![[MASTERCLASS 1] La décarbonation du maritime : défis et opportunités](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2Fx3Pf93EaXQ4%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[MASTERCLASS 1] La décarbonation du maritime : défis et opportunités
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Voici une synthèse de la masterclass sur la décarbonation du transport maritime, axée sur les défis et opportunités :
**Introduction et Contexte**
La masterclass, organisée à Marseille, aborde un sujet crucial : la décarbonation du transport maritime. Yoann Rollet de BPI France Assurance Export introduit la discussion en présentant les deux intervenants : Karl Leron, CEO et cofondateur de Byco, une plateforme numérique pour la gestion du transport maritime de conteneurs axée sur l'optimisation de l'impact environnemental, et Patrick Bourreau, vice-président exécutif opération de Modalis, une entreprise spécialisée dans les solutions logistiques intermodales.
**Les Déclics Personnels et la Prise de Conscience Environnementale**
Karl Leron partage son parcours, débuté il y a 20 ans chez CMA-CGM, où il a pris conscience du potentiel de digitalisation dans un secteur encore très dépendant du papier et des méthodes traditionnelles. Sa motivation première pour créer Byco était de digitaliser les flux de transport, et la réduction de l'empreinte carbone est devenue un critère essentiel dans ce processus. Il met en avant l'importance de regarder les chiffres : le transport de marchandises représente 8% des émissions mondiales de CO2, et il est crucial d'analyser les modes de transport pour agir efficacement.
Patrick Bourreau, quant à lui, situe son déclic il y a 30 ans, alors qu'il était responsable logistique dans l'industrie papetière. La création du tunnel sous la Manche lui a permis de découvrir le transport combiné et de réaliser le potentiel du report modal. Sa "colère" réside dans le fait que, 30 ans plus tard, le discours sur la nécessité d'accélérer le report modal reste le même, malgré les initiatives croissantes. Il souligne que le transport maritime, malgré sa relative efficacité en termes de CO2 par tonne-kilomètre, soulève des questions sur la nécessité réelle de certains transports et sur la capacité d'évacuation des ports.
**Analyse des Modes de Transport et Enjeux de la Décarbonation**
Karl Leron présente des données comparatives des émissions de CO2 par tonne-kilomètre pour différents modes de transport. Le transport maritime est le plus vertueux, loin devant le rail et la barge. Le transport aérien est quant à lui "horrible". Il insiste sur l'importance de privilégier le transport maritime pour les longues distances et de minimiser les distances terrestres.
Cependant, il dénonce l'hypocrisie de la situation actuelle, illustrée par le fait qu'Anvers soit le premier port français en termes de flux conteneurs, malgré une distance plus importante pour l'acheminement vers Paris que par Le Havre. Il pointe du doigt le manque d'infrastructures adaptées à Marseille, comme une seule voie ferrée non électrifiée en sortie du port de Fos, et le comblement d'un canal qui aurait permis un accès direct par barge. Ces dysfonctionnements rendent les services en barge peu fiables, poussant les clients vers le camion ou des ports mieux connectés.
Patrick Bourreau renchérit sur ce point, expliquant que le problème n'est pas économique, mais réside dans un manque de volonté de changement de modèle et d'approche. Il souligne que la rentabilité du rail-route est souvent supérieure au tout routier.
**Les Solutions et les Actions Concrètes : Byco et Modalis**
**Byco (Karl Leron)** se concentre sur la digitalisation pour optimiser l'impact environnemental. Leur plateforme analyse les flux de bout en bout, en considérant les ports de chargement et de déchargement, les moyens de transport terrestres et l'impact CO2 de chaque navire. Ils estiment la consommation de CO2 au moment de la réservation, permettant de choisir les options les moins émissives. Ils insistent sur l'importance de remplir les conteneurs au maximum pour réduire le nombre de trajets et l'impact carbone. La digitalisation est vue comme un outil indispensable pour que les équipes logistiques puissent intégrer le critère CO2 aux côtés du coût et des délais, rendant ainsi les arbitrages possibles.
**Modalis (Patrick Bourreau)** agit concrètement sur le terrain en proposant des actifs, des infrastructures et des services pour favoriser le report modal et la décarbonation. L'entreprise a évolué de la location de caisses mobiles et de wagons à l'opérateur de transports combinés, en créant ses propres services ferroviaires. Ils sont également constructeurs de caisses mobiles innovantes et investissent dans les infrastructures (terminaux, voies). Leur engagement va jusqu'à réfléchir à la logistique de la capture du carbone. Patrick Bourreau met en avant la dynamique de territoire et la collaboration entre collectivités, industriels et services de l'État comme moteur pour accélérer les projets, citant l'exemple de Dunkerque réalisé en moins de deux ans. Il insiste sur l'importance de jouer collectif et d'être acteur plutôt que d'attendre des subventions.
**Les Opportunités pour les PME et le Message d'Espoir**
Les deux intervenants soulignent que des solutions existent et que l'enjeu pour les PME est de trouver la bonne information et les bonnes données pour agir simplement. Ils rappellent que l'excellence opérationnelle, la réduction des consommations d'énergie et de matières premières, ainsi que l'optimisation des ressources ont un impact écologique positif direct et améliorent la productivité. L'opposition "écologie contre économie" est un non-sens, car les deux objectifs sont intrinsèquement liés.
**Défis Actuels et Perspectives**
La discussion aborde les impacts des tensions géopolitiques sur les activités logistiques. Karl Leron explique que la donnée est primordiale pour réagir aux aléas (Ever Given, Mer Rouge) et proposer des solutions agiles aux clients. Patrick Bourreau constate que les crises énergétiques poussent certains chargeurs à envisager le report modal, mais que cela reste souvent conjoncturel et nécessite un changement de mentalité plus profond.
Les questions sur le transport à voile et la taille des navires sont également abordées. Si le transport à voile est une voie d'avenir, son passage à l'échelle reste un défi majeur face aux volumes actuels. L'importance de ne pas se focaliser uniquement sur des solutions "chics" comme le biofuel ou la voile, mais de valoriser aussi les actions concrètes sur les infrastructures et le report modal est soulignée.
Enfin, la problématique des données dans le transport maritime est évoquée. Karl Leron insiste sur le manque de structuration des données et la nécessité de privilégier la frugalité dans l'utilisation de l'IA, afin d'éviter une surconsommation de CO2. Patrick Bourreau, lui, note que sur le plan terrestre, les données sont plus disponibles et utilisées pour suivre les économies d'énergie.
La masterclass se conclut par un appel à l'action : interpeller les décideurs politiques pour accélérer les transformations, notamment en France, et à être acteur de la décarbonation, en s'inspirant des initiatives locales et de la dynamique collective. Le message principal est que l'économie et l'écologie ne sont pas opposées, mais peuvent former un objectif commun pour un avenir plus durable.