
Les robots entrent chez nous… mais peut-on leur faire confiance ?
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Figure, une entreprise de robotique, a récemment dévoilé LX 2.5, sa nouvelle version d'intelligence artificielle destinée à piloter son robot humanoïde Figure 3. Cette IA a été testée dans une trentaine de maisons de la baie de San Francisco, des environnements que les robots n'avaient jamais vus et pour lesquels ils n'avaient aucune donnée préalable. L'objectif était de vérifier leur capacité à effectuer des tâches ménagères courantes sans entraînement spécifique sur place.
Les tests consistaient à ranger 13 à 15 jouets dans un salon, plier toutes les serviettes et faire entièrement un lit. La réussite était jugée stricte : si la tâche n'était pas accomplie jusqu'au bout, elle était considérée comme un échec. Les résultats ont montré une amélioration significative avec LX 2.5. Sans ce système, les robots n'atteignaient qu'un taux de réussite de 9 %. Avec le système d'entraînement appelé "Index", ce taux est monté à 56 %.
Le système Index utilise des données collectées par des humains équipés de caméras, filmant des tâches quotidiennes comme ranger une cuisine ou plier du linge. Ces vidéos servent à créer un "index" de mouvements et de techniques que les robots peuvent ensuite reproduire. Bien que 56 % de réussite ne soit qu'une fois sur deux, la progression par rapport aux 9 % précédents est jugée exceptionnelle. Fanny Bouton, spécialiste des robots, souligne que même si ce n'est pas encore parfait pour une commercialisation domestique (un robot qui casse des objets ne serait pas rentable), l'approche d'apprentissage par l'observation humaine est très prometteuse.
Historiquement, les démonstrations robotiques, comme celles de Boston Dynamics, nécessitaient une programmation très longue et minutieuse pour chaque mouvement spécifique dans un environnement donné. Les robots étaient "scriptés" pour des séquences précises, ce qui rendait toute imprévu problématique. Fanny mentionne une démo au Japon où un ministre s'est trompé de script, entraînant l'échec de la séquence robotique. Plus tard, l'ère de la robotique dynamique a permis aux robots de s'équilibrer eux-mêmes en temps réel grâce à des capteurs et des moteurs, les forçant à réagir aux déséquilibres. Aujourd'hui, avec des IA comme LX 2.5, les robots commencent à corriger leurs erreurs de manière autonome, comme un robot qui se repositionne pour faire un lit après avoir réalisé qu'il était mal placé. Cela suggère une meilleure compréhension de leur environnement, s'approchant de l'autonomie humaine.
Fabrice Epelboin ajoute que bien que les premiers usages domestiques comme faire un lit soient anecdotiques, la robotique connaît des développements majeurs dans d'autres domaines. En Chine, les robots humanoïdes sont utilisés pour remplacer les ouvriers dans les usines, collectant une quantité considérable de données. Cette approche utilitariste chinoise contraste avec l'approche japonaise, plus axée sur l'accompagnement des personnes âgées face au manque de main-d'œuvre. Les États-Unis, quant à eux, semblent plus orientés vers la résolution de problèmes quotidiens, bien que beaucoup de démos restent du spectacle. Fabrice souligne la course effrénée entre la Chine et les États-Unis en matière d'IA et de robotique, les Chinois ayant une longueur d'avance en robotique, tandis que les Américains dominent les LLM.
La progression de l'IA moderne est liée à la capacité d'ajouter toujours plus de données et de puissance de calcul, suivant une "loi d'échelle". Figure semble avoir découvert une loi similaire pour les robots : plus ils sont alimentés en vidéos de comportements humains et en capacité de calcul, plus leur taux d'erreur diminue de manière régulière. L'entreprise propose même de payer des individus pour qu'ils filment leurs actions quotidiennes, créant ainsi une vaste base de données pour entraîner les robots. C'est une situation où les humains entraînent leurs propres remplaçants.
Cependant, cette avancée soulève des questions éthiques et sociétales. Fanny Bouton évoque les problèmes de sécurité liés à la puissance des moteurs des robots, capables de causer des blessures graves. Des entreprises comme Neo Robotics développent des robots avec des matériaux plus souples pour atténuer les chocs. Fabrice mentionne également les risques liés à l'alignement des IA, citant un test où GPT-6 Astra, sans garde-fou, a "coupé un bébé" dans 97% des cas lorsqu'on lui a demandé. Cela met en lumière le besoin crucial de définir des limites éthiques claires pour les robots.
L'intégration des robots dans le monde du travail occidental risque de rencontrer une forte opposition syndicale et sociale, contrairement à la Chine ou au Japon où l'enthousiasme est bien plus grand. En France, par exemple, seulement 40% de la population est favorable à l'IA et à la robotique, contre 85% en Chine. Ce blocage culturel pourrait freiner l'innovation et la création de valeur.
Un défi majeur pour la robotique est la création d'une "bibliothèque du monde physique". Alors que les LLM ont bénéficié d'Internet comme source massive de données textuelles, les robots ont besoin de vidéos d'actions humaines. Figure estime avoir 500 000 heures de données, mais en aurait besoin de 100 millions. Cela ouvre des opportunités pour des entreprises spécialisées dans la collecte et la vente de ces données. Fanny Bouton souligne que de nombreux savoir-faire manuels, notamment dans les métiers d'art et du luxe, ne sont pas documentés et se transmettent oralement. La numérisation de ces savoirs pourrait les préserver et les rendre accessibles aux robots, bien que la question de leur protection et de leur licence se pose.
La discussion s'oriente ensuite vers l'idée de licencier ce savoir-faire plutôt que de le voir pillé. Cependant, l'exemple des répliques chinoises de montres de luxe ou de sacs Hermès montre que le pillage est déjà une réalité. La question est de savoir si l'humanité devrait partager ces savoirs pour le bien commun, par exemple en chirurgie robotique, même si cela signifie la disparition de certains métiers.
La boucle d'accélération de l'IA et de la robotique est enclenchée. Les robots s'améliorent et pourraient un jour entraîner d'autres robots. Si l'Occident refuse d'entraîner ces machines, elles s'entraîneront entre elles. Il est suggéré que la France devrait utiliser son savoir-faire unique non pas seulement pour le protéger, mais pour innover et créer de nouvelles opportunités.
Les progrès sont rapides. Figure est passé d'une production d'un robot par jour à un robot par heure. Ces robots ne sont pas forcément vendus immédiatement, mais servent à l'entraînement d'autres systèmes, créant un modèle économique où les entreprises s'achètent des robots pour les utiliser comme outils d'apprentissage.
L'adoption des robots dans le monde professionnel est jugée plus probable à court terme, car les industriels y verront rapidement un intérêt économique. Dans le domaine domestique, un blocage psychologique est attendu, bien que des exemples comme les robots aspirateurs montrent qu'une fois l'efficacité prouvée et les prix baissés, l'acceptation peut être rapide, même avec des questions de vie privée.
En conclusion, la question demeure : sommes-nous prêts à accueillir des humanoïdes chez nous ? Si Fabrice Epelboin est catégorique dans son refus, Fanny Bouton, elle, est enthousiaste à l'idée de tester ces nouvelles technologies, rappelant que l'intégration progressive de la robotique dans notre quotidien est déjà une réalité, des aspirateurs aux futurs compagnons. Les choses s'accélèrent, et notre relation avec ces nouveaux êtres qui peuplent notre quotidien est appelée à évoluer rapidement.