
Les nouveaux chemins de la guérison de l'esprit - Dialogue avec le Dr Jean-Marc Benhaiem
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L'épisode de "Dialogue" explore l'hypnose comme un chemin de guérison alternatif, souvent plus efficace que les approches conventionnelles qui peuvent nous maintenir dans nos problèmes. Fabrice Middal reçoit Jean-Marc Benayem, un éminent thérapeute français et spécialiste de l'hypnose, pour discuter de son application et de ses bienfaits.
Jean-Marc Benayem, initialement médecin interniste et spécialiste de la douleur, a découvert l'hypnose en cherchant des solutions pour ses patients. Il est aujourd'hui une figure majeure de l'hypnose médicale en France, ayant fondé l'un des principaux Diplômes Universitaires (DU) dans ce domaine. L'entretien est structuré en quatre parties : pourquoi l'hypnose, comment s'y former, ce qu'elle révèle de la souffrance, et le déroulement d'une séance.
L'hypnose est présentée non pas comme une thérapie additive, mais comme un phénomène naturel et physiologique, une capacité d'adaptation inhérente à l'être humain. Elle nous aide à faire face aux deuils, aux changements, aux pathologies, aux peurs, aux phobies, à l'anxiété et aux addictions. La Haute Autorité de Santé (HAS) a récemment reconnu son efficacité pour soulager la douleur, bien que son champ d'application soit bien plus vaste. L'hypnose est singulière car elle traite à la fois la souffrance psychique (angoisse, addiction) et la douleur physique, étant utilisée par des professionnels variés comme les urgentistes, les anesthésistes et les dentistes.
L'essence de l'hypnose, selon Benayem, est de soigner la relation que nous entretenons avec un diagnostic, une douleur, une addiction, notre corps ou notre passé. Lorsque nous sommes bloqués face à une réalité difficile, l'hypnose ne cherche pas à comprendre ou à culpabiliser, mais à modifier cette relation. Au lieu de lutter contre le stress ou la panique, elle propose de "rebrousser chemin" et d'accepter ce qui est imposé, ce qui permet aux émotions négatives de s'estomper et de vivre une vie plus authentique, où l'imperfection est acceptée.
Jean-Marc Benayem forme des soignants de toutes disciplines (médecins, dentistes, sages-femmes, psychologues, kinésithérapeutes, infirmières) à l'hypnose. Ces formations, dispensées notamment à la Pitié-Salpêtrière et à l'hôpital Cochin, visent à enrichir leur pratique en les aidant à être plus en relation avec le patient. L'hypnose permet de s'intéresser à la personne au-delà du diagnostic, réduisant ainsi le besoin de médicaments et aidant les patients à adhérer à ce qui leur est imposé. L'efficacité est telle que de nombreux soignants sont émerveillés par les résultats et l'intègrent rapidement dans leur pratique, améliorant non seulement les soins mais aussi leur propre bien-être, prévenant ainsi le burnout.
L'hypnose est souvent mal comprise en raison de l'image spectaculaire qu'elle véhicule. Pourtant, elle n'est pas une magie, mais une capacité naturelle à sortir du blocage. Il n'y a pas de personnes hypnotisables ou non ; il s'agit plutôt d'accepter la "non-maîtrise" et le "non-contrôle". La vie est pleine d'intuition et d'expériences que nous ne maîtrisons pas entièrement. L'hypnose nous invite à embrasser nos symptômes plutôt qu'à les rejeter, changeant ainsi notre relation à eux. Par exemple, au lieu de rejeter la colère, l'hypnose nous apprend à l'intégrer, ce qui mène à la paix. Il s'agit de "rentrer dans la danse" de la vie, en acceptant notre corps, ses fonctions, le vieillissement, et même les diagnostics difficiles, ce qui a des répercussions physiologiques positives.
La souffrance s'installe souvent par une "immobilisation" ou une "dissociation". Lorsqu'un enfant tombe et se blesse, il focalise son attention sur la douleur, se dissociant du reste de son corps et de la réalité. L'exemple de Milton Erickson, qui détourne l'attention de son petit-fils blessé en admirant la couleur de son sang, illustre parfaitement comment l'hypnose permet de "défocaliser" et de réintégrer l'événement dans une perspective plus positive. La dissociation est le fait de regarder une partie de soi (un organe, une fonction) comme détachée, ce qui la rend effrayante et dominante. La solution thérapeutique consiste à ne plus fixer cette partie avec méfiance, permettant ainsi à l'harmonie du corps de se rétablir. Il s'agit d'incorporer, de "digérer" tout ce dont on s'est méfié, pour que rien d'extérieur ne nous terrorise.
La dissociation est une focalisation extrême sur un trauma ou une douleur, coupant la personne d'une partie d'elle-même. L'hypnose vise à réassocier ces parties, à les réintégrer. L'exemple de la cheville douloureuse que l'on surveille constamment est pertinent : cette surveillance est une forme de méfiance qui maintient la douleur. L'hypnose invite à aimer cette partie du corps, à lui faire confiance, à accepter l'imperfection, ce qui permet au corps de retrouver son équilibre et de sécréter des hormones analgésiques.
La fixité est le problème fondamental. Si l'on maintient son doigt dans une flamme, on se brûle ; si on le retire rapidement, il n'y a pas de douleur. De même, la douleur chronique est souvent le résultat d'une contracture prolongée, d'une armure que l'on maintient par peur, mais qui finit par nous faire souffrir. L'hypnose nous remet en mouvement, nous aide à lâcher cette illusion de protection pour accepter la vulnérabilité, la fragilité, la sensibilité, qui sont inhérentes à la vie.
Notre société occidentale valorise la maîtrise, l'analyse, la conscience. L'hypnose, en revanche, nous invite à développer le mode sensoriel, la "non-maîtrise", qui est fondamental pour notre équilibre. L'équilibre humain réside dans l'harmonie entre le corps et l'esprit. Être "trop conscient" de sa douleur ou de ses problèmes peut paradoxalement les renforcer. L'hypnose nous aide à sortir de cette conscience excessive pour retrouver une immédiateté, une vitalité, une connexion avec le sous-cortex, qui gère nos instincts de vie et nos capacités d'adaptation.
Une séance d'hypnose débute par l'identification de ce sur quoi la personne focalise de manière obsessionnelle. La première étape est de perturber cette croyance, cette focalisation. C'est contre-intuitif, car on a tendance à vouloir que le problème soit résolu avant de lâcher prise, alors que c'est l'inverse qui se produit. L'hypnothérapeute introduit de la confusion pour aider le patient à se détacher de sa fixation. Par exemple, si un fumeur considère le tabac comme un ami, le thérapeute peut le questionner sur la nature de cette amitié, créant une dissonance cognitive qui ouvre la voie au détachement.
L'hypnose permet au patient de vivre une expérience sensorielle de changement, plutôt que de simplement comprendre intellectuellement. Pour une personne souffrant de mal de dos, le thérapeute ne va pas juste lui dire d'aimer son dos, mais va l'inviter à s'imaginer en train de masser délicatement la zone douloureuse avec une crème agréable, anesthésiante. Le patient devient actif dans son propre processus de guérison, passant de la passivité à l'action. L'hypnothérapeute, par son écoute et sa créativité, trouve les images et les métaphores adaptées à chaque patient, loin des protocoles rigides. C'est une invitation à emprunter des chemins inattendus, à créer de nouvelles expériences pour retrouver l'équilibre et le bien-être. L'hypnose est une approche qui réveille ce qui était endormi, une véritable réactivation des ressources internes du patient.