
Réveiller son instinct animal - Cyril Benzaquen
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Cyril Benzaquen, 36 ans, est huit fois champion du monde de kickboxing et champion du monde en titre depuis le 30 avril dernier. En parallèle, il est entrepreneur et producteur d'événements. Il ne se considère pas comme "vieux", mais plutôt comme expérimenté et dans ses "bonnes années", soulignant que l'âge est un atout dans les sports de combat pour l'expérience et la maîtrise de soi.
La boxe a été une révélation pour Cyril. Avant de commencer à 13-14 ans, il était un élève médiocre. Ce sport l'a structuré, lui a donné l'envie de devenir champion et lui a appris que pour gagner, il faut s'entraîner et travailler. Il a mené ses études en même temps que sa carrière sportive. Son premier projet entrepreneurial a été l'organisation de son propre championnat du monde à Dauphine en 2015, qui était aussi son projet de fin d'études.
Cyril est ambidextre, bien qu'il écrive de la main gauche. En boxe, sa partie forte est le bras arrière (droit, car il est droitier), tandis que le bras avant (gauche) prépare les coups. Il insiste sur l'importance du jab (coup du bras avant) pour "faire le tour du monde", tandis qu'une bonne droite permet de "faire le tour de son quartier". Avoir un gaucher en face est perturbant et demande une stratégie différente. Il estime que les gauchers peuvent être meilleurs dans certains sports car ils sont souvent obligés de réfléchir davantage dès l'enfance, tout étant conçu pour les droitiers.
Les sports de combat se divisent en trois grandes familles : la boxe anglaise (poings uniquement), le MMA (arts martiaux mixtes, combat debout et au sol dans une cage) et la boxe pieds-poings. Cette dernière inclut la boxe française (savate), la boxe thaïlandaise (muay thai) qui utilise points, jambes, coudes et genoux, et le kickboxing (K1) qui utilise points, pieds et genoux, sans les coudes ni le corps à corps prolongé. Le K1, que pratique Cyril, est conçu pour être dynamique et spectaculaire. La boxe thaïlandaise, elle, est très culturelle et spirituelle, avec des rituels spécifiques.
Le corps à corps (clinch) est une phase où les combattants s'attrapent pour placer des coups de genoux ou de coudes. Il est limité ou interdit en K1 pour favoriser un combat plus fluide et spectaculaire. Le MMA, à ses débuts, était dominé par les spécialistes du jiu-jitsu brésilien, car les techniques de préhension au sol étaient contre-intuitives pour les combattants debout. Les règles ont évolué et aujourd'hui, de nombreux athlètes s'inscrivent directement en MMA, sans passer par une autre discipline.
Cyril a décroché son premier titre de champion du monde amateur en boxe thaïlandaise en 2014, puis son premier titre professionnel en kickboxing en 2015. Il explique que les combats amateurs sont souvent plus difficiles en raison du format tournoi, avec plusieurs combats en peu de jours, ce qui nécessite des protections et ne serait pas viable en professionnel. Les combats en Thaïlande sont très particuliers, avec des paris qui influencent le rythme du match, souvent lent au début pour laisser monter les mises.
Cyril a choisi le kickboxing car il s'y sentait plus à l'aise et que cette discipline est plus populaire dans sa catégorie de poids (moins de 80 kg) que la boxe thaïlandaise, où les catégories inférieures prédominent.
Le "cutting" est une pratique courante dans les sports de combat : les athlètes perdent plusieurs kilos d'eau et mangent très peu avant la pesée (souvent 36 heures avant le combat) pour valider une catégorie de poids inférieure, puis reprennent du poids avant le combat. Cette pratique, si elle est mal gérée, peut affecter la lucidité et la résistance aux coups.
Entre 2015 et aujourd'hui, Cyril estime être un meilleur combattant, non pas en terme de fond (il reste un rêveur et un ambitieux), mais en termes de forme, avec plus de confiance en soi et une meilleure image de lui-même. Il a intégré davantage la préparation mentale. Lors d'une défaite en 2024 contre Johann Lidon, un champion expérimenté, il a appris à ne pas se relâcher dans les derniers rounds, même en menant, et à toujours chercher la victoire avec fougue. Cette défaite, bien que difficile, l'a poussé à diversifier sa préparation.
