
Access the Sublime & Live Your Best Life | Robert Greene
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Robert Greene, auteur renommé, discute de son nouveau livre, "La Loi du Sublime", qui explore comment vivre une vie riche d'expériences. Il explique que le sublime n'est pas abstrait, mais une clé pour une vie épanouie, accessible quotidiennement. Andrew Huberman, son hôte, exprime son admiration pour le travail de Greene, en particulier son livre "Maîtrise".
Greene explique que "La Loi du Sublime" se concentre sur l'expérience quotidienne et la façon de s'ouvrir à l'étrangeté du monde. Il décrit la conscience comme un cercle limitant notre expérience de la vie, la rendant souvent répétitive. Le sublime, en revanche, se situe en dehors de ce cercle, offrant des points d'accès ou des "portes" vers une autre réalité. Le mot "sublime" vient du latin "sublim limon", signifiant "jusqu'au seuil d'une porte". Ces expériences du sublime sont un mélange de douleur (sortir de sa zone de confort) et de plaisir (la nouveauté et l'excitation).
Greene note que les enfants ont un cercle de conscience plus large, car le monde est nouveau et frais pour eux, animé par leur imagination. En vieillissant, ce cercle se rétrécit, et la vie devient plus terne. Le livre vise à raviver l'expérience de la vie en élargissant ce cercle et en réactivant l'imagination. Chaque chapitre se termine par des exercices pratiques pour intégrer ces idées dans la vie quotidienne.
Huberman compare ces "portes" aux "portes de la perception" d'Huxley, qui préconisait l'usage du LSD. Greene, ayant lui-même expérimenté des drogues psychédéliques dans sa jeunesse, confirme leur effet durable sur sa perception du monde. Cependant, après un AVC qui l'a empêché de voyager et de prendre des drogues, il a dû trouver le sublime dans son environnement immédiat. Son expérience de mort imminente après l'AVC lui a fait voir le monde sous un jour nouveau, comme s'il venait de naître, chaque détail lui semblant étrange et merveilleux. Cette sensation s'est estompée, mais il a réalisé que le sublime est partout, même dans les objets les plus simples ou dans son propre corps, fruit de millions d'années d'évolution. Le corps humain, avec ses capacités de guérison, est en soi un miracle quotidien.
Greene soutient qu'il est possible d'accéder au sublime par la pensée et l'attention, sans drogues ni événements traumatiques. Il cite l'exemple du mystique arménien Gurdjieff, qui enseignait que l'attention est ce qui rend l'être humain unique. Gurdjieff croyait que les gens "dorment" à travers la vie et qu'être pleinement éveillé changerait le monde. Son exercice de "auto-souvenir" consiste à se concentrer profondément sur un moment ou un objet, en se disant qu'on s'en souviendra. Un élève de Gurdjieff, Ouspensky, a pratiqué cet exercice et a constaté que sa perception du monde s'altérait, les objets et les environnements prenant une intensité nouvelle. Cela lui a permis de réaliser à quel point nous sommes habituellement "endormis". La méditation peut avoir un effet similaire, modifiant la structure même du cerveau.
Huberman mentionne des expériences en neurosciences visuelles où la paralysie des yeux montre que notre perception est souvent instable et dépend du changement. Si l'on fixe un objet, sa perception change, ce qui correspond à l'idée de Greene selon laquelle une attention intense peut altérer notre expérience du réel.
Greene aborde la question de la signification et de la peur de paraître "fou" en percevant le trivial comme profond. Il explique que le sublime ne consiste pas à inventer de la signification, mais à voir les choses telles qu'elles sont, au-delà des filtres habituels de notre cerveau. Il cite le peintre Cézanne, qui voyait le paysage comme vivant et conscient, et qui s'immergeait dans l'observation des arbres et des fruits. Greene critique la rationalité excessive de notre culture, qui nous empêche de ressentir les émotions et la vie inhérentes aux choses.
Huberman partage son expérience d'observation des clôtures anciennes, où il sentait qu'il pourrait passer des heures à explorer les détails, mais la vie quotidienne l'en empêchait. Il évoque l'idée de différentes échelles spatiales et temporelles de perception. Il mentionne Dacher Keltner, scientifique de Berkeley, qui étudie l'émerveillement et suggère qu'il survient lors de transitions rapides entre petites et grandes échelles spatiales.
