
Nathalie FIRMINY accompagne la perte là où personne n'ose regarder
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Nathalie aborde le sujet délicat et universel du deuil, en s'appuyant sur son expérience personnelle et sa méthodologie d'accompagnement. Elle explique que le deuil, loin d'être un simple événement, est un processus complexe qui impacte profondément l'individu et son entourage. Son approche vise à soutenir les personnes endeuillées et à nourrir la solidarité, une méthode qu'elle a nommée « Sens ».
Son cheminement vers cette spécialisation est né d'un drame familial survenu lorsqu'elle avait sept ans. Sa mère a perdu une petite sœur dans des circonstances tragiques à la Réunion, des suites d'une septicémie foudroyante. Ce décès a laissé une empreinte indélébile sur toute la famille, bien que Nathalie, enfant, n'en ait pas mesuré l'ampleur immédiate. Elle se souvient s'être adaptée, cherchant à soutenir ses parents, à combler un vide émotionnel, et à anticiper leurs besoins. Ce rôle d'enfant-parent, où elle tentait d'offrir l'amour que ses parents peinaient à donner, a façonné sa perception de la souffrance et de l'accompagnement.
Nathalie insiste sur l'importance de nommer la personne décédée. Pour elle, même si le souvenir peut raviver la douleur, nommer la personne, qu'elle soit un enfant né ou non, c'est lui donner son identité, garder sa mémoire vivante et reconnaître sa place au sein de la famille. Elle-même se considère comme la seule fille d'une fratrie de quatre enfants, incluant sa petite sœur décédée, car cette dernière fait toujours partie de son histoire et de son identité familiale.
Le deuil est souvent associé à l'expression « faire son deuil », une phrase que Nathalie réfute. Pour elle, on ne « fait » pas son deuil car la personne partie ne revient pas. Il s'agit plutôt de « traverser » le deuil, de s'adapter à l'absence et d'intégrer cette absence dans sa vie. L'absence, initialement un grand vide, se transforme progressivement en quelque chose de « plus plein », permettant de continuer à vivre avec. La première étape cruciale est de conscientiser et d'accepter la situation irréversible.
Concernant la phase de déni, souvent perçue négativement, Nathalie la considère comme un mécanisme de protection essentiel. Le déni, surtout au début, permet à la personne endeuillée de ne pas être submergée par la douleur et de l'affronter progressivement. Elle cite l'exemple de sa mère, qui a vécu un déni prolongé après la perte de sa fille, ce qui lui a permis de survivre à cette épreuve. Ce n'est que des décennies plus tard, grâce à l'ouverture et à l'expression des émotions, que sa mère a pu parler de sa fille avec plus de légèreté et même un sourire.
L'accompagnement de Nathalie, bien que non médical ou thérapeutique, se structure autour de plusieurs piliers. Le premier est la présence et l'écoute. Souvent, ne rien dire mais être simplement là, aux côtés de la personne en deuil, est déjà un soutien immense. La société pousse à combler le vide, mais laisser la personne pleurer et exprimer ses émotions est fondamental.
Sa méthode « Sens » (Soutenir les endeuillés, Nourrir la Solidarité) comprend plusieurs phases concrètes. La première est la mise en place de rituels. Ces rituels peuvent être divers et adaptés aux croyances de chacun (chrétiens, musulmans, hindous, etc.). Il peut s'agir de créer un petit autel, d'allumer une bougie, ou simplement de dire un mot. L'objectif est de nommer la personne partie et d'exprimer ce qui n'a pas pu être dit, libérant ainsi les culpabilités liées au passé et les peurs du futur.
La deuxième phase est la libération émotionnelle. Les émotions refoulées se logent souvent dans le corps (ventre, poitrine, cœur, gorge). Nathalie aide les personnes à identifier ces tensions et à les libérer. La gorge, en particulier, est liée à la communication, et exprimer ce qui a été réprimé procure un sentiment de liberté. Elle précise que le deuil ne se limite pas à la perte d'un être cher, mais englobe toutes les pertes importantes qui impactent notre chemin de vie, comme une séparation ou la perte d'une entreprise.
Nathalie aborde la question des autels ou des objets commémoratifs, parfois controversés car certains pensent qu'ils empêchent l'être cher de « partir ». Selon son expérience, ce n'est pas une entrave. Au contraire, quand les gens sont prêts et bien accompagnés, ils finissent par laisser partir. L'important est de reconnaître la réalité de la perte, que ce soit en se rendant au cimetière ou en ayant un espace de recueillement chez soi.