Contrairement à certains sports où la défaite est taboue, en kickboxing, les champions ont souvent plusieurs défaites à leur palmarès car ils s'affrontent fréquemment. Cyril a disputé près de 80 combats, avec environ 65 victoires, 12 défaites et 3 matchs nuls. Il a remporté une dizaine de victoires par KO, mais préfère gagner ses combats aux points sur la durée des rounds.
En tant que promoteur, Cyril a organisé des événements majeurs, notamment au Grand Palais. L'organisation d'une soirée de combat est un métier complexe et coûteux, nécessitant des partenaires et la vente de billets. Il explique que les ligues comme l'ISKA (où il est champion du monde) sont des fédérations reconnues qui encadrent les combats, tandis que les promoteurs financent et organisent les événements. Les adversaires sont généralement proposés par la fédération.
Les combats de kickboxing professionnel ne sont pas aussi rémunérateurs que la boxe anglaise ou le MMA de haut niveau (où les cachets peuvent atteindre des millions). Cyril gagne entre 15 000 et 30 000 euros par combat lorsqu'il ne produit pas l'événement. En produisant ses propres combats, il peut générer davantage de revenus, notamment grâce aux places VIP et aux tables premium qui offrent une expérience unique. Il organise en moyenne trois combats par an et en produit deux.
Cyril n'est pas issu d'un milieu social défavorisé, ce qui a parfois été incompris dans le monde de la boxe. Cependant, il souligne que le sport crée une communauté où les origines sociales s'effacent. Il a ressenti une pression parentale pour ses études, mais la boxe l'a aidé à exceller académiquement. Il a sacrifié sa vie étudiante pour ses entraînements intensifs, parfois deux fois par jour, en plus des cours.
La préparation mentale est devenue essentielle pour Cyril. Dès 14-15 ans, il pratiquait la visualisation, s'imaginant devenir champion. Cette pratique a évolué, intégrant l'anticipation de scénarios négatifs pour mieux y faire face. Lors de son dernier combat, il a visualisé la veille un arrêt du combat au troisième round par accumulation de coups, ce qui s'est produit exactement le lendemain. La visualisation aide le cerveau à ne pas paniquer face à l'inconnu, en préparant des réponses adaptées.
Cyril ne se considère pas comme un "showman" et ne fait pas de "trash talk". Cependant, il a appris à projeter une image de détermination intense lors des face-à-face, ce qui peut perturber ses adversaires. Il est important de ne pas se montrer passif en combat, car cela peut rassurer l'adversaire et lui donner un ascendant psychologique. Il faut alterner attaque et défense pour rester imprévisible.
En début de combat, Cyril analyse les déplacements, les positions de son adversaire et la manière dont il bloque les coups, cherchant des failles. Il essaie de ne pas perdre sa lucidité, même sous les coups. Il se souvient d'un combat particulièrement difficile où il a affronté un adversaire dopé, qui lui a percé le tympan. Malgré la douleur et les moments de "flottement", il a refusé de tomber pour ne pas perdre le combat. Il souligne que l'adrénaline et le focus sur l'objectif permettent de surmonter la douleur pendant le combat.
Dans les sports de combat, il y a un "instinct animal" qui pousse à l'agressivité lorsque l'adversaire montre des signes de faiblesse. Cyril observe que les femmes sont également très présentes et performantes dans son sport, avec de nombreuses championnes françaises.
Son prochain grand défi est l'ouverture de sa propre salle de sport, "Tokyo Punch", dans le 17e arrondissement de Paris. Le concept est une salle premium proposant des cours de boxe classiques, du cross-training, du yoga expérimental et un espace de récupération (bain froid, sauna). Il s'est associé à Jérémy Zag (créateur de Miraculous Ladybug et ancien champion de karaté) et à un autre entrepreneur. L'IA est un outil qu'il utilise beaucoup pour sa stratégie marketing, ses entraînements physiques et même sa nutrition, la considérant comme un conseiller.
Cyril lit peu, mais recommande "Introduction à la communication non violente" de Marshall Rosenberg, un livre qui l'a marqué par son approche de l'empathie et de la dissociation entre le comportement et la personne. Il se dit qu'il dirait à son "lui" de 18 ans de continuer à prendre plaisir dans ce qu'il fait et à faire ce qu'il aime jusqu'à obtenir ce qu'il veut. La curiosité et l'action sont essentielles pour trouver sa passion et progresser.