
Les erreurs de Franck Lepage sur la retraite. (+ Réponses aux commentaires)
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Bonsoir et bienvenue dans Réflexion, l'émission qui bouscule les idées reçues. Ce soir, nous poursuivons le débat sur les retraites, suite à la première vidéo qui a suscité quelques critiques. L'objectif est de répondre aux commentaires et d'analyser une vidéo de Franck Lepage sur la retraite par capitalisation, tout en défendant le modèle par répartition. Nous allons examiner les arguments pour et contre, en soulignant les points pertinents et les lacunes.
Deux sujets principaux des commentaires seront abordés : la notion de système de Ponzi et les critiques des générations plus âgées. La vidéo précédente avait pour titre "La retraite n'est ni un droit ni un Ponzi et les jeunes auront une retraite", cherchant à déconstruire les idées reçues qui polluent le débat avant même d'aborder les questions de financement ou d'âge de départ.
Concernant le Ponzi, il y a deux types de critiques : celles liées à la démographie et celles assimilant le système de retraite à un Ponzi. Certains affirment qu'il faut toujours plus d'actifs pour financer les retraités, créant une pyramide insoutenable. Cependant, cette vision ignore la différence d'âge entre actifs (18-64 ans, soit 46 ans) et retraités (64-90 ans, soit 26 ans maximum). En l'absence d'une pyramide des âges inversée, il y aura toujours plus d'actifs que de retraités à financer. Le problème survient lorsque ce ratio se dégrade, comme c'est le cas actuellement.
D'autres critiques considèrent le système comme un Ponzi car il finance les pensions actuelles avec l'argent des nouveaux cotisants, sans capital ni rendement. C'est une erreur fondamentale de compréhension de la différence entre un système par répartition et un système par capitalisation. Un Ponzi est une escroquerie basée sur un stock de capital promis à des rendements fictifs, où l'argent des nouveaux entrants paie les anciens. Le système de retraite par répartition, lui, est un système par flux. Il prélève une partie de la richesse réelle créée chaque année pour la redistribuer aux retraités. Ce n'est pas une arnaque et il repose sur une création de richesse tangible. Si c'était un Ponzi, il se serait effondré depuis longtemps. Un déficit n'en fait pas un Ponzi, de nombreuses entreprises sont déficitaires sans l'être.
Comparer le système de retraite à une entreprise produisant de la richesse est plus pertinent. Si cette entreprise doit payer de plus en plus de retraités, elle doit augmenter les cotisations des employés ou réduire les bénéfices des actionnaires. En France, cela s'est traduit par des hausses de cotisations et des impôts comme la CSG, ou le détournement de la TVA. Les allègements de cotisations patronales au niveau du SMIC, par exemple, créent un manque à gagner pour le système de retraite, compensé par des taxes indirectes payées par tous, y compris les cotisants. Cela soulève des questions de légitimité et de justice.
La retraite n'est pas un droit au sens où elle serait une somme d'argent magique. C'est un système de flux, et sa capacité à verser des pensions dépend de la santé de ce flux. En tant que cotisant, vous avez le droit de bénéficier de ce flux plus tard, dans des proportions qui devraient être identiques (ce qui n'est pas le cas pour les baby-boomers, qui bénéficient de proportions supérieures). De plus, le système de répartition offre un droit immédiat souvent oublié : ne pas avoir ses parents à charge. Si les retraites étaient supprimées, les actifs devraient subvenir aux besoins de leurs parents et grands-parents, annulant les gains potentiels des cotisations supprimées.
Le système actuel crée des inégalités intragénérationnelles. Les jeunes sans parents à charge financent la retraite de ceux qui ont des parents, contribuant indirectement aux inégalités, notamment sur le marché immobilier. Aujourd'hui, 60 % du patrimoine des ménages provient de la transmission, contre 35 % dans les années 70, un chiffre probablement plus élevé pour les milléniaux. C'est un effet secondaire du système de retraite par répartition.
Le débat sur les retraites doit porter sur la collecte des recettes et la gestion des dépenses. Est-il légitime que les cotisations aient plus que doublé depuis les années 70 ? Le financement des retraites a basculé de la cotisation vers l'impôt, avec des allègements de cotisations patronales compensés par des taxes déguisées. Ces choix politiques, liés à l'euro, à la mondialisation et à la concurrence internationale, ont des conséquences sur l'emploi et la compétitivité.
Les baby-boomers, en moyenne, ont sous-cotisé par rapport à leurs droits et demandent aux jeunes de surcotiser pour avoir moins, tout en assumant la dette. Beaucoup n'en ont pas conscience. Si tous les boomers ne sont pas riches, la majorité possède leur logement. Cependant, il faut éviter les généralisations : certains ont eu des carrières difficiles, des problèmes de santé, ou des pensions de réversion faibles (notamment les femmes). Il apparaît que ce sont les personnes nées entre 1930 et 1950, parties à la retraite entre les années 90 et 2010, qui ont été les plus avantagées, pas nécessairement les derniers boomers.
