompu avec cette approche. Nancy Pelosi, en tant que présidente de la Chambre, est allée à Taïwan, brisant l'idée que le commerce est synonyme de paix. Sous Biden, les entreprises américaines ont été contraintes de remplacer Taïwan par l'Inde pour leurs contrats de sous-traitance, une stratégie sous-entendue militaire.
Jusqu'à l'époque de Pelosi, les Américains ne considéraient pas la Chine comme une force militaire mondiale, estimant qu'elle ne pouvait pas attaquer Taïwan ou le Japon faute de chaîne d'approvisionnement alimentaire. Mais la Chine a redressé son agriculture et a conclu des accords avec le Brésil, le Nigeria et d'autres pays africains, éliminant ainsi son stress vital lié à la faim. N'ayant plus faim, la Chine a la capacité de monter des armées capables de défense et, si nécessaire, d'offense.
On a une dépêche de Bloomberg qui parle d'une "bombe silencieuse de dettes cachées" en Chine, estimée à 3 000 milliards de dollars, principalement liée aux collectivités locales, aux véhicules de financement public et à la crise immobilière. Ce fardeau invisible fragilise la confiance et limite la capacité de Pékin à relancer l'économie. Bloomberg, qui a un conflit d'intérêts majeur, cite Tom Hou, dont la position n'est pas représentative de l'économie chinoise. Les États-Unis ont des problèmes similaires de dettes cachées. Des pratiques de BYD, comme le rachat de ses propres voitures pour les revendre comme "occasion kilomètre zéro", ont également été pointées du doigt.
Gunter, il est clair que les auteurs de cet article oublient un changement politique fondamental en Chine : l'arrêt de la folie d'urbanisation au profit d'une stratégie de ruralisation, motivant les gens à retourner dans leurs villages. La Chine a vu ce qui s'est passé en Italie avec des villages abandonnés et ne veut pas dépendre des importations de nourriture. Bien qu'il y ait encore de la construction immobilière, la priorité est de construire des écoles et des hôpitaux à la campagne pour inciter les gens à y revenir et à se réintégrer dans l'agriculture. Ce changement fondamental a un coût pour les banques qui ont financé l'immobilier, mais c'est un calcul stratégique visant à renforcer la résilience du pays et à diminuer le risque de famine. J'ai personnellement vu, il y a 6 ou 7 ans, comment la Chine a décidé de ré-ruraliser pour arrêter l'exode des campagnes vers les villes, ce qui a un impact financier énorme sur les banques.
Passons à Honda, que Gunter connaît très bien. Une dépêche du Trends Journal, de Gerald Celente, indique que Honda freine sur l'électrique. Le constructeur japonais a publié sa première perte annuelle depuis son entrée en bourse en 1957. Après plus de 9 milliards de dollars de charges liées à la restructuration de sa stratégie électrique, Honda abandonne son objectif de faire des véhicules électriques 20 % de ses ventes en 2030, ainsi que l'ambition d'une production totalement électrique d'ici 2040. Le projet canadien de 11 milliards de dollars pour les batteries et les voitures électriques est suspendu indéfiniment. Paradoxalement, l'action Honda a progressé de 3,8 %, le groupe promettant de maintenir son dividende. Cette résilience provient surtout de la moto, notamment au Brésil et en Inde, où Honda vise un record de 22,8 millions d'unités vendues. La domination chinoise impose aux constructeurs étrangers de coopérer