
How An Indie Rock Icon Became Pop's Biggest Songwriter
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Aaron Dessner, membre fondateur et guitariste du groupe The National, partage son parcours musical et son approche de la création. Issu d'une famille où la musique jouait un rôle important, avec un père batteur de jazz talentueux, Aaron et son frère jumeau ont été exposés très tôt aux instruments. Leur père leur a fait découvrir sa batterie, ce qui a suscité leur intérêt pour la musique. Aaron a commencé les leçons de batterie à 7 ans, tandis que son frère s'est orienté vers la flûte et la notation musicale, se dirigeant rapidement vers la musique classique. Par la suite, Aaron a appris la guitare acoustique et la basse, tandis que son frère s'est perfectionné à la guitare classique.
Une forte compétitivité entre les deux frères a alimenté leur développement musical. Ils passaient leurs journées à faire du sport et leurs soirées à jouer de la musique, développant une agilité et une passion précoces. Vers 12 ans, ils formaient déjà des groupes. Le frère d'Aaron est devenu un compositeur classique de renom, tandis qu'Aaron, bien que très à l'aise avec la basse, s'est investi dans la composition de chansons, la guitare et le piano qu'il a appris en autodidacte. Il a étudié la basse jazz à l'université Columbia et a joué dans l'orchestre de jazz de l'université.
La relation compétitive avec son frère a eu une influence notable sur leur approche musicale. Si leur amour mutuel est indéniable, Aaron confie avoir été plus athlétique et avoir souvent "gagné" face à son frère, ce qui, avec le recul, lui semble aujourd'hui une dynamique de rivalité créative. Son frère excelle en guitare classique, ayant même obtenu un master à Yale, ce qui a parfois suscité chez Aaron un sentiment d'infériorité. Pour contrer cela, Aaron s'est diversifié et a développé d'autres talents, devenant également un guitariste technique, quoique d'une manière différente. Cette rivalité se manifeste encore aujourd'hui dans leur manière de jouer certaines chansons du National, où chacun revendique sa propre interprétation. Ils sont capables de jouer des choses complexes ensemble, comme des passages décalés d'une seizième note ou des effets de miroir, une synchronisation qu'ils attribuent en partie à leur lien biologique.
Concernant son processus créatif, Aaron révèle qu'il écrit souvent au piano, instrument qu'il a trouvé thérapeutique durant son adolescence. Il raconte avoir escaladé dans la nuit une fenêtre du conservatoire du lycée pour pouvoir jouer du piano, une passion qui lui a valu un prix à la remise des diplômes. La guitare est également un instrument central dans sa création, mais il avoue pouvoir commencer à composer sur n'importe quel instrument. Il note les "kernels" d'idées qui émergent et les enregistre sous forme de mémos vocaux. Il utilise souvent un piano Yamaha U1 et une guitare acoustique Gibson J45 de 1965, qu'il décrit comme ayant été "vitale" sur de nombreux enregistrements, capable de supporter son jeu rythmique intense. Il apprécie aussi l'utilisation d'instruments plus modestes, comme une petite guitare "lelay" ou un "mando-guitare", qui stimulent sa créativité différemment.
Aaron se décrit comme un auteur-compositeur très prolifique, qualifiant ses créations de "croquis". Il compose fréquemment sans paroles, une approche qui s'est développée avec The National, où les "sketches" instrumentaux sont envoyés au chanteur Matt Berninger pour qu'il écrive les paroles. Cette méthode lui permet de créer rapidement de nombreuses idées, dont certaines se révèlent particulièrement prometteuses. Le critère essentiel pour lui est que le morceau soit "convaincant par lui-même", qu'il dégage une émotion ou évoque une image, même avant l'ajout de paroles.
Il précise que, bien qu'il ait écrit pour The National, il n'a pas composé spécifiquement pour le groupe depuis un certain temps, privilégiant des projets personnels ou pour d'autres artistes. L'improvisation lors des balances avec The National pourrait devenir une source d'inspiration future. Sa musique, bien qu'associée à une certaine mélancolie introspective, peut aussi être "désordonnée, bruyante et joyeuse".
En tant que producteur, Aaron est très impliqué, mais il s'appuie aussi sur des ingénieurs du son expérimentés, comparant cela à la construction d'une maison où l'on ne ferait pas soi-même la charpenterie. Il a appris à produire par nécessité et reste entièrement capable de le faire. Son approche consiste à construire les morceaux avec une base solide, en enregistrant souvent tous les instruments lui-même, en utilisant des clics et des "tempo maps" pour permettre une certaine flexibilité et humanité, tout en évitant le son "granuleux et froid" de la musique moderne. Il privilégie les prises complètes et intègre parfois des variations de tempo pour simuler une interprétation plus naturelle, une technique qu'il a notamment appliquée sur la chanson "Exile" de Taylor Swift. Il a appris ces techniques en travaillant avec d'autres producteurs.
La collaboration à distance est une pratique courante pour Aaron. Il envoie des fichiers MP3 à des artistes comme Taylor Swift, qui y écrit des mélodies et des paroles, puis renvoie des mémos vocaux. D'autres fois, les artistes viennent directement à son studio pour travailler ensemble, comme avec Gracie Abrams. Il trouve stimulant de travailler dans des situations nouvelles et inconfortables.
