
8h-13h, interdiction des portables, bac plus dur… Le ministre de l’Éducation Nationale répond à Brut
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La rentrée scolaire de septembre marque un tournant avec l'interdiction des téléphones portables dans les lycées. Cette mesure, confirmée par le Président de la République, vise à limiter la surexposition aux écrans et aux réseaux sociaux, jugés néfastes pour les capacités cognitives et sociales des élèves. Le ministre de l'Éducation nationale explique que les téléphones devront être rangés, sauf autorisation spécifique pour des usages pédagogiques ou pratiques. L'objectif est de réduire les distractions et de permettre aux élèves de se concentrer sur leurs apprentissages. Il souligne que l'utilisation du téléphone n'est pas nécessaire pour suivre les cours et que cette interdiction, bien que potentiellement difficile au début, est une mesure de protection pour la santé mentale et le développement cérébral des jeunes. Il rejette l'idée d'une infantilisation, insistant sur la responsabilité collective de protéger les jeunes d'une addiction aux écrans. En cas d'usage inapproprié, le téléphone sera confisqué, avec des sanctions possibles en cas de récidive. Pour les internes, des règles spécifiques s'appliqueront, notamment pour la nuit.
Concernant les rythmes scolaires, le ministre écarte l'idée d'une solution universelle, soulignant les disparités locales. Il reconnaît la pertinence de commencer les cours plus tard dans certaines zones, mais met en garde contre une réduction du temps d'apprentissage si cela ne s'accompagne pas d'une réorganisation globale, incluant potentiellement une réduction des vacances scolaires. Il juge nécessaire une réflexion approfondie, estimant qu'un tel projet nécessiterait au moins un an et demi à deux ans, reportant ainsi la décision à la prochaine mandature présidentielle. Il critique l'approche "ça parle beaucoup mais ça agit peu" des années précédentes, insistant sur la nécessité d'adapter les rythmes aux réalités locales et de redonner de l'autonomie aux établissements.
L'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, initialement prévue pour la rentrée, a été retoquée par le Conseil constitutionnel. Un nouveau texte est en cours de rédaction, avec un objectif de mise en place d'ici le printemps 2027, en attendant une harmonisation avec le droit européen. Le ministre insiste sur la nécessité d'éduquer les jeunes aux dangers des réseaux sociaux, notamment la désinformation et les effets sur le développement cérébral, et les encourage à se désabonner des plateformes les plus chronophages. Il compare l'addiction aux réseaux sociaux à d'autres formes d'addiction, soulignant la difficulté de "domestiquer" leur usage. Il plaide pour une approche combinant éducation et protection, arguant que l'interdiction préventive est une étape nécessaire avant l'éducation, citant l'exemple des prises électriques ou de la vente d'alcool. Il met en lumière le rôle des parents dans la surveillance de l'usage des écrans par leurs enfants, comparant la situation à celle d'un buffet de cuisine contenant de l'alcool.
Le ministre aborde également la question des couvre-feux pour mineurs mis en place par certaines communes, considérant cela comme une solution de dernier recours face à une défaillance parentale ou collective. Il privilégie l'éducation mais reconnaît que des mesures exceptionnelles peuvent être nécessaires dans certains contextes locaux. Concernant la suspension des aides sociales aux parents d'enfants auteurs d'infractions, il se montre prudent quant à leur efficacité et soulève la question de l'accompagnement des parents dans l'exercice de leur autorité. Il annonce la diffusion d'une charte des parents et de l'école pour clarifier les droits et devoirs de chacun.
Face à l'augmentation des violences envers les enseignants, dont 30% des incidents graves sont imputables aux parents, un décret prévoit des conséquences pour les élèves dont les parents commettent des violences. Il ne s'agit pas d'une sanction directe de l'élève, mais d'une mesure de protection de l'institution, pouvant aller jusqu'à un changement d'établissement pour l'élève et un suivi renforcé. Cette mesure vise à protéger les personnels et l'institution face à une société tendue où les tensions se répercutent à l'école.