Greene s'intéresse particulièrement à l'échelle temporelle. Il suggère que l'enfance est si intense car il y avait plus d'espace entre les pensées, créant un rythme de vie différent. Notre époque, fragmentée par les médias sociaux, accélère et morcelle le temps. Il cite Nabokov, qui a tenté de recréer l'expérience de son enfance magique en Russie après l'avoir perdue à cause de la révolution. Nabokov décrivait le temps comme un fleuve : enfant, on est dans le fleuve, sentant le courant ; adulte, on est sur la rive, observant le temps passer. Greene affirme que la méditation peut nous ramener à cette expérience du temps comme un flux intérieur, une sensation physique de vivre l'instant présent.
Huberman partage l'histoire de sa conseillère universitaire mourante, qui, lucide, a commencé à percevoir le monde avec une "résolution" et un "taux d'images" accrus, extrayant une richesse d'information des plus petits détails. Greene confirme que les expériences de mort imminente peuvent dissoudre les constructions du cerveau comme le temps et l'ego, menant parfois à l'extase et à une perception altérée du temps, où quelques secondes peuvent sembler des années.
Greene évoque l'idée d'accéder à différentes perceptions du temps par l'interaction avec d'autres espèces. Il raconte l'histoire d'un homme qui a développé une relation profonde avec une pieuvre, vivant à son rythme, compressé sur trois ans. Observer des animaux avec des durées de vie différentes peut altérer notre propre concept du temps. Huberman, ayant eu des poulpes et des seiches, confirme cette idée d'entraînement aux rythmes d'autres espèces.
Greene exprime sa préoccupation quant à la façon dont la technologie et les médias sociaux nous programment, nous enfermant dans une relation espace-temps limitée, avec une attente constante de nouveauté et de dopamine. Il suggère que la lenteur est essentielle pour le développement du cerveau et la pensée indépendante. Il cite l'exemple d'Eileen Gu, skieuse acrobatique championne olympique, qui attribue sa clarté mentale à la lenteur de sa réflexion, à la pression de ses croyances et à la compréhension de la neuroplasticité. La vitesse qu'elle atteint est le reflet de sa lenteur de préparation.
Greene souligne que la technologie peut être un obstacle majeur au sublime si elle nous pousse à enregistrer nos expériences plutôt qu'à les vivre pleinement. Il a lui-même écrit son livre à la main, un processus lent et sensuel, pour se connecter plus profondément à ses pensées. Il insiste sur l'importance de sortir du "domaine humain" pour accéder au sublime, en interagissant avec la nature, le cosmos, les animaux, et en explorant ce qui nous transcende en tant qu'espèce. La science, en révélant les mystères de l'univers, offre également une voie vers le sublime.
Greene aborde le sublime dans les relations humaines, en particulier l'amour. Il le décrit comme une expérience où l'on perd le sens de son propre ego, combinant le physique et le spirituel. L'amour véritable implique de tomber, de lâcher ses défenses et d'être vulnérable, ce qui est effrayant mais libérateur. Il critique la culture moderne qui dévalorise l'amour et encourage la méfiance et la self-protection. Rejeter la vulnérabilité, c'est passer à côté de quelque chose de très profond dans la vie. Il souhaite que l'amour courtois, qui combinait le physique et le spirituel, revienne dans notre culture.
En ce qui concerne la spiritualité et la religion, Greene ne se dit pas croyant au sens traditionnel, mais reconnaît le besoin humain profond de transcendance, lié à notre conscience de la mortalité. Il observe que la perte de la religion dans le monde occidental a laissé un vide, contribuant à un sentiment d'aliénation et de folie. Il suggère que les découvertes scientifiques, comme l'étude du cerveau humain ou du cosmos, peuvent offrir une nouvelle forme d'expérience spirituelle, nous reconnectant à quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
Greene pense que le problème principal de l'humanité est sa propension à se laisser absorber par le drame et l'engourdissement. Il propose la lenteur, l'attention délibérée et l'éveil des sens comme des outils pour accéder au sublime. Il insiste sur la sensibilité au monde, citant l'exemple d'un chasseur indigène sibérien dont la connexion à la nature était d'une intelligence supérieure. Nos sens, atrophiés par la vie urbaine, peuvent être réveillés en nous immergeant dans des environnements naturels.
Enfin, interrogé sur son prochain livre, Greene évoque deux pistes : un livre plus court sur "l'invisible", c'est-à-dire les forces et les tendances qui influencent nos vies sans que nous en soyons conscients, et un roman explorant la psychologie des "seigneurs de la technologie" et l'aliénation qu'ils ont créée. Il pense que la fiction lui permettra de sonder ces esprits complexes d'une manière que la non-fiction ne peut pas.