Lors de la collaboration avec de nouveaux artistes, Aaron privilégie l'espace et le silence, laissant l'artiste explorer et trouver son propre rythme. Il observe et cherche à comprendre l'artiste avant de proposer des idées. Il reconnaît que même les artistes expérimentés peuvent être nerveux, et il est important de créer un climat de confiance et de détendre l'atmosphère, souvent par la discussion et le partage de musique.
Il mentionne des collaborations marquantes, comme avec Noah Kahan, avec qui il a composé des chansons sans s'être parlé au préalable par téléphone, la connexion se faisant plus tard. Il souligne l'importance de l'inspiration et de l'honnêteté dans ces rencontres. Il a aussi travaillé avec Brandi Carlile à un moment où elle doutait de sa capacité à écrire, créant un espace propice à l'exploration.
Aaron se considère avant tout comme un artiste et un collaborateur, plutôt qu'un thérapeute, bien que ce rôle soit parfois nécessaire. Il pense que la musique est souvent un exutoire pour les émotions et les difficultés personnelles, et il partage lui-même cette anxiété lorsqu'il ne crée pas.
Concernant l'industrie musicale, il constate un changement radical depuis ses débuts avec The National. Il parle d'une ère "dystopique" avec l'impact de l'IA et la nécessité pour les artistes d'être présents sur les réseaux sociaux de manière "à 360 degrés". Il trouve cependant encourageant l'émergence de nombreuses auteures-compositrices talentueuses et populaires comme Olivia Rodrigo, Chappell Roan, Billie Eilish, Gracie Abrams et Taylor Swift, ainsi que leur capacité à se remettre en question artistiquement tout en rencontrant un grand succès.
Le concept d' "indie rock" a également évolué pour Aaron. Il se souvient d'une époque où les labels indépendants comme Matador ou Drag City garantissaient une certaine qualité et intégrité artistique. Aujourd'hui, les genres se mélangent, et des artistes comme Tame Impala ou James Blake brouillent les lignes entre le mainstream et l'indépendance. Il reste convaincu de l'importance de travailler avec des labels qui offrent confiance et liberté artistique.
Aaron évoque la production de The National, expliquant que les démos ont souvent survécu pour devenir les enregistrements finaux, comme pour "High Violet". Il cite "Terrible Love" comme exemple d'une démo qui a conservé son énergie brute. Il reconnaît cependant que cette approche peut aussi être un inconvénient, rendant parfois difficile la recréation de cette spontanéité. L'enregistrement en studio, en collaboration avec les autres membres du groupe, est devenu plus courant récemment.
Il décrit le processus de mixage au sein de The National comme une "démocratie dysfonctionnelle" mais bénéfique, où chaque membre est impliqué, même si cela peut être lent. Il met en avant la contribution de collaborateurs comme John Low et Peter Katis. Il se rappelle des débats intenses lors de l'enregistrement de "Sleep Well Beast", utilisant des métaphores sportives pour décrire les dynamiques créatives.
La qualité de la production, selon Aaron, peut améliorer une grande chanson, mais une chanson véritablement spéciale doit fonctionner à la base, même avec une production minimale, comme le démontrent des artistes comme Leonard Cohen. Il aspire à créer des œuvres à la fois minimalistes et riches en production, comme celles de Peter Gabriel ou des Beatles.
Il analyse la chanson "Turtleneck" de The National, expliquant que le riff de guitare a émergé d'une exploration instrumentale, et que Matt Berninger a su y trouver une mélodie et des paroles, anticipant son succès. Il détaille la création des "ambient parts" et des textures sonores, souvent issues de performances collectives et de l'expérimentation avec des synthétiseurs modulaires par Ben Lanz.
Concernant son style de jeu, Aaron met en avant l'importance des modes et la capacité à jouer les mêmes accords sous différentes formes sur différents instruments. Il utilise souvent des inversions d'accords et des motifs répétitifs, influencé par des artistes comme Sufjan Stevens qui lui a conseillé de ne pas se contenter de "strummer". Il parle de la complexité harmonique qu'il recherche, souvent en lien avec le rythme de la batterie.
Il explique l'importance des accords sus (suspensions) pour créer une ambiguïté et une tension, tout en utilisant des neuvièmes et des septièmes pour enrichir les harmonies. Il mentionne également l'importance de la collaboration avec Justin Vernon au sein de Big Red Machine, soulignant la spontanéité et l'instinct musical de ce dernier. Il raconte comment la chanson "Heat" est née d'une improvisation et comment Justin Vernon a apporté sa touche vocale et mélodique.
Aaron évoque des collaborations marquantes avec Taylor Swift, notamment sur les chansons "Cardigan" et "Invisible String". Il décrit le processus créatif avec elle comme une "collision parfaite" entre sa propre approche et le talent de songwriting de Swift. Il parle de l'utilisation d'une guitare spécifique, la "rubber bridge", pour ces collaborations, qui offre un son percussif et des harmoniques particulières.
Il revient sur la chanson "Porch Light" de Noah Kahan, expliquant comment elle est née d'une période d'épuisement créatif pour Kahan. Il souligne la qualité de la composition et la manière dont elle a ouvert la voie à d'autres collaborations. Il mentionne également la chanson "Orbiter", inspirée par l'expérience de Kahan aux Grammy Awards, et la manière dont son son, reconnaissable entre tous, s'inscrit dans l'esthétique sonore d'Aaron.
Enfin, Aaron exprime sa gratitude pour l'opportunité de créer et de collaborer, et son plaisir à voir ses créations toucher un large public. Il conclut en soulignant l'importance de rester fidèle à sa passion initiale pour la musique, même face aux évolutions constantes de l'industrie.