
BRÛLER LA DETTE : POURQUOI ILS VOUS MENTENT ?
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Bonjour et bienvenue dans Propaganda. La semaine dernière, nous avons discuté du débat du MEDEF et de ses délices économiques. Cette semaine, nous allons approfondir la proposition de LFI concernant l'annulation de la dette. L'idée est que la Banque centrale européenne (BCE) peut et doit geler les dettes des États, en commençant par celles contractées pendant la période Covid. Cette question a été au centre des débats tout l'été, notamment lors des confrontations télévisées. Peut-on vraiment effacer des milliards de dettes comme par magie ? Cette interrogation est restée sans réponse sérieuse, souvent expédiée pour discréditer LFI. Nous allons reprendre le dossier point par point : le réquisitoire, les pièces, la défense, le verdict et l'appel.
Dès l'ouverture du débat, avant même que Jean-Luc Mélenchon n'expose sa proposition, les attaques ont fusé. Les discours sur l'annulation d'une partie de la dette ont été qualifiés de "délirants" dans un contexte où la France serait "au bord de la faillite" et où les taux d'intérêt n'auraient "jamais été aussi élevés". Journalistes et candidats ont mis en avant la proposition de "brûler 600 millions de dettes françaises", la jugeant "pas réaliste" et "irresponsable". L'argument principal du réquisitoire est constant : annuler la dette est "dangereux". Cela reviendrait à envoyer la France "au défaut de paiement", à la transformer en "interdit bancaire". Marine Le Pen, fidèle à une ligne "macronolibérale", a également exprimé son inquiétude face à la dette, proposant de la "rembourser" et d'inscrire une "règle d'or" dans la Constitution.
Gabriel Attal a renchéri, qualifiant les discours fatalistes d'irréalistes : "S'il suffisait d'annuler la dette, d'abord pourquoi ça n'a pas été fait avant ? Ensuite, si vous considérez, monsieur Mélenchon, qu'il suffit d'annuler la dette, bah pourquoi vous proposez en même temps d'augmenter les impôts ? C'est par pur sadisme s'il suffisait d'arrêter la dette." Enfin, il a souligné qu'une telle mesure entamerait la confiance des investisseurs. L'accusation est donc claire : geler la dette ruinerait la "signature financière" de la France, l'empêchant de se financer et la vouant au défaut de paiement, à l'image de la Grèce. Si ces accusations étaient fondées, le projet insoumis serait voué à l'échec.
Face à ces caricatures, Jean-Luc Mélenchon a demandé à être jugé sur ses "vraies propositions" plutôt que sur des "inventions médiatico-politiques". Nous avons donc fait l'effort de nous pencher sérieusement sur le fond du dossier. Lors des Amphis d'été, la question a été abordée avec des économistes comme Éric Coquerel et Mathieu Piga. Piga a souligné un point crucial : la dette que les insoumis proposent de geler n'est pas n'importe laquelle, et elle n'est pas détenue par n'importe qui. Il s'agit de la dette publique française détenue par les institutions publiques, notamment la Banque centrale européenne ou la Banque de France. Cette dette peut être annulée "sans aucun impact économique et sans aucun impact financier".
Ce mécanisme n'est pas inconnu des macronistes, puisqu'il est similaire à celui utilisé pour la dette Covid. Au moment de la crise sanitaire, la BCE a "désobéi à tous les traités européens" en mettant en place une forme de prêt direct aux États, contournant les marchés. Environ 20% de la dette française est ainsi détenue par la Banque de France. Contrairement à la dette détenue par des créanciers privés, l'annulation de cette part n'aurait pas les mêmes conséquences. Concernant l'inflation, celle-ci aurait dû se produire au moment où la BCE a racheté des titres de dette sur le marché privé, créant ainsi de la monnaie. Or, comme l'a noté Piga, cet effet ne s'est pas produit de manière significative et est désormais dilué par d'autres événements économiques mondiaux. En d'autres termes, les effets potentiellement néfastes de la création monétaire liée à cette dette ont déjà eu lieu. De plus, cette méthode a été employée par d'autres pays, notamment les États-Unis, qui ont racheté leur propre dette. L'annulation proposée par les insoumis est donc possible et n'est pas une "invention insoumise".
