
L’Élam : l’histoire oubliée d’un empire millénaire - Les civilisations antiques
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L'Élam, ou Atami, est une civilisation antique majeure, souvent oubliée, qui s'est épanouie à l'est de la Mésopotamie, dans le sud-ouest de l'Iran actuel, pendant plus de 2000 ans. Son territoire, fluctuant au fil des époques, comprenait la Susiane fertile à l'ouest, centrée sur la ville de Suse, et les régions montagneuses de l'est, incluant la cité d'Anshan (Tal-e Malyan). Ces deux pôles, tournés respectivement vers la Mésopotamie et le plateau iranien, étaient reliés par des routes commerciales et des mouvements d'armées.
Le terme "Élamite" est une désignation extérieure, les peuples concernés utilisant des formes comme "Atami". La réalité historique est complexe, regroupant diverses populations unies par la langue, le pouvoir royal et le culte. La langue élamite, un isolat linguistique non apparenté au sémitique ou à l'indo-européen, et l'écriture protoélamite (vers 3100-2900 av. J.-C.), dont la langue sous-jacente reste inconnue, constituent des énigmes majeures. De plus, une grande partie de notre connaissance provient des récits de ses ennemis mésopotamiens, ce qui biaise la perspective.
L'archéologie, longtemps centrée sur Suse, a révélé des découvertes significatives comme la statue de la reine Napir-Asu, mais aussi des trophées de guerre mésopotamiens tels que le Code d'Hammurabi et la stèle de Naram-Sin. Les fouilles ultérieures à Sargon, Chogha Zanbil, Haft Tepe et Tal-e Malyan ont montré l'Élam comme une civilisation distincte et non une simple dépendance mésopotamienne.
L'histoire élamite commence plus clairement au 3ème millénaire av. J.-C. avec l'apparition dans les textes mésopotamiens et l'évocation d'une dynastie d'Awan. L'empire d'Akkad, sous Sargon et ses successeurs, a mené des campagnes vers l'est pour contrôler les ressources, comme en témoigne un traité avec un souverain d'Awan utilisant une forme ancienne de langue élamite en cunéiforme. Plus tard, Puzur-Inshushinak (vers 2100 av. J.-C.) a unifié Suse et les hautes terres, se présentant comme un conquérant et un bâtisseur, utilisant l'akkadien et l'élamite linéaire. Son royaume fut de courte durée, Suse retournant sous le contrôle d'Ur III.
La dynastie Shimashki a émergé après l'effondrement d'Ur vers 2004 av. J.-C., le roi de Shimashki ayant pris Ur. L'Élam a profité de la crise interne d'Ur, mais n'a pas établi une domination durable. Le début du 2ème millénaire av. J.-C. voit la longue période des "grands rois" (Sukkalmah). Suse devient un centre économique et culturel, bilingue en akkadien et élamite. Le roi Siwepalapa (vers 18ème siècle av. J.-C.) a atteint une puissance considérable, étant considéré comme un "père" par Hammurabi de Babylone et Zimrilim de Mari, démontrant l'importance diplomatique de l'Élam.
Au milieu du 2ème millénaire av. J.-C., les souverains élamites utilisent davantage leur langue propre et mettent en avant les divinités des hautes terres. Les dynasties des Kidin-Khutranides et des Igid-Halkides marquent cette période. Le roi Igid-Halkide Utu-Hengal a fondé Suse, aujourd'hui Chogha Zanbil, un centre religieux majeur avec une ziggurat imposante, combinant divinités locales et mésopotamiennes. La statue de la reine Napir-Asu témoigne de l'art et de l'importance des femmes de la famille royale, bien que cela ne signifie pas un matriarcat.
