
SaaS Apocalypse : Pourquoi Wall Street s'est planté !
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Il y a six mois, le secteur du SaaS était considéré comme moribond, avec Wall Street pariant contre le logiciel, arguant que l'intelligence artificielle permettrait aux entreprises de coder leurs propres outils en interne, éliminant ainsi le besoin d'abonnements mensuels. Cette thèse, surnommée la "SaaS Apocalypse", a entraîné une chute des valeurs, Sales Force perdant 40 % de sa valeur au premier semestre 2026. Cependant, en février, l'émission "Silicon Carnet" avait émis des doutes sur cette prédiction, et l'avenir leur a donné raison : Sales Force a rebondi de 22 % en une seule séance, atteignant un plus haut historique. Cet épisode revient sur cette "SaaS Apocalypse" qui n'aura finalement pas lieu.
Jean-Louis Keguiner, patron de Gladia, récemment intégré à OVH, et NG Ismaël sont présents pour discuter de ce revirement. Ils sont à New York, complotant pour changer la programmation de "Silicon Carnet" et créer un nouveau podcast intitulé "La Révolution". L'émission se déroule en direct sur YouTube et est également disponible en podcast sur toutes les plateformes. Les auditeurs sont encouragés à s'abonner et à rejoindre "La Hacienda", la communauté de "Silicon Carnet", pour des événements privés et des interactions directes avec des personnalités du monde de la tech, comme Karim Busta, qui a travaillé avec Elon Musk.
Le retournement du secteur SaaS est une leçon de marché. L'idée que l'IA permettrait aux entreprises de développer leurs propres outils, rendant obsolètes des services comme Sales Force ou Adobe, a été largement répandue. Des fonds d'investissement ont même misé sur la chute des éditeurs de logiciels. Sales Force a vu son titre chuter à 150 dollars en juin 2026, soit près de 45 % en dessous de son niveau initial.
Cependant, les résultats trimestriels récents ont contredit cette hypothèse. Sales Force a bondi de 22 % en une séance, une performance inédite depuis 2020. Ce n'est pas dû à une augmentation des ventes de licences, mais à sa capacité à se rendre indispensable dans un monde dominé par l'IA. Le déclencheur a été un accord avec Anthropic, baptisé "Cloud Force", où l'IA Cloud devient l'interface qui pilote les données de Sales Force. De plus, la participation de Sales Force dans Anthropic a généré une plus-value de 2,6 milliards de dollars, Anthropic étant valorisée à 965 milliards avant son introduction en bourse, avec une prévision de 2 trillions de dollars après.
Un autre événement majeur est la publication de résultats monstrueux par Nvidia : 96 milliards de revenus, soit environ 1 milliard par jour, en hausse de 106 % sur un an, et des prévisions de croissance continue. L'argent afflue vers l'infrastructure de l'IA. Nvidia a également acquis Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, une entreprise que NG connaît bien. NG regrette de ne pas avoir investi, estimant avoir perdu environ 50 millions de dollars.
L'acquisition de Hugging Face a soulevé des débats sur sa nationalité. Si ses fondateurs sont français et de nombreux ingénieurs sont basés en France, la culture de l'entreprise est très ouverte et internationale, la rendant difficile à classer. Pour NG, Hugging Face est un exemple d'entreprise open source dont la nation est le monde. Jean-Louis pense qu'il faut être fier de l'éducation et de l'ingénierie française, mais critique l'hypocrisie de la French Tech qui ne compte pas des entreprises comme Hugging Face, DataDog ou Algolia dans ses classements, alors qu'elles sont des succès mondiaux. Ces entreprises s'exportent aux États-Unis parce que l'écosystème français n'est pas assez grand ni ambitieux pour les soutenir dès le début.
Carlos, l'animateur, partage une anecdote personnelle sur son refus d'investir dans Hugging Face à ses débuts, une décision qu'il qualifie de "leçon". Il souligne l'importance de miser sur "le jockey" (les fondateurs) plutôt que sur "le cheval" (l'idée initiale). L'exit de Hugging Face, s'il se confirme, profitera à de nombreux business angels et employés français, créant une diaspora qui pourrait générer une nouvelle vague de startups.
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Revenant au sujet du SaaS, NG réitère sa position contre la "SaaS Apocalypse", expliquant que les financiers ne comprennent pas toujours les nuances techniques et produit. Il note que toutes les entreprises SaaS ne sont pas traitées de la même manière par le marché boursier. Certaines se relèvent, comme Sales Force, tandis que d'autres, comme monday.com, continuent de chuter. La valeur d'un SaaS ne réside pas uniquement dans son interface.
Jean-Louis reconnaît son erreur d'avoir mis tous les SaaS dans le même panier. Il propose de distinguer deux types de SaaS : les plateformes "enterprise grade" et les logiciels verticaux. Les premiers, comme Sales Force ou SAP, sont des systèmes de référence (Systems of Record) très horizontaux, offrant des solutions personnalisées avec des exigences de sécurité, de conformité et d'intégration complexes. Leur déploiement est unique pour chaque entreprise, rendant leur remplacement très difficile. Les seconds, les logiciels verticaux répondant à une problématique métier spécifique, sont plus vulnérables à l'IA car leur valeur se limite souvent à une interface.
NG confirme que des entreprises comme HubSpot, Monday ou Asana, bien que proposant une certaine personnalisation, n'ont pas la "stickiness" (adhérence) de Sales Force ou SAP. Si la valeur d'un SaaS se résume à son interface, il est menacé par les agents IA. En revanche, si sa valeur réside dans son implémentation verticale et la connaissance des processus métiers, il est quasi indéboulonnable.