Cependant, un argument des conservateurs subsiste : et si les marchés se fermaient à la France, la rendant insolvable ? La comparaison avec la Grèce est souvent brandie. Or, la France n'a "aucun problème de liquidité ni de solvabilité". Les prêteurs se bousculent pour acheter de la dette française. La comparaison avec la Grèce est fallacieuse, car la dette grecque renégociée était détenue par des banques privées, alors que LFI vise la part détenue par la banque centrale. De plus, les macronistes, qui donnent des leçons de rigueur budgétaire, ont contribué au déficit annuel de 150 milliards d'euros en baissant les impôts de 62 milliards par an. Leurs politiques de l'offre ont conduit à "zéro croissance, 1 million de pauvres, 1000 milliards de dettes".
Le réquisitoire médiatique est donc "plein de trous", les accusations étant "à l'emporte-pièce" et oubliant des faits pertinents. La proposition insoumise, sérieusement étudiée, consiste à "annuler" ou "geler" la part de la dette déjà détenue par la BCE, soit environ 600 milliards d'euros. Ce gel permettrait de réduire le poids global de la dette et, surtout, de la sortir des circuits financiers spéculatifs. Pour ce faire, Éric Coquerel propose de ressusciter le "circuit du trésor", un mécanisme utilisé en France de 1945 aux années 70. Plutôt que de dépendre des marchés, l'État se financerait via des institutions publiques (banques, caisses de dépôt) obligées de placer une partie de leur argent en titres publics. Ce circuit serait entièrement orienté vers l'investissement écologique.
L'idée d'annuler une partie de la dette n'est pas nouvelle ; Raphaël Glucksmann, par exemple, avait proposé une mesure similaire en 2020. Face à cette proposition, le système néolibéral a mobilisé l'artillerie lourde, notamment en la personne de Joachim Nagel, président de la Bundesbank (Banque centrale allemande). Ses arguments, relayés par les médias, sont toujours les mêmes : c'est "impossible" et "dangereux". Le danger est évoqué en référence à l'hyperinflation de Weimar et à l'Allemagne des années 30. L'impossibilité est justifiée par l'article 123 du traité européen, qui interdit à la banque centrale de financer directement les États. Cependant, la BCE a contourné cette interdiction depuis dix ans en achetant des titres sur le marché secondaire, une pratique jugée légale par la Cour de justice de l'Union européenne en 2017. L'argument juridique de l'impossibilité est donc une "construction" qui a déjà été débattue et invalidée. Les prises de position de Nagel ne sont pas neutres ; elles reflètent les intérêts de l'économie allemande, historiquement attachée aux 3% de déficit.
Les règles de Maastricht (3% de déficit et 60% de dette par rapport au PIB) sont également des constructions politiques. Le seuil de 60% de dette correspondait à la moyenne de la dette des pays européens avant le traité de Maastricht. Le 3% de déficit est une invention d'un fonctionnaire français, Guy Abeille, en 1981, qui s'est basé sur le ratio de déficit de la France à l'époque pour encadrer la politique budgétaire. Ces règles ne reposent sur "aucun raisonnement scientifique, théorique ou pratique".
Il est évident que les marchés financiers ne se laisseront pas faire. L'exemple de Liz Truss au Royaume-Uni, contrainte de démissionner après 45 jours à cause de la réaction des marchés, illustre ce rapport de force. La dette est une relation sociale et de pouvoir. Les marchés, idéologiquement opposés à un programme de gauche, pourraient attaquer la dette française même si elle n'est pas un problème financier en soi. Le problème est que ce rapport de force est présenté comme une contrainte naturelle, une loi immuable, ce qui empêche un débat serein sur la question.
Par ailleurs, la dette sociale, souvent utilisée pour justifier des coupes budgétaires, a été "construite et fabriquée par la droite et les macronistes". L'État a progressivement pris le contrôle des décisions de la Sécurité sociale, la finançant par des impôts plutôt que par des cotisations, dans une logique libérale de sous-financement.