La dynastie des Shutrukides (fin du 12ème siècle av. J.-C.) représente l'apogée militaire élamite. Shutruk-Nahhunte Ier a pillé la Babylonie, rapportant des œuvres majeures à Suse. Son fils, Khutelut-Inshushinak, a contribué à la chute définitive de la dynastie kassite. Shilak-Inshushinak a étendu le royaume à son apogée, devenant une puissance majeure au Proche-Orient. Cependant, vers 1100 av. J.-C., le roi babylonien Nabuchodonosor Ier a vaincu les Élamites, récupérant la statue de Marduk.
Les siècles suivants sont obscurs, marqués par l'installation progressive des populations iraniennes, dont les Perses. Les contacts avec les Élamites semblent progressifs, marqués par des alliances et des échanges. À partir de la fin du 8ème siècle av. J.-C., l'Élam réapparaît face à l'empire assyrien, allié à Babylone pour contenir l'avancée assyrienne. Les batailles comme celle d'Alul (691 av. J.-C.) sont coûteuses et leur issue dépend des sources. L'instabilité interne élamite, avec plusieurs centres de pouvoir, a été exploitée par les Assyriens.
Vers 653 av. J.-C., le roi assyrien Assurbanipal a vaincu et décapité le roi élamite Teumman. Malgré la destruction de Suse en 647/646 av. J.-C., la civilisation élamite n'a pas été effacée, comme le suggère la propagande assyrienne. Des pouvoirs élamites se sont reconstitués, formant une mosaïque de principautés. Le tombeau d'Arjan (fin du 7ème siècle av. J.-C.) témoigne de cette vitalité.
Les Perses, s'installant dans la région, ont progressivement pris le contrôle, non par une conquête brutale, mais par une transition progressive, intégrant administrateurs et traditions locales. Suse est devenue une capitale de l'empire achéménide. Des révoltes élamites sont mentionnées dans l'inscription de Behistun (522/521 av. J.-C.), mais l'Élam a perdu son indépendance politique. La langue élamite a survécu dans l'administration perse, notamment à Persépolis, témoignant de son héritage.
Les structures durables de la culture élamite incluent la complémentarité entre la plaine (Suse) et les hautes terres (Anshan), un réseau de centres de pouvoir dont la hiérarchie évoluait, et un souverain central entouré d'une administration. Les palais et temples étaient des institutions économiques majeures. L'Élam a profité de sa position sur les routes commerciales. Les archives juridiques révèlent une situation des femmes plus favorable que dans d'autres régions mésopotamiennes, sans pour autant impliquer un matriarcat.
L'architecture élamite utilise la brique de terre crue, avec des temples sur terrasses, des palais autour de cours et des installations hydrauliques. Chogha Zanbil reste un chef-d'œuvre. Dans les montagnes, le sacré s'exprime dans des reliefs rupestres. La sculpture cherche à imposer une présence, la métallurgie et la glyptique atteignent un haut niveau.
La langue élamite a utilisé le cunéiforme adapté, mais aussi le protoélamite et l'élamite linéaire dont le déchiffrement est discuté. L'utilisation de plusieurs langues a été une force pour négocier et survivre.
La religion élamite est complexe, les textes mythologiques étant rares. Le culte variait selon les villes et dynasties. À Suse, le dieu principal est Inshushinak, protecteur de la ville et légitimant la royauté. Dans les hautes terres, Napirisha est centrale. La religion politique visait à rassembler les dieux pour symboliquement unir les territoires. Des divinités comme Umban, Nawinte et Pinikir sont attestées, ainsi que des dieux mésopotamiens adoptés. L'organisation religieuse incluait prêtres, prêtresses et administrateurs, les temples étant des puissances économiques. Les sacrifices et les cérémonies de purification jouaient un rôle.
Les pratiques funéraires variaient, avec des sépultures individuelles et collectives, contenant des objets du quotidien et des bijoux, suggérant une croyance en une survie après la mort et une relation avec les ancêtres. L'ouverture des tombes royales par Assurbanipal visait à détruire ce lien. L'au-delà reste largement inconnu, les traductions de textes sur le jugement des morts étant débattues. L'Élam, ou Atami, mérite sa place parmi les grandes civilisations de l'histoire.