
The impossible science of Space Internet
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L'avènement de la 5G par satellite suscite un vif intérêt, promettant une connectivité universelle et la fin des zones blanches. L'idée d'avoir internet partout, depuis l'espace, évoque un futur où les désagréments actuels comme le Wi-Fi d'aéroport peu fiable, le Wi-Fi d'avion coûteux et saccadé, ou encore les frais d'itinérance exorbitants, appartiendraient au passé. Pourtant, une question cruciale demeure : cette technologie révolutionnera-t-elle vraiment notre manière de nous connecter, ou reproduira-t-elle les lacunes des générations précédentes d'internet spatial ?
L'histoire de l'internet par satellite est plus ancienne qu'on ne le pense, remontant au début des années 2000. En 2004, Boeing lançait son service « Connexion », permettant aux avions de se connecter à internet via des satellites géostationnaires. Le principe était simple : une antenne sur le toit de l'avion suivait physiquement le satellite, lui-même situé à environ 35 000 km d'altitude. Ce système, bien qu'innovant pour l'époque, souffrait d'un défaut majeur : la distance. Chaque requête internet devait parcourir une distance astronomique, entraînant une latence considérable. Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir aux bases de l'internet mobile terrestre. Nos téléphones communiquent avec des antennes relais, mais le signal est omnidirectionnel, permettant une connexion simultanée avec plusieurs antennes. Le téléphone choisit ensuite la plus proche. En avion, cette gestion des connexions devient problématique. Si les téléphones portables étaient interdits en vol, ce n'était pas par risque pour l'avion, mais pour éviter de saturer les antennes relais terrestres avec les demandes de transfert incessantes dues à la vitesse de l'appareil.
Avec l'internet par satellite traditionnel, cette problématique du transfert entre antennes n'existait pas, car il n'y avait qu'un seul satellite à suivre. Cependant, la distance de 35 000 km imposait une latence inévitable. Imaginez une requête pour un site web : elle parcourt 35 000 km jusqu'au satellite, puis 35 000 km jusqu'à une station au sol, avant de suivre le chemin habituel jusqu'au serveur. Le retour emprunte le même trajet, soit un total de 140 000 km pour un aller-retour, engendrant une latence d'environ 500 millisecondes, à laquelle s'ajoute la latence au sol. C'est pourquoi l'internet en avion, même aujourd'hui, reste lent, avec une latence minimale de 450 ms, pouvant dépasser 3000 ms.
La raison pour laquelle ces satellites sont si éloignés est liée aux lois de la mécanique orbitale. Les satellites géostationnaires, qui semblent fixes par rapport à la Terre, doivent se trouver à une altitude précise de 35 786 km pour rester synchronisés avec la rotation terrestre. Plus près, leur vitesse orbitale serait trop élevée, les désynchronisant. Cette altitude unique est le résultat d'un équilibre entre la gravité terrestre et la vitesse du satellite. Un satellite trop lent tomberait, un satellite trop rapide aurait une orbite elliptique. Cette contrainte physique explique la latence inhérente à ce type de connexion.
Malgré ces limitations, cette technologie a jeté les bases de l'internet spatial. Boeing prévoyait des revenus considérables, mais le service fut arrêté en 2006. Des concurrents comme Viasat et Panasonic ont tenté d'améliorer la bande passante et la capacité, mais le problème de la latence persistait. Ces satellites géostationnaires ont néanmoins permis la diffusion télévisée mondiale en direct et les appels transcontinentaux avant l'ère de la fibre optique. Cependant, pour une utilisation moderne d'internet, où des protocoles comme TCP et HTTPS exigent des échanges rapides, une latence d'une seconde est rédhibitoire.
La solution évidente était de rapprocher les satellites. C'est là qu'intervient O3B Networks, une entreprise pionnière dans les orbites terrestres moyennes (MEO). Leurs satellites, bien plus proches de la Terre, ont démontré la faisabilité de réduire la latence. Bien qu'O3B n'ait pas atteint le grand public, leur technologie a ouvert la voie aux projets actuels.
L'ère actuelle de l'internet spatial est marquée par des constellations de milliers de satellites en orbite terrestre basse (LEO), telles que Starlink de SpaceX. Ces satellites, à une altitude d'environ 330 km, réduisent la latence à seulement 2 ms. Ce rapprochement a été rendu possible par la réduction drastique des coûts de mise en orbite, grâce à la réutilisabilité des lanceurs de SpaceX. Ces constellations couvrent désormais le globe grâce à plusieurs couches d'orbites, permettant une connectivité étendue, y compris dans les régions polaires.
Pour gérer ces milliers de satellites se déplaçant à très haute vitesse, des antennes spéciales sont utilisées. Ces antennes à balayage électronique, fixes, peuvent orienter électroniquement le signal vers les satellites. L'antenne change de satellite toutes les 15 secondes, s'adaptant à leur mouvement rapide. Chaque satellite peut émettre plusieurs faisceaux vers la Terre, offrant des débits théoriques impressionnants.
La véritable révolution réside dans la capacité de ces satellites à se connecter directement aux téléphones portables, sans nécessiter d'équipement spécifique lourd. Les satellites « direct-to-cell » sont équipés d'une antenne et d'une puce qui permettent au téléphone de les interpréter comme une antenne relais classique. Bien que cette technologie ne permette pas encore le streaming 4K, elle offre une connectivité vitale en cas d'urgence. Les nouvelles normes comme NR-NTN promettent d'améliorer encore ces performances, en annulant le décalage temporel et l'effet Doppler.
Cependant, l'internet spatial ne remplacera pas nécessairement la fibre optique là où elle existe. Son coût et la complexité de son déploiement le rendent plus adapté aux zones reculées ou aux situations où les infrastructures terrestres sont insuffisantes. De plus, la concurrence des opérateurs télécoms et des eSIM abordables rend l'internet par satellite moins essentiel pour les voyageurs fréquents. L'avenir dira si l'internet spatial parviendra à concurrencer les offres terrestres, ou s'il restera une solution de niche pour les zones les plus difficiles d'accès.