
Anthropic RENTABLE ? La vérité derrière les chiffres
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Dans cet épisode de Silicon Carnet, l'émission aborde des sujets brûlants de la Silicon Valley, notamment la rentabilité d'Anthropic et la complexité des véhicules d'investissement SPV (Special Purpose Vehicles).
**La Rentabilité D'Anthropic : Mythe ou Réalité ?**
L'émission débute avec l'annonce d'Anthropic, qui déclare son premier trimestre rentable, avec des revenus projetés à 10,9 milliards de dollars pour le deuxième trimestre 2026 et un profit opérationnel de 559 millions. Cette nouvelle a enflammé la presse, suggérant que l'IA générative aurait enfin trouvé son modèle économique. Cependant, l'analyste Ed Zitron, connu pour sa critique de la bulle de l'IA, a publié une enquête explosive remettant en question cette profitabilité, la qualifiant d'arnaque comptable.
Les chiffres d'Anthropic sont effectivement spectaculaires, affichant une croissance trimestrielle dépassant celle de Zoom pendant la pandémie. Greg Gambatau attribue cette croissance au succès de leur modèle Claude, en particulier Opus 4.6, qui a surpassé ChatGPT en termes d'abonnements, même auprès du grand public et des étudiants. Il souligne également un changement de modèle économique pour les entreprises, passant d'abonnements généreux à une facturation à la consommation réelle, ce qui a fait exploser les coûts pour les entreprises utilisatrices et, par conséquent, les revenus d'Anthropic. Il observe un retour de certaines entreprises vers ChatGPT en raison de ses abonnements plus avantageux, anticipant une future augmentation des prix. L'optimisation de la consommation de tokens et l'utilisation de modèles open source moins chers sont également devenues des pratiques courantes pour réduire les coûts.
Fred Montagnon ajoute que la performance d'Opus 4.6 a effectivement été un raz-de-marée, mais que les utilisateurs deviennent plus avertis. Ils réalisent que les modèles les plus puissants ne sont pas toujours nécessaires pour les tâches quotidiennes, ce qui pourrait entraîner une baisse de l'usage. La fluidité entre les outils, comme le passage à GPT 55 (Codex) pour des raisons de coût et de performance, ainsi que la guerre des prix initiée par des acteurs comme Dipsyq qui divisent leurs prix par quatre, tirent les coûts vers le bas. Il estime que l'on aura de moins en moins besoin d'Anthropique ou de Codex, car l'offre de modèles est pléthorique, incluant Mistral.
Guillaume Mouèch met en lumière le côté "statutaire" de l'utilisation de l'IA, où la "token consumption" est devenue un signe de prestige pour les entreprises. La pression du top management pour utiliser l'IA conduit à des dépenses importantes, même pour des tâches triviales, car cela renvoie l'image d'une entreprise à la pointe de la technologie. Cependant, il s'interroge sur la durée de cette tendance.
Carlos et Greg soulignent que même des géants comme Microsoft et Uber ont dû annuler des licences et revoir leurs budgets IA en raison des coûts exorbitants de la facturation au token. Microsoft a redirigé ses équipes vers Copilot, un modèle moins puissant mais plus économique.
Carlos révèle l'enquête d'Ed Zitron, qui suggère que la rentabilité d'Anthropic pour ce trimestre est due à un accord avec SpaceX. Anthropic bénéficie d'un tarif ultra réduit pour l'infrastructure de Colossus 1, un contrat qui leur coûtera 1,25 milliard de dollars par mois à partir de juillet 2026. Cette période de "ramp-up" leur a permis de comprimer artificiellement leurs coûts et d'afficher une rentabilité qui, selon Carlos, ne sera plus d'actualité au trimestre suivant. Il dénonce une possible "arnaque comptable" et un "maquillage" pour présenter Anthropic comme une entreprise rentable avant une éventuelle introduction en bourse, allant à l'encontre de l'image de "chevaliers blancs" que l'entreprise tente de projeter.
Carlos pointe des contradictions dans les déclarations d'Anthropic, notamment entre les chiffres du directeur financier sous serment (plus de 5 milliards de dollars de revenus totaux au 9 mars 2026) et ceux du Wall Street Journal (4,8 milliards de revenus pour le seul premier trimestre 2026). Ces incohérences suggèrent que 90% des revenus auraient été réalisés sur un seul trimestre, ce qui est peu plausible.
Guillaume estime qu'Anthropic a été malin en jouant la carte du "gentil" face à OpenAI, perçu comme le "méchant", et en se concentrant sur des domaines clés comme le codage et la cybersécurité, où ils ont une avance. Il pense que les annonces d'ARR (Annual Run Rate) sont souvent trompeuses, car elles sont basées sur un "run rate" annuel et non sur des revenus récurrents annualisés.
**Le Recrutement D'Andréj Karpathy et L'Avenir de l'IA**
Le recrutement d'Andréj Karpathy, une légende de l'IA, par Anthropic pour diriger une équipe de pré-entraînement focalisée sur l'auto-amélioration récursive, est également un événement majeur. Karpathy, connu pour ses contributions chez OpenAI et Tesla, est considéré comme un créateur de tendances dans l'industrie. Son arrivée renforce la position d'Anthropic dans la course à l'IA.
Fred évoque la "bitter lesson" de Karpathy, selon laquelle la force brute computationnelle finit toujours par l'emporter, une approche qu'il a appliquée chez Tesla pour le "full self-driving". Cependant, Fred et Yann LeCun (mentionné par Greg) s'interrogent sur les limites de cette approche, notamment en termes de consommation d'énergie et de ressources.