La question de la climatisation dans les établissements scolaires est également abordée. Face aux chaleurs extrêmes, le ministre reconnaît un manque d'anticipation, bien que des plans de rénovation soient en cours. Il souligne la complexité liée aux 60 000 implantations scolaires, propriétés des collectivités locales, et l'enjeu de la vétusté du bâti, historiquement pensé pour l'isolation hivernale. Des fonds sont mobilisés pour la rénovation, mais l'accélération est nécessaire face à l'urgence climatique. Des équipements de climatisation et de ventilation ont été installés dans plusieurs milliers d'écoles cet été. Pour les épreuves du baccalauréat, le calendrier est adapté pour privilégier les matinées afin d'éviter les fortes chaleurs de l'après-midi.
Concernant le niveau d'exigence du baccalauréat, le ministre affirme sa conformité, mais insiste sur l'importance de la maîtrise de la langue (syntaxe, grammaire, orthographe). Des barèmes précisant les retraits de points liés à la qualité de la langue seront publiés, visant à plus de transparence et à une meilleure préparation des élèves. Il reconnaît une "effritement" du niveau d'expression et une "très grande difficulté scolaire" accrue, mais assure qu'un bon baccalauréat reste un bon baccalauréat, tout en reconnaissant que le monde a évolué.
La commémoration du 11 novembre dans tous les établissements scolaires est introduite pour ancrer l'histoire et transmettre des valeurs nationales, notamment le sens du sacrifice et de la liberté. Le chant de la Marseillaise est rappelé comme un élément fondamental de l'identité nationale. Le ministre souligne le projet de la France, basé sur la liberté, l'égalité et la fraternité, et le rôle de l'école dans la construction de la nation.
Face aux violences sexistes et sexuelles à l'école, un nouveau questionnaire sera adossé à celui sur le harcèlement dès novembre, permettant aux élèves de signaler s'ils ont été victimes. L'objectif est de libérer la parole et de déclencher une prise de conscience. Les signalements, même anonymes, seront pris en compte et pourront mener à des entretiens avec des adultes de confiance et, si les faits le justifient, à des signalements à la justice. L'école est présentée comme le premier lieu de confiance pour les signalements de violence.
Concernant le harcèlement scolaire, le ministre indique que le questionnaire permet une meilleure mesure, avec 5% des jeunes directement concernés. Les signalements au 3018 ont un taux de résolution élevé, mais une partie du harcèlement se déroule en dehors de l'école, notamment via les réseaux sociaux. Des interventions en classe sont prévues pour libérer la parole des élèves victimes de faits graves, même si l'identité n'est pas toujours connue.
Sur la santé mentale des jeunes, le ministre constate une forte progression post-Covid et un lien étroit avec la consommation d'écrans et de réseaux sociaux. Des postes supplémentaires d'infirmiers, psychologues et assistants sociaux sont créés pour la rentrée 2026. Il insiste sur l'importance de l'orientation vers la médecine de ville et les centres médico-psychologiques via un dispositif "coupe-fil".
L'attractivité du métier de professeur est abordée, avec une reconnaissance des revendications salariales. Le ministre souhaite une meilleure rémunération, tout en soulignant les contraintes budgétaires. Il met en avant une augmentation de 14% de la rémunération moyenne des professeurs entre 2020 et 2024, avec une revalorisation significative des débuts de carrière. Cependant, la progression de carrière reste lente dans la première moitié.
Face aux menaces et violences envers les personnels, le ministre réaffirme sa détermination à protéger l'école et ses représentants, considérant que la frustration ne peut s'exprimer par la violence. Il soutient le droit d'expression des opinions diverses, mais pas au détriment de la sécurité et du respect de l'institution.
Concernant la sécurité des enfants dans le contexte des agressions sexuelles révélées, le ministre assure que l'école est un lieu de confiance et que tout est mis en œuvre pour garantir la sécurité, notamment via une loi en cours sur la protection des enfants et un fichier d'interdiction d'école.
Enfin, sur le plan politique, le ministre indique que son rôle actuel est de préparer la rentrée dans la neutralité, mais qu'il se prononcera sur un éventuel soutien à un candidat à la présidentielle en temps voulu, affirmant servir le pays et l'école avant tout intérêt personnel. Il souligne que l'éducation nationale est une priorité et que le budget a augmenté significativement, tout en reconnaissant les contraintes budgétaires actuelles.