
IBM : conquérir (puis perdre) le trône de l’IA
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En 1956, à l'université de Dartmouth, une dizaine de scientifiques se réunissent pour explorer l'hypothèse selon laquelle les machines pourraient simuler l'intelligence humaine, baptisée "intelligence artificielle" (IA). Parmi eux, Nathaniel Rochester, représentant d'IBM, une entreprise qui jouera un rôle primordial dans les débuts de l'IA. Pourtant, aujourd'hui, IBM est peu connu du grand public et a disparu des projecteurs alors que d'autres entreprises ont prospéré grâce à l'essor de l'IA, notamment avec ChatGPT.
IBM, malgré ses 115 ans d'existence et près de 300 000 employés, peine à être reconnue, ayant été au cœur des progrès de l'IA pendant près de 60 ans avant de s'effacer. La question se pose : s'agit-il d'une erreur stratégique ou d'un problème plus profond qui a empêché IBM de capitaliser financièrement sur ses succès médiatiques ?
Financièrement, IBM apparaît comme un mastodonte, illustré par sa politique de rachats d'actions (buybacks) entre 1995 et 2019, représentant plus de 8 milliards de dollars par an. Ces opérations visent à augmenter le bénéfice par action et le cours de l'action, profitant aux actionnaires. Le texte mentionne que les rachats d'actions des entreprises du S&P 500 ont dépassé 1000 milliards de dollars sur 12 mois, et recommande le PEA de Fortuneo pour y accéder, soulignant ses avantages fiscaux et tarifaires.
IBM ne s'est pas contenté de participer à la naissance de l'IA, il a marqué son histoire. En 1996, lors d'une partie d'échecs médiatisée entre le champion du monde Garry Kasparov et le superordinateur Deep Blue d'IBM, Kasparov gagne une première fois, mais perd la revanche l'année suivante. Cette défaite est considérée comme une étape symbolique pour l'IA. En 2011, IBM présente Watson, un ordinateur qui défie des champions du jeu télévisé Jeopardy. Watson, présenté comme semi-robotique, répond aux questions avec une voix synthétisée, impressionnant par sa capacité à comprendre le langage humain, malgré quelques artifices dans la transmission des questions. Cette réussite coïncide avec un pic de valorisation pour IBM, qui dépasse Microsoft pour devenir la deuxième entreprise tech la mieux valorisée au monde derrière Apple.
Cependant, transformer un succès médiatique en succès commercial s'avère un défi. IBM a visé trop haut avec Watson Health en 2015, ambitious de révolutionner le diagnostic et le traitement du cancer. Le secteur de la santé s'est révélé complexe pour l'IA, les diagnostics médicaux étant moins déterministes que les questions de Jeopardy, et les données médicales étant souvent mal structurées et difficiles à interpréter. Le CEO d'IBM a reconnu Watson Health comme une tentative trop ambitieuse, le service ayant été cédé en 2022.
Parallèlement, les laboratoires de recherche d'IBM ont négligé l'architecture "Transformers" en 2017, qui deviendra la base des modèles d'IA générative actuels. Bien qu'IBM ait été un leader en traitement du langage naturel (NLP), l'explosion des LLM et de ChatGPT a marqué un coup dur.
Malgré ces échecs en IA, IBM possède un atout majeur : le mainframe, ou "macro-ordinateur", un marché sur lequel il domine depuis plus de 60 ans. Ces ordinateurs, conçus pour une résilience extrême et une interruption de service minimale, sont cruciaux pour des secteurs comme la banque, l'aviation et les télécommunications, gérant environ 70% des transactions financières mondiales. Leur robustesse physique (composants doublés) et logicielle (mécanismes de correction d'erreurs) assure une disponibilité de 99,99%. Bien que le codage sur mainframe utilise des langages comme le Cobol, l'IA pourrait potentiellement faciliter son adoption.
IBM a déjà connu des revers majeurs, notamment dans les années 80 avec le passage au micro-ordinateur, où il a laissé Microsoft s'imposer avec Windows, entraînant une perte de 16 milliards de dollars. L'entreprise s'en est remise en vendant sa division PC. Aujourd'hui, IBM est avant tout une société de conseil offrant des logiciels, une infrastructure cloud et des services d'accompagnement.
En 2023, IBM a lancé la plateforme WatsonX, se positionnant comme un intermédiaire de confiance pour les projets d'IA, notamment dans la gouvernance des IA (surveillance, cybersécurité). Bien que son offre soit peu "sexy", elle est rentable, avec un chiffre d'affaires de 67,5 milliards de dollars et 10,6 milliards de bénéfices nets en 2025.
Malgré une augmentation de la valeur de son action depuis fin 2022, IBM a connu des turbulences boursières, notamment une chute de 25% en une journée en juillet, due à la priorité donnée par les grands groupes aux investissements en hardware face aux contrats de software d'IBM. Une autre chute en février était liée à des annonces sur le langage Cobol.
Ces turbulences n'empêchent pas IBM de préparer son prochain pari, après avoir manqué l'IA : l'informatique quantique, une technologie complexe et potentiellement révolutionnaire, dans l'espoir de retrouver sa place parmi les leaders mondiaux de la tech.