
Le PDG de BlackRock signe la mort du dollar
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En mars 2025, Larry Fink, PDG de BlackRock, la plus grande société de gestion d'actifs au monde, publie sa lettre annuelle aux actionnaires. Il y déclare qu'une phrase impensable il y a cinq ans : Bitcoin pourrait remplacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale si les États-Unis ne contrôlent pas leur dette. Cette déclaration, venant d'un titan de la finance, n'est pas une conversion soudaine à la cryptomonnaie, mais le reflet d'un système financier traditionnel en pleine fissuration.
Pour comprendre ce basculement, il faut se pencher sur les travaux de Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates, le plus grand hedge fund au monde. Dalio a consacré 15 ans à étudier l'effondrement des empires, analysant 500 ans de cycles économiques et géopolitiques. Il a identifié un modèle en six phases : nouvel ordre, montée en puissance, prospérité, bulle de dette, pré-effondrement et rupture. En février 2026, Dalio déclare que le monde est entré en phase 6, la rupture, citant des dirigeants mondiaux comme le chancelier allemand Friedrich Merz, Emmanuel Macron et le secrétaire d'État américain Marco Rubio, qui reconnaissent la fin de l'ordre mondial établi.
Les signes avant-coureurs de cette rupture sont multiples. La dette américaine a dépassé les 39 000 milliards de dollars et pourrait atteindre 100 000 milliards, avec des intérêts annuels dépassant le budget de la défense. Ce niveau d'endettement conduit à la dominance fiscale, où la banque centrale est contrainte d'accommoder les besoins de financement de l'État, comme on le voit avec la Fed. La dette mondiale dépasse les 111 000 milliards de dollars, avec la plupart des grandes puissances endettées à plus de 100 % de leur PIB.
Parallèlement, le dollar perd de son emprise. Sa part dans les réserves mondiales est passée de 72 % en 2001 à environ 57 % au troisième trimestre 2025, un plus bas depuis près de 30 ans. Bien que la dédolarisation soit un processus graduel, le gel des actifs russes en 2022 a envoyé un message clair : les dollars détenus par les banques centrales peuvent être gelés. Cela a entraîné une ruée vers l'or, les banques centrales détenant désormais plus d'or que de bons du Trésor américain, et le prix de l'or a explosé.
Dalio ne s'arrête pas à l'analyse économique. Il affirme que nous sommes dans une guerre mondiale, qui ne s'arrêtera pas de sitôt. Il détaille une séquence de 13 étapes qui précèdent les grandes guerres mondiales, et selon ses indicateurs, nous serions au stade 9, celui des conflits multiples sur plusieurs fronts. La guerre en Ukraine, les tensions dans le détroit d'Ormuz, les exercices militaires chinois autour de Taïwan, les tarifs douaniers américains élevés et la course à l'IA entre Washington et Pékin illustrent cette situation. Dalio situe la période actuelle entre 1913 et 1938, une période d'avant-guerre.
D'autres penseurs convergent vers des conclusions similaires. Zoltan Pozsar, ancien stratège du Crédit Suisse, théorise le "Bretton Woods 3". Il explique que le gel des actifs russes a brisé le principe selon lequel les bons du Trésor américain sont sans risque, transformant un actif considéré comme sûr en arme politique. Pozsar estime que le monde bascule des "inside money" (obligations d'État) vers les "outside money", mentionnant l'or et, à la fin de sa thèse, Bitcoin.
La question se pose alors : Bitcoin est-il une sortie de secours ou un mirage ? Bien que séduisant par sa neutralité et sa décentralisation, Bitcoin a récemment sous-performé par rapport à d'autres actifs, se comportant comme un actif risqué corrélé au Nasdaq lors de la crise iranienne. Luc Grument, auteur et chercheur en macroéconomie, explique que dans le système actuel ultra endetté, Bitcoin se comporte comme la couche la plus haute de la structure du capital : il monte rapidement avec la liquidité, mais est écrasé en premier lorsque celle-ci se retire. Dans un environnement de taux élevés et de resserrement du crédit, Bitcoin est asphyxié tant que les gouvernements n'impriment pas massivement de la monnaie pour monétiser leur dette.
Il est donc prudent de ne pas tout miser sur Bitcoin. Cependant, sa légitimité n'est plus en question ; la question est plutôt de savoir à quelle vitesse le reste du monde arrivera à la même conclusion que ceux qui accumulent discrètement. Au-delà de Bitcoin, l'histoire montre que lors des transitions d'ordre mondial, les actifs qui survivent sont ceux qui répondent aux besoins fondamentaux : énergie, alimentation, matières premières.
Enfin, l'émergence de nouveaux centres de gravité économiques suggère de regarder vers les marchés émergents, en particulier ceux qui ne sont pas encore pleinement développés. Des ETF comme le Wisdom Tree True Emerging Markets, qui exclut la Chine, la Corée du Sud et Taïwan pour se concentrer sur l'Inde, le Brésil, le Mexique, l'Indonésie, etc., pourraient offrir une exposition pertinente. Comprendre la structure du nouveau système qui émerge est crucial, car il ne nous attendra pas.
L'histoire nous enseigne que les empires ne s'effondrent pas par des attaques extérieures, mais par leur refus de voir ce qui se passe à l'intérieur. Le nouvel ordre mondial n'arrive jamais par surprise ; il germe à l'intérieur même de la rupture. Ray Dalio, en vendant son fonds pour se consacrer à l'étude de la suite, incarne cette démarche. La question à se poser est si nous sommes prêts à étudier et à nous adapter au nouveau monde qui se construit.