
Bardella : Fin de carrière imminente ?
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Le 28 septembre, Mediapart a publié une enquête attribuant à Jordan Bardella des écrits antisémites datant de 2013, lorsqu'il avait 17 ans. Ces conversations privées, prétendument sur Facebook et Instagram, mentionneraient que les banques sont détenues par les Juifs, et un ancien proche affirme qu'il regardait des vidéos d'Alain Soral. Mediapart assure avoir authentifié ces échanges.
Quelques heures après la publication, Bardella, sur CNews face à Pascal Praud, a qualifié ces propos de "parfaitement délirants" et de "faux grossiers", affirmant qu'ils n'étaient pas les siens, ni ceux de l'adolescent de 17 ans qu'il était, alors simple adhérent du Front National et non militant. Il a porté plainte en diffamation.
Quatre raisons suggèrent que Bardella se trouve sur un terrain fragile. Premièrement, le choix du plateau. Accusé de faits graves, il choisit CNews et Pascal Praud, un journaliste peu enclin à le malmener. L'interview, d'une quinzaine de minutes, est largement consacrée à attaquer Mediapart et son cofondateur, Edwy Plenel, plutôt qu'à approfondir le contenu des messages. Praud lui-même rappelle le passé de Plenel, notamment son pseudonyme et ses écrits sur Septembre Noir en 1972, détournant l'attention de Bardella. Bien que Praud pose la question sur Alain Soral, l'interrogatoire est loin d'être serré. Un démenti prendrait plus de valeur face à un journaliste cherchant la faille.
Deuxièmement, Bardella minimise le fond des accusations, présentant l'affaire comme une "opération de barbouzerie" ou de "déstabilisation" orchestrée par Mediapart ou des tiers manipulant le journal. Cette approche écarte la possibilité que les messages soient authentiques, déplaçant le débat de ce qu'il aurait écrit vers qui veut lui nuire. Il attaque Mediapart, qu'il qualifie de média d'extrême gauche, et Plenel, l'accusant de s'être réjoui d'actes terroristes, une affirmation contestée (Plenel est cofondateur, non propriétaire, et les propos cités sont décontextualisés). Cette ligne de défense, consistant à accuser l'accusateur, est reprise le lendemain en conférence de presse et par des élus du RN, ainsi qu'un ministre israélien. Bien que cette stratégie déplace le débat et mette en doute la crédibilité de Mediapart à court terme, elle ne répond pas à la question essentielle du public : pourquoi ces messages ne peuvent pas être de lui.
Troisièmement, le démenti de Bardella, bien que total, contient une prudence subtile. Dès sa première phrase, il ne dit pas seulement "ce ne sont pas mes propos", mais ajoute "pas plus qu'ils ne sont ceux du jeune adolescent de 17 ans que j'étais à l'époque qui était adhérent du Front National à l'époque mais qui n'en était pas un militant". Ce détail de l'âge et du statut non-militant est superflu si les messages sont faux, mais sert de filet de sécurité si leur authenticité était avérée ("j'étais un ado, pas militant"). De même, il accuse fortement mais sans nommer de personne ou de fait vérifiable.
Quatrièmement, et c'est le point le plus important, Bardella lui-même anticipe la suite, déclarant que "ce que fait Mediapart, c'est un feuilleton", et que les prochains documents seront "poursuivis pour faux". Mediapart, connu pour ses enquêtes en plusieurs parties, a confirmé que de nouvelles révélations avec des "démonstrations" arriveront, assurant ne pas risquer sa réputation sans certitude à 200%. En démentant par avance tout ce qui pourrait sortir, Bardella se protège mais se lie les mains. Si Mediapart produit des éléments solides, il risquerait de devoir changer de version, ce qui coûterait cher en crédibilité.
L'affaire soulève une question