Carlos évoque le retour d'expérience d'entreprises ayant tenté de reconstruire des logiciels avec l'IA. Elles ont constaté des bugs, des difficultés de conformité et la nécessité de tests, réalisant qu'il est préférable de se concentrer sur leur cœur de métier plutôt que d'économiser sur des abonnements. Développer des logiciels complexes avec l'IA n'est pas si simple.
Jean-Louis ajoute que le coût des tokens est actuellement faible en période d'acquisition de données, mais qu'il augmentera. La maintenance d'un logiciel codé par l'IA est également difficile et coûteuse à long terme, ce que les DSI ont compris après six mois de tests.
Cependant, Jean-Louis met en garde contre l'interprétation purement technique du rebond de Sales Force. Il suggère que l'augmentation de la valeur est en partie liée à des mouvements financiers circulaires, comme l'investissement dans Anthropic, qui génère des plus-values importantes avant même l'introduction en bourse. Carlos reconnaît que le chiffre d'affaires de Sales Force, bien qu'en croissance de 10 %, est inférieur aux 20 % habituels, suggérant que d'autres facteurs sont en jeu, comme l'annonce de "Cloud Force" par Mark Benoff, perçue comme un coup de génie marketing.
Jean-Louis voit dans l'investissement de Sales Force dans Anthropic un schéma similaire à d'autres bulles financières, où l'argent circule entre quelques acteurs clés. Il met en question si la hausse de la valeur est une réalisation technique ou une prédiction financière. Il compare l'approche de Sales Force à une "prise en otage" des données des clients, car il est très difficile de les extraire de leurs systèmes.
NG souligne le "net dollar retention" de ces leaders comme Sales Force et SAP, où les clients non seulement ne partent pas, mais dépensent davantage chaque année, avec une rétention supérieure à 100 %. Carlos explique que Sales Force ne vend pas nécessairement plus de licences utilisateur, mais vend des licences aux agents IA. Par exemple, le revenu récurrent annuel d'Agent Force, la solution de Sales Force, est passé de 1,2 à 1,5 milliard de dollars, car les agents sont considérés comme des utilisateurs.
NG explique que des entreprises comme Intercom (rachetée par Sales Force pour 3,5 milliards de dollars) ont adopté une stratégie de "usage-based billing", facturant les actions des agents plutôt que les licences. Cette approche permet d'augmenter considérablement le panier moyen, car les agents peuvent effectuer un nombre d'actions bien supérieur à un utilisateur humain.
Mark Benoff, le PDG de Sales Force, a compris ce concept de "trap value" : la valeur piégée dans les systèmes de Sales Force qui n'est pas pleinement exploitée par les utilisateurs humains. Les agents IA, travaillant 24h/24 et 7j/7, peuvent devenir des "power users" et maximiser l'exploitation de ces données. L'humain se concentrerait alors sur l'orchestration des agents.
Cette évolution marque l'émergence d'une nouvelle forme de collaboration, où l'humain devient un intégrateur des agents IA. Les commerciaux, par exemple, deviennent des intégrateurs qui déploient des agents pour multiplier leur productivité et générer plus de revenus. C'est une stratégie brillante pour augmenter le chiffre d'affaires sans remplacer les employés.
Mark Benoff a fait un mouvement audacieux en acceptant que Cloud devienne l'interface principale de Sales Force, malgré la mauvaise réputation de l'interface historique. C'est une preuve qu'il a compris l'avenir et qu'il faut laisser les agents travailler. L'acquisition d'Intercom par Sales Force renforce cette vision, l'entreprise ayant prouvé le succès du "usage-based billing" avec les agents. Sales Force pourrait ainsi déclarer un marché adressable beaucoup plus vaste grâce aux agents, un discours que Wall Street apprécie.
Cette période montre une convergence dans le secteur technologique. Nvidia ne se contente pas de chipsets, mais développe aussi des modèles open source et acquiert Hugging Face pour orchestrer la distribution de ces modèles. Sales Force, de son côté, développe ses propres agents. Le succès reviendra à ceux qui possèdent le "coffre-fort des données". Cette phase de "bundling" (regroupement d'offres) est une réponse des grands acteurs pour consolider leurs offres.
NG met en garde contre l'idée que tous les logiciels sont sauvés. L'erreur de Wall Street était de considérer que tout le logiciel était mort, mais il ne faut pas non plus croire que tout est sauvé par l'IA. Des entreprises comme ZoomInfo, spécialisées dans l'agrégation de données par scrapping, voient leur modèle économique menacé, même si elles pourraient se réinventer. En revanche, les startups avec un modèle "agentique" et sans interface, agissant comme un répertoire de capacités pour les agents, attirent les investisseurs.
Jean-Louis conclut que le jeu est devenu plus stratégique, comme le jeu de Go, plutôt que les échecs prédictifs. Les décisions sont plus intuitives et à long terme. L'acquisition de Hugging Face par Nvidia, par exemple, pourrait être une stratégie de défense contre la concurrence chinoise, en s'ouvrant à l'open source. C'est aussi un message à OpenAI qui développe ses propres chipsets. La finance est devenue un jeu de stratégie complexe sur 10 à 15 ans, bien au-delà des simples tableurs Excel.
Carlos rappelle que tout ce qui est dit n'est pas un conseil en investissement. Il diffuse un extrait où NG, en février, prédisait déjà que les entreprises étaient loin d'utiliser l'IA pour tout recoder, et que les systèmes de référence comme SAP ou Sales Force, avec 20 à 30 ans de données, étaient indétrônables. Carlos suggère également que la "SaaS Apocalypse" pourrait avoir été une excuse pour Wall Street pour libérer des lignes d'investissement et se positionner sur de nouvelles thèses, comme SpaceX.
L'épisode se termine en invitant les auditeurs à