
Les derniers jours de Giordano Bruno
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La campagne de financement participatif pour le Late Show du Siècle a été prolongée, et nous approchons de la fin de cette période. L'objectif est d'atteindre le quatrième épisode. Plus d'informations seront données à la fin de cette vidéo.
Nous recevons Giordano Bruno pour la dernière fois dans l'émission PhilosopherView, en direct de Rome, le 21 décembre 1599. Bruno, de Nola, près de Naples, refuse que cela devienne un interrogatoire, mais l'interviewer souhaite revenir sur son procès. Bruno se plaint des sept années de procès. Il décrit l'expérience comme "super", ayant rencontré des personnes "formidables", certes "à cheval sur leurs convictions", mais "très soucieux du salut de [son] âme", même si certains étaient prêts à le torturer pour son bien.
Cet épisode fait suite à la première partie consacrée à la vie de Giordano Bruno. Le procès de Bruno est bien documenté, malgré des zones d'ombre sur la torture. Un volume de plus de 600 pages de ses œuvres complètes est dédié aux dénonciations, dépositions et comptes rendus d'interrogatoires, offrant une lecture fascinante.
Le procès a été long et s'est déroulé en plusieurs phases. La première, vénitienne, a suivi les lettres de Mocenigo, l'Inquisition cherchant à corroborer les accusations. Les témoignages ont plutôt disculpé Bruno, personne d'autre que Mocenigo ne lui prêtant de propos hérétiques ou de comportement choquant. L'affaire commençait plutôt bien, car selon le droit romain, "Testis unus, testis nullus" (témoin unique, témoin nul), la seule dénonciation de Mocenigo ne suffisait pas.
Cependant, d'autres éléments à charge, difficiles à nier pour Bruno, sont apparus, notamment ses propres livres. Bruno explique que sa stratégie initiale était de nier en bloc les blasphèmes et propos vulgaires, comme avoir traité Jésus de "triste sire" ou les Docteurs de l'Église d'ânes. Mais Mocenigo avait joint certains de ses livres à sa lettre, ce qui était plus embarrassant. Bruno avoue s'être laissé aller à exposer des idées non conformes à l'orthodoxie religieuse. Il s'est défendu en arguant que la matière de ses livres était avant tout philosophique, loin de vouloir s'opposer à la foi, mais cherchant à exalter la raison, "avec maladresse peut-être".
Il pense que cela a détourné l'attention des accusations les plus graves de Mocenigo, préférant être un philosophe maladroit et repenti qu'un blasphémateur. Il affirme s'être repenti sur les points de théologie. Les interrogatoires prenaient des airs de disputatio, discutant de distinctions subtiles sur la Trinité ou la nature du Christ. Il exprimait ses doutes avec sincérité et reconnaissait ses erreurs, battant sa coulpe "humblement", allant jusqu'à s'agenouiller à Venise, demandant pardon et promettant de réformer sa vie.
À ce stade, Bruno pouvait espérer une peine légère, mais plusieurs éléments ont retardé le jugement, ce délai jouant contre lui. Le procès vénitien se déroulait dans un tribunal inquisitorial au statut complexe, Venise étant indépendante politiquement, mais l'Inquisition relevant du Saint-Office à Rome. Rome a jugé l'affaire trop importante pour la laisser à cette "Inquisition de province" et a demandé le transfert de Bruno. Venise a d'abord refusé, invoquant sa souveraineté, mais après des allers-retours juridiques, a accepté l'extradition.
Le 19 février 1593, Bruno est transféré de Venise à Rome. Pendant la dispute de juridiction, il était resté en cellule avec d'autres détenus. Le procès a basculé à cause d'une nouvelle lettre de dénonciation d'un de ses anciens co-détenus, le capucin Celestino de Vérone. Bruno qualifie Celestino de "petit enfoiré", affirmant qu'il n'avait jamais été interrogé à son sujet et qu'il était déjà sorti de prison lorsqu'il a envoyé sa lettre, agissant par "pur plaisir de [lui] nuire".
Cette dénonciation prêtait à Bruno toutes sortes de propos hérétiques, blasphématoires et injurieux tenus en détention, recoupant en partie les accusations de Mocenigo. Celestino a cité d'autres témoins, d'autres prisonniers, que l'Inquisition a interrogés, et qui ont largement confirmé les accusations. L'un d'eux a même prétendu que Bruno disait constamment à propos du Christ : "Foutu cocu, putain de Dieu". Bruno reconnaît qu'en huit mois de cellule, on raconte des "conneries", mais ne pensait pas que ses co-détenus "bavaient" sur lui. Il ne blâme pas ceux qui ont été interrogés, car l'Inquisition est "jamais très confortable". Cependant, personne ne les aurait cherchés sans la lettre de Celestino.
Bruno est "bien content" que Celestino ait été brûlé. Celestino de Vérone a en effet connu une fin tragique et mystérieuse. Il a envoyé une autre lettre à l'Inquisition, au contenu scandaleux mais jamais révélé. Il a été rapidement jugé, condamné et brûlé vif entre juin et septembre 1599, quelques mois avant la fin du procès de Bruno.
Une digression est ajoutée sur l'hypothèse de l'historien italien Germano Maifreda, selon laquelle Celestino aurait été un agent provocateur de l'Inquisition, recruté pour soutirer des confidences compromettantes à Bruno, le procès stagnant faute de preuves. Cette hypothèse, bien que "tirée par les cheveux", vient d'un historien reconnu spécialiste des tribunaux ecclésiastiques à la Renaissance. Elle se base sur de nouveaux éléments découverts dans les livres de compte de l'Inquisition. Maifreda a relevé que Celestino bénéficiait d'un traitement de faveur en 1599, et surtout, à la veille de son exécution, l'Inquisition lui a acheté des vêtements (veste, hauts-de-chausses, bas, chaussures, chapeau), dépenses qui ressemblent plus à celles pour un voyage qu'un bûcher.
Cela s'ajoute à des anomalies, comme le procès tenu dans l'urgence et le plus grand secret. Normalement, le condamné est remis au bras séculier. Or, l'exécution de Celestino a été anormalement discrète : pas de cortège public, pas de foule, sentence non lue publiquement, exécution avant l'aube. Tout le contraire d'un bûcher "normal", censé être visible pour servir d'enseignement. L'hypothèse de Maifreda est qu'un prisonnier de droit commun aurait été brûlé à la place de Celestino, qui aurait été libéré incognito. Cette hypothèse est minoritaire mais sérieusement envisagée.
Le témoignage selon lequel Bruno se serait vanté d'avoir été un cygne dans une autre vie provient des co-détenus et doit être pris avec des pincettes, même si les témoignages se recoupaient.
À partir de là, la défense de Bruno