Les boomers, en général, ne comprennent pas l'état actuel de l'économie. Ils ont connu une vie plus facile en termes d'emploi et d'accès à la propriété, protégés par un système qui favorisait le travail lorsqu'ils étaient actifs et la rente lorsqu'ils sont devenus rentiers. Ils sont aussi très dépendants des médias dominants et ont voté des politiques qui ont affecté négativement les jeunes générations.
Un bon système de répartition devrait maintenir le poids des retraites constant dans le PIB. Si la démographie évolue, des ajustements devraient être anticipés, comme des surcotisations pour les générations nombreuses. Cela n'a pas été fait, les rapports sont restés dans les tiroirs. Le débat est éminemment politique : qui paie ? Comment fixer l'âge de départ ?
Tous les pays fonctionnent par répartition, mais la plupart ont ajouté un système complémentaire par capitalisation. L'idée d'écrêter les retraites élevées, notamment celles des parlementaires, est souvent évoquée. Il serait juste de commencer par réduire les avantages de ceux qui ont géré le pays et sont responsables de l'état actuel de l'économie. Rééquilibrer les choses de manière rétroactive est complexe. Une solution serait de ne pas baisser drastiquement les pensions, mais de les ajuster de 4 % pour éviter d'endetter le pays. Parallèlement, il faut changer le système économique pour recréer de l'activité, en sortant de l'euro et de la construction européenne pour réindustrialiser.
La vidéo de Franck Lepage, intitulée "Les escrocs du langage", dénonce l'argument démographique utilisé pour justifier la réforme des retraites et favoriser la capitalisation. Il critique la présentation simpliste du gouvernement en 2003, qui prédisait l'effondrement du système par répartition en raison d'un ratio actifs/retraités défavorable. Lepage, s'appuyant sur Bernard Friot, argumente que la question n'est pas le nombre de jeunes et de vieux, mais la richesse produite par les jeunes. Les gains de productivité peuvent compenser une baisse du nombre d'actifs.
Cependant, cette argumentation a ses limites. Si la productivité augmente, le niveau de vie des actifs augmente, mais si le nombre de retraités augmente plus vite, la part de la richesse consacrée aux retraites augmente également. En 1970, le poids des retraites dans le PIB était de 7 % ; il est aujourd'hui de 13 %, soit un doublement de la charge. Lepage commet une erreur en comparant des montants absolus de PIB sans tenir compte de la proportion. Le PIB a certes grossi, mais la charge des retraites a doublé en proportion, pesant davantage sur les actifs via les cotisations salariales et patronales.
L'augmentation de la part des retraites dans le PIB, combinée à la baisse de la part des salaires au profit du capital due à la mondialisation et à l'euro, a réduit de manière significative le pouvoir d'achat des actifs. En 1980, le partage travail/capital était de 70/30 ; aujourd'hui, il est de 60/40. Cela représente une perte de 10 points de PIB pour le travail, soit près de 300 milliards d'euros, qui pourraient boucher le déficit de la Sécurité sociale.
Lepage omet que le système de répartition expose à certains risques, tandis que la capitalisation en présente d'autres. Diversifier les risques est essentiel. L'idée que la capitalisation est une arnaque est critiquée. Le fait que l'argent se transforme en titres n'est pas un problème, c'est le fonctionnement normal du capitalisme. La peur de ne pas pouvoir revendre ses titres en cas de crise ignore la liquidité des marchés financiers, surtout pour les actions de grandes entreprises. De plus, la capitalisation peut investir à l'étranger, diversifiant les risques démographiques nationaux.
Historiquement, le régime de retraite par répartition a été introduit en France par Pétain en 1941, suite à la faillite des régimes par capitalisation institués en 1928-1930. Les fonds de pension britanniques, basés sur la capitalisation, rencontrent aujourd'hui des problèmes car de nombreux Britanniques ne cotisent pas.
La capitalisation peut être une solution pour financer les retraites, notamment en permettant aux travailleurs de posséder une partie du capital des entreprises. Plutôt que de laisser le capitalisme s'accaparer les profits de l'automatisation et de l'IA, les employés pourraient investir dans les machines qui les remplacent, percevant ainsi les bénéfices de cette productivité accrue. Cependant, le plan actuel des politiques, qui consiste à introduire une double cotisation (répartition et capitalisation) gérée par des organismes aux frais élevés et aux rendements discutables, est une arnaque. Le scandale du CREF Corem, où les pensions promises ont été réduites de plus de 30 %, en est un exemple.
Une meilleure approche serait un modèle de capitalisation géré directement par les salariés, avec des incitations fiscales à investir dans des fonds de pension ou à acheter des parts d'entreprises. Cela permettrait aux travailleurs de capter une partie des revenus du capital et de la plus-value qu'ils créent. Le capital n'est pas seulement parasitaire, il est aussi un facteur d'amélioration du travail et de la productivité.
En conclusion, Franck Lepage, malgré ses intentions, semble mal comprendre la productivité, la répartition travail-capital et le capitalisme. Il défend un système de répartition sans en saisir pleinement les limites, et critique la capitalisation sans en voir les opportunités. Un système de retraite équilibré pourrait intégrer une dose de capitalisation gérée par les salariés eux-mêmes, pour diversifier les risques et permettre aux travailleurs de bénéficier des revenus du capital.