
A quoi sert encore l'ONU? Un Président et Prix Nobel nous répond... et vous n'êtes pas prêts
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Le président du Timor Oriental et lauréat du prix Nobel de la paix 1996, José Ramos Horta, a participé à un débat sur la situation internationale, notamment sur le conflit israélo-iranien et le rôle des Nations Unies.
Concernant les frappes iraniennes sur Israël, le président Ramos Horta a affirmé que l'Iran avait le droit de se défendre suite aux interventions américaines et israéliennes. Il a souligné l'absence de preuves concernant les allégations d'armes nucléaires iraniennes et a critiqué les frappes continues contre l'Iran, y compris une école au début du conflit. Il a insisté sur l'échec de la solution militaire et la nécessité de négociations sérieuses et honnêtes pour revenir au statu quo d'avant l'attaque, reconnaissant que ni les États-Unis, ni Israël, ni l'Iran ne pouvaient obtenir une victoire militaire.
Abordant le rôle des Nations Unies, le président Ramos Horta a qualifié le Conseil de sécurité de "paralysé", mais pas "mort". Il a déploré l'illusion fondatrice selon laquelle l'ONU aurait été créée pour protéger les faibles et éviter les guerres, suggérant qu'elle servait plutôt à gérer les rivalités des puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale. Il a cité l'exemple du Timor Oriental, où l'ONU est restée largement paralysée pendant 24 ans face à l'invasion indonésienne. La résolution du conflit n'est intervenue qu'après la chute du régime de Soeharto en Indonésie, suite à une crise économique, et grâce à la vision du nouveau président Habibie et l'influence de Bill Clinton. Ce dernier a joué un rôle crucial pour créer un consensus régional et envoyer une force de paix, l'INTERFET, acceptée par l'Indonésie.
Le président Ramos Horta a reconnu que le succès de l'intervention au Timor était dû à une combinaison de facteurs internes indonésiens, de l'action de Kofi Annan et de l'engagement de Bill Clinton, qui, marqué par l'échec au Rwanda, ne pouvait pas être hypocrite en soutenant une intervention au Kosovo tout en refusant celle au Timor. Il a souligné que l'intervention au Timor, sous le chapitre VII de la Charte de l'ONU, n'était pas imposée militairement mais acceptée par l'Indonésie, fruit de négociations complexes.
Il a ensuite critiqué la sélectivité des interventions sous le chapitre VII, notant qu'elles sont absentes dans des situations comme Gaza ou le Liban, ce qui décrédibilise l'ONU. Il a rappelé que les États-Unis avaient soutenu la dictature de Soeharto en Indonésie, malgré le génocide initial, soulignant que les grandes puissances utilisent l'ONU "à la carte".
Selon lui, le problème des Nations Unies ne réside pas dans l'institution elle-même, mais dans la manière dont les grandes puissances (les membres permanents du Conseil de sécurité) l'utilisent. Il a comparé le Secrétaire général à un "secrétaire" plutôt qu'à un "général", incapable de s'opposer aux grandes puissances. Il a cité l'exemple de Kofi Annan, qui, en tant que chef des opérations de paix au moment du génocide rwandais, avait regretté l'échec de l'ONU dû à l'opposition américaine au renforcement des forces de paix.
Le président Ramos Horta a insisté sur la nécessité de réformes, notamment l'élimination du droit de veto des membres permanents et une meilleure représentation des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine au Conseil de sécurité. Cependant, il a affirmé que même ces réformes ne seraient pas suffisantes sans un leadership fort et visionnaire. Il a cité des figures comme Martin Luther King ou les bâtisseurs de l'Union européenne comme exemples de leaders capables de construire la paix et la prospérité.
Il a proposé une "troisième voie" incarnée par des pays comme le Brésil, l'Indonésie, le Mexique, l'Afrique du Sud, le Nigeria, la Turquie et les pays des BRICS, qui ont tout à perdre dans les guerres et rien à gagner. Ces pays, autrefois pauvres, représentent aujourd'hui une part significative de l'économie mondiale et pourraient former un bloc pour négocier avec le G7 et établir un équilibre plus salutaire dans le monde. Cette troisième voie viserait à éviter la confrontation et à résoudre des problèmes comme l'extrême pauvreté et les conflits en cours, citant le Soudan et le Congo comme les pires situations humanitaires actuelles.
Il a souligné l'importance de dialogues respectueux avec des pays comme la Russie et la Chine, rejetant la diabolisation et la perception de la Guerre Froide. Il a affirmé que la Chine, puissance économique et commerciale, n'avait pas intérêt à dominer le monde mais à maintenir un environnement stable pour son développement. Il a également insisté sur le rôle que l'Europe pourrait jouer en tant que médiateur, en évitant les confrontations et en utilisant sa sagesse historique.
Interrogé sur l'intelligence artificielle, le président Ramos Horta a mis en garde contre les dangers de son utilisation pour la déstabilisation des pays, en particulier les plus fragiles. Il a insisté sur la nécessité pour les pays de l'ASEAN de maîtriser cette technologie avec sagesse pour protéger leur souveraineté et assurer un partage positif des informations.
Questionné sur ce qu'il ferait s'il avait 20 ans aujourd'hui, le président a répondu qu'il encouragerait la jeunesse à étudier la digitalisation, l'intelligence artificielle, et les ressources en eau et en nourriture, pour servir l'humanité. Il a insisté sur l'unité des pays, notamment au sein de l'ASEAN, pour éviter la manipulation des superpuissances et les conflits géostratégiques.
Enfin, concernant l'attentat qu'il a subi en 2008, il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une attaque préméditée mais d'un acte d'un individu perturbé. Il a pardonné les responsables et a maintenu sa conviction que la sécurité ne doit pas être imposée par les armes. Il a refusé toute sécurité armée dans son palais présidentiel et sa résidence, et a encouragé la présence d'enfants à la présidence, prônant une approche humaine et pacifique du leadership.
En conclusion, le président Ramos Horta a exprimé ses "angoisses et frustrations" face à la souffrance humaine dans des régions comme Gaza, le Congo et le Soudan, dénonçant la faillite des leaders mondiaux à prévenir ces atrocités. Il a appelé à une réforme des Nations Unies, à la démocratisation du système et à l'élection de leaders qui privilégient le dialogue et la paix. Il a rappelé le rôle des mouvements pacifistes dans l'histoire pour renverser les dictatures et mettre fin aux guerres, soulignant que "personne ne peut tuer des idées".