
Consciousness Isn't in the Cortex
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Le professeur Mark Solms, neuropsychologue et psychanalyste, partage sa théorie sur la conscience, initiée par une expérience personnelle troublante : la lésion cérébrale de son frère qui a altéré sa personnalité. Cet événement a suscité chez lui une profonde interrogation sur la nature de l'existence et la conscience, le menant à remettre en question les approches scientifiques conventionnelles.
**La Conscience : Au-delà de la Perception et du Cortex**
Solms soutient que l'erreur fondamentale dans la compréhension de la conscience réside dans le fait de commencer par la perception, en particulier la perception humaine, qui est la forme la plus complexe. Il préconise de débuter par les formes les plus simples : les sentiments bruts fondamentaux. Il définit la conscience, en s'appuyant sur Tom Nagel, comme « ce que cela fait d'être soi ». Cette définition englobe toutes les formes de conscience, ramenant tout à l'essence du sentiment qualitatif d'exister.
Il réfute l'idée que la conscience soit uniquement liée au cortex cérébral. Des enfants nés sans cortex ne sont pas inconscients. C'est l'endommagement des structures du tronc cérébral, générant le sentiment, qui éteint la conscience. La conscience émerge dans les systèmes auto-organisés, caractérisés par la persistance et l'existence de valeurs intrinsèques (le bien d'exister, le mal de se dissiper). Ces systèmes nécessitent un isolement pour maintenir leur structure face à l'entropie universelle, leur conférant un point de vue propre.
**Les Besoins Multiples et l'Altruisme**
Les systèmes auto-organisés, notamment les organismes vivants, possèdent de multiples besoins (boire, manger, respirer, dormir) qui doivent être minimisés en termes d'entropie. Ces besoins sont catégoriels et ne peuvent être réduits à un dénominateur commun. Les affects, comme la peur ou la rage, sont des impératifs biologiques liés à ces besoins.
La détresse de séparation chez les mammifères, par exemple, découle de la dépendance infantile. Les donneurs de soins, à leur tour, ont un besoin biologique de prendre soin de leur progéniture pour assurer la persistance de l'espèce. Cette pulsion altruiste, initialement centrée sur la progéniture, s'étend à d'autres êtres vulnérables. Le jeu, la vie en groupe et la prise en compte des besoins d'autrui sont d'autres manifestations de ces pulsions altruistes.
Les conflits entre ces multiples besoins donnent naissance à des motivations complexes, entraînant des sentiments comme la culpabilité ou la honte. L'agacement face à un mendiant, par exemple, peut résulter du conflit entre la pulsion de protection envers les vulnérables et la pulsion de se débarrasser des obstacles frustrants. La diversité des réactions humaines face à de telles situations s'explique par la combinaison de pulsions innées et de trajectoires développementales individualisées, influencées par l'environnement et les interactions.
**La Neuropsychanalyse : Une Synthèse Objectif-Subjectif**
Solms définit la neuropsychanalyse comme une tentative d'intégrer les connaissances issues de l'étude objective du cerveau (neurosciences) et de l'étude subjective de l'être (psychanalyse). Les neurosciences excellent dans l'objectivité et la précision, mais manquent d'accès aux sentiments. La psychanalyse, quant à elle, a un accès direct aux sentiments subjectifs mais manque de précision expérimentale.
Il critique la neuropsychologie des années 1980, qu'il jugeait plus proche du comportementisme que de l'étude de l'esprit. Les neurosciences cognitives, bien qu'abordant les fonctions mentales, les traitent de manière fonctionnelle, sans explorer l'émergence de l'expérience subjective. Cette lacune l'a conduit à se tourner vers la psychanalyse.
**Les Rêves : Une Fenêtre sur le Désir**
Ses recherches doctorales sur les rêves ont révélé que le sommeil paradoxal n'est pas le générateur des rêves. Les lésions cérébrales affectant le système de récompense du cerveau (principal système motivationnel dopaminergique) supprimaient le rêve, indiquant que le désir est le mécanisme sous-jacent. Cette découverte contredit l'idée que la théorie freudienne des rêves (réalisation de souhaits) soit non falsifiable, car elle est testable et vérifiable par des méthodes neuroscientifiques.
**La Neuropsychanalyse et le Problème Difficile de la Conscience**
Solms aborde le « problème difficile de la conscience » (comment le mécanisme physique donne naissance à l'expérience subjective) en affirmant que l'erreur a été de commencer par la perception, en particulier visuelle. Le cortex visuel fonctionne souvent inconsciemment. La perception visuelle n'est pas une fonction intrinsèquement consciente.
Le sentiment, en revanche, est intrinsèquement conscient. On ne peut pas avoir un sentiment sans le ressentir. Les structures du tronc cérébral générant le sentiment sont donc une condition préalable à toute autre forme de conscience. Les enfants hydranencéphales, sans cortex mais avec des structures du tronc cérébral fonctionnelles, manifestent des sentiments. Inversement, des lésions dans ces structures du tronc cérébral éteignent la conscience, même avec un cortex intact.
Le sentiment est défini comme un affect priorisé, celui qui parvient à la conscience et guide les choix volontaires. L'affect, terme plus large, se réfère à l'évaluation de la distance par rapport aux points de consigne homéostatiques, et peut être inconscient. La sentience implique le sensorium qui contextualise les affects, donnant lieu à la perception et à la cognition consciente.
**L'Ontologie du Monisme à Double Aspect**
Solms se positionne comme un moniste à double aspect. Il considère l'esprit et le corps comme deux perspectives observationnelles d'une même réalité physique. Le corps est l'aspect extérieur, l'esprit l'aspect intérieur vécu. Cette réalité est un système fonctionnel, auto-organisateur, homéostatique et prédictif, régi par un ensemble unique de lois physiques.
Il croit qu'il devrait être possible d'expliquer physiquement comment l'aspect subjectif du physique émerge. L'incertitude ressentie, liée à la confiance dans les modèles du monde, pourrait être un aspect fondamental de ce mécanisme.
**La Volonté et le Contrôle Descendant**
Si les processus ascendants (basés sur les besoins) initient les actions, les mécanismes exécutifs descendants (conscience réflexive, langage) permettent un contrôle régulateur. Cependant, ces contrôles ont des limites, et les processus ascendants, situés dans le tronc cérébral, jouent un rôle crucial dans la sélection des actions.
**La Mort et le Sens de l'Existence**
La préoccupation initiale de Solms pour la mort, exacerbée par la lésion cérébrale de son frère, l'a conduit à une quête de sens. Il croit que la seule chose qui vaille la peine est de comprendre l'existence. Cependant, sa théorie de la conscience, dépendant de mécanismes physiques liés à la couverture de l'organisme, suggère que l'être sensible cesse d'exister avec la mort du corps. La vie est une lutte contre l'entropie, et à la fin, nous échouons. L'espoir naît de la quête de compréhension, non de la transcendance de la mortalité.
**La Conscience Artificielle et l'Avenir**
Son projet actuel vise à créer une conscience artificielle, testant ainsi sa compréhension des mécanismes de génération des sentiments. Il critique les approches corticalocentristes de la conscience, affirmant que les preuves empiriques soutiennent le rôle du tronc cérébral dans la génération du sentiment brut, condition préalable à la conscience corticale. La neuropsychanalyse, en intégrant les données objectives et subjectives, offre une voie prometteuse pour résoudre le problème difficile de la conscience.