La discussion se tourne vers le développement de hardware et de software en France, avec des entreprises comme Bull qui fabriquent des puces de qualité et ZLM qui optimise l'exécution des modèles. Fred souligne l'importance de l'optimisation software face aux défis de l'inférence (exécution des modèles) et de la rareté des GPU. Carlos mentionne Cerebras, une entreprise américaine qui a développé une puce révolutionnaire pour l'inférence, capable de gérer une mémoire colossale à une vitesse fulgurante.
La question de la production d'énergie en France, notamment via le nucléaire, est soulevée comme un avantage potentiel pour l'hébergement de data centers, transformant l'énergie en intelligence sur le territoire national.
Greg revient sur la théorie de Yann LeCun concernant les "World Models", qui postule que les LLM, étant des modèles de langage, ne peuvent pas comprendre le monde physique et réel, et qu'un "breakthrough scientifique" est nécessaire pour atteindre l'AGI (Artificial General Intelligence). Il pense que les LLM continueront à s'améliorer par force brute, tandis que Fred trouve la théorie de LeCun pertinente.
Carlos critique les acteurs de l'IA pour leur communication et suggère d'écouter plutôt les utilisateurs qui constatent la valeur de l'IA dans leurs entreprises. Il souligne que Google, avec son projet Omni et l'utilisation de World Models, montre une approche différente.
**La Folie des SPV et les Dangers du Marché Secondaire**
La deuxième partie de l'émission se concentre sur les SPV, des véhicules d'investissement qui permettent aux investisseurs d'acquérir des parts dans des startups non cotées. Le marché secondaire des startups a doublé en quatre ans, mais il est marqué par une grande opacité et des risques importants. Jérémy Blackwell, expert en investissement, rejoint la discussion.
Guillaume explique le concept des "layers" : un layer 1 est un véhicule qui détient directement des parts de l'entreprise, tandis qu'un layer 2 ou 3 détient des parts d'un autre véhicule, et ainsi de suite. Il met en garde contre les "Ponzis" où les investisseurs ne détiennent jamais réellement de parts, et où les brokers génèrent des frais importants sans réelle preuve de possession. L'IPO de SpaceX est attendue comme un événement qui révélera de nombreuses arnaques et conduira à des procès.
Carlos rappelle la citation de Warren Buffett sur la marée basse qui révèle ceux qui nageaient sans maillot, soulignant les risques de l'IPO de SpaceX, prévue pour l'anniversaire d'Elon Musk. Jérémy conseille aux investisseurs de toujours demander la preuve d'existence des titres et de comprendre la structure de l'actionnariat, notamment les actions de préférence.
Fred explique que les entreprises n'ont pas intérêt à avoir trop d'actionnaires directs en raison des droits de vote et de gouvernance. Les SPV sont souvent montés par des brokers cherchant des commissions, en rachetant des stock-options d'employés ou des parts d'investisseurs souhaitant sortir. Le marché secondaire pré-IPO est peu organisé et présente des risques importants.
Guillaume partage une expérience personnelle où il a investi dans Groq via un layer 2, pensant réaliser un gain de x10, mais se retrouvant avec un x2 en raison des frais cachés et de la complexité des valorisations. Il dénonce les pratiques des brokers qui manipulent les informations et les "proof of funds".
Carlos et Fred discutent du fait que les frais dans les SPV ne sont pas choquants en soi si l'accès à des deals exclusifs est réel, mais que la vérification de la légitimité des titres est primordiale. Fred préférerait investir dans un fonds traditionnel, où l'alignement d'intérêts est plus clair. Cependant, Guillaume critique les fonds traditionnels pour leurs frais de gestion élevés et leurs retours sur investissement souvent faibles sur le long terme.
La discussion met en évidence la réticence des entreprises technologiques à entrer en bourse, restant privées pendant des durées "colossales" (SpaceX 22 ans, OpenAI 9 ans, Anthropic 4 ans). Les raisons sont multiples : la perte de confidentialité, la pression de publier des informations financières tous les trois mois, et la volatilité du marché boursier. Stripe, par exemple, gère la liquidité de ses employés et investisseurs via des "tenders" annuels, évitant ainsi les contraintes d'une entreprise publique.
Carlos estime que les valorisations en bourse sont parfois inférieures à celles du marché privé, ce qui n'incite pas les entreprises à s'introduire. Il critique la valorisation de SpaceX et la "cohérence" des investissements d'Elon Musk.
Pour conclure, l'émission souligne l'importance que ces entreprises deviennent publiques pour démocratiser l'accès à la richesse générée par l'IA et contrer le "backlash" actuel contre l'intelligence artificielle, qui est perçue comme bénéficiant principalement à une minorité de privilégiés. Carlos suggère que l'investissement dans des géants comme Google peut offrir une exposition indirecte à Anthropic ou SpaceX.
Enfin, Anthropic a récemment envoyé une "liste noire" de huit plateformes non autorisées, déclarant que toute vente d'actions Anthropic via ces plateformes serait nulle et non reconnue. Jérémy conseille aux investisseurs de ces plateformes de vérifier attentivement leur documentation et de demander des "proof of shares". Guillaume ajoute que les "scammers" profitent du manque de régulation du marché secondaire, et que cette situation pourrait ternir l'image de l'écosystème dans son ensemble.