Elle évoque également ses perceptions intuitives, développées par l'adaptation. Elle est capable d'entendre ce qui n'est pas dit, de percevoir le langage corporel au-delà des mots. Lorsqu'elle demande à quelqu'un « comment te sens-tu aujourd'hui ? » plutôt que « comment ça va ? », elle cherche à atteindre une vérité plus profonde, car le silence ou les larmes peuvent en dire plus que les mots.
Un aspect crucial de son accompagnement est de remonter aux deuils antérieurs. Souvent, les deuils non résolus s'accumulent et le deuil actuel devient le déclencheur qui fait « exploser la soupape ». En libérant les deuils passés, la personne peut mieux traverser le deuil présent.
Nathalie se sent guidée par sa petite sœur et sa grand-mère, et voit son retour à la Réunion pour développer son accompagnement comme un juste retour des choses, un cadeau à ses proches.
Quant aux deuils les plus difficiles à accompagner, elle place en tête la perte d'un enfant, car aucun parent n'est censé survivre à son enfant. Vient ensuite la perte d'un parent. Le troisième type de deuil est plus variable, car la souffrance dépend de chaque individu et de son attachement, qu'il s'agisse d'un animal de compagnie ou même d'une entreprise.
Elle rejette l'idée de dire à quelqu'un que la personne partie a « choisi son incarnation et son départ », estimant cette phrase trop violente à entendre pour une personne en plein deuil. Son rôle n'est pas d'imposer des croyances, mais d'accompagner la souffrance.
Le temps nécessaire pour « sortir » d'une phase de deuil est très variable. L'exemple de sa mère, qui a souffert pendant des décennies, montre qu'il n'y a pas de calendrier universel. Les personnes qui viennent la voir arrivent souvent après 3 à 4 ans de souffrance intense. Elle considère qu'il n'y a pas de moment « idéal » pour être accompagné ; que ce soit tôt ou tard, l'échelle de la douleur reste la même. L'important est que les personnes sachent que des ressources existent, comme des groupes de parole, pour les aider à se sentir moins seules et à normaliser leur vécu.
Elle nuance également l'expression « j'ai fait mon deuil », préférant « je le traverse » ou « j'évolue avec ». Chacun a sa propre manière de gérer la perte, certains étant très pratiques et d'autres plus démunis. L'adaptation est donc essentielle dans son accompagnement, car le deuil impacte toutes les dimensions de l'être : émotionnelle, psychologique, physique et spirituelle.
Donner un sens à la perte est un cheminement profond. Il ne s'agit pas de donner un sens à la perte elle-même, mais de donner un sens à ce que l'on vit ici et maintenant, et à ce que l'on va faire de ce vide. Elle partage son expérience personnelle : après la naissance de son fils, la peur de le perdre a ravivé le souvenir de sa petite sœur, la poussant à réfléchir au sens de sa vie et à ce qu'elle voulait transmettre.
Elle observe que dans les groupes de soutien, les personnes ayant traversé des situations douloureuses deviennent des pairs aidants, partageant leurs ressources pour aider les autres à cheminer plus rapidement.
Nathalie souligne la tendance de l'entourage à s'éloigner des personnes en deuil, souvent par ignorance ou par amour. Ils voudraient revoir la personne comme elle était avant, mais la perte a changé son monde. Ne sachant comment réagir face à la douleur, ils s'éloignent, non par désamour, mais par impuissance. Le temps peut permettre un retour, une fois que chacun a pu faire son propre chemin.
Son livre, « Traverser la perte, un chemin vers l'apaisement », met l'accent sur ces deux mots clés. Un apaisement à 100 % n'est pas possible, car une trace de la perte demeure. Le deuil, c'est l'acceptation progressive de l'irréversibilité de la perte. Les souvenirs, au début vivaces, se figent avec le temps, rendant l'acceptation plus complexe et nécessitant un accompagnement.
Elle se définit comme une « facilitatrice du deuil » et une « thanadoula ». Thanatos, dieu grec de la mort, et Doula, les femmes qui accompagnent, signifient qu'elle accompagne le dernier souffle, tout comme les doulas accompagnent le premier.
Le message essentiel que Nathalie souhaite transmettre est l'importance de travailler sur nos propres blessures et deuils. En nous allégeant nous-mêmes, nous allégeons les générations futures du poids de nos souffrances. Selon elle, notre monde, focalisé sur la productivité et la jeunesse éternelle, oublie la vulnérabilité et la fragilité du deuil. Elle cite le Dalaï-Lama : l'homme dépense sa santé pour gagner de l'argent, puis son argent pour retrouver la santé, vivant dans la nostalgie du passé et la peur du futur, sans jamais être ancré dans le présent. Il vit comme s'il n'allait jamais mourir et meurt comme s'il n'avait jamais vécu. Pour Nathalie, comprendre cela, c'est tout comprendre.