
Le face à face avec Laurent Vogler, responsable HSE chez Holosolis
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Sur le plateau de Big Media, Laurent Vauglaire, travaillant chez Holosolis depuis deux ans, présente l'entreprise comme une startup créée en 2022, composée de 15 personnes, dont le projet ambitieux est de construire la plus grande usine de cellules et de modules photovoltaïques en Europe. Il s'agit d'une "gigafactory", un terme utilisé pour les investissements dépassant les 500 millions d'euros, voire approchant le milliard. Ce projet est français, mais se veut avant tout européen, positionnant Holosolis comme un pionnier dans le domaine, espérant inspirer d'autres acteurs de la chaîne de valeur.
La discussion s'oriente ensuite vers la question de savoir si l'industrie peut réellement être écologique ou s'il s'agit d'une simple tendance de "greenwashing". Laurent Vauglaire explique que l'écologie dans l'industrie se mesure par l'impact. Il reconnaît qu'un impact zéro est impossible, ne serait-ce qu'en raison de l'installation d'une usine sur un paysage ou de l'impact sur le trafic des employés. Il distingue deux approches : celle du "peintre", qui vise à donner une apparence écologique avec un effort minimal et des résultats éphémères, et celle du "maçon", qui implique un investissement initial plus conséquent pour une reconstruction ou une amélioration durable, aboutissant à des résultats plus significatifs. L'objectif de cette approche est de réduire l'impact environnemental, notamment en diminuant les déchets en travaillant avec les fournisseurs et en réduisant la consommation énergétique grâce à des équipements moins gourmands. À titre d'exemple, il cite la récupération de la chaleur produite par les compresseurs, utilisés dans les circuits d'air comprimé, pour chauffer l'eau sanitaire. Cette synergie permet une consommation globale d'énergie moindre par rapport à des systèmes séparés.
En parlant de la gigafactory en construction, Laurent Vauglaire décrit l'évolution de l'usine moderne par rapport à l'usine d'antan. Il met l'accent sur le concept de "personne ne touche les pièces", impliquant une automatisation poussée avec convoyeurs, robots, véhicules à guidage autonome (AGV) et robots mobiles autonomes (AMR). L'usine moderne, ou usine 4.0/5.0, est caractérisée par une multitude de capteurs générant de l'information et par la connexion des équipements entre eux, dans un environnement où cohabitent machines et humains.
L'usine responsable, selon lui, est celle où les industriels recherchent activement des pistes de progrès pour améliorer leur productivité tout en considérant l'environnement. Il mentionne les normes ISO 9001 et surtout 14001 pour l'environnement, soulignant qu'il s'agit d'une démarche volontaire. Les entreprises certifiées ISO 14001 choisissent de mener des actions pour améliorer leur impact environnemental et en font un avantage commercial. Il cite également le label RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) de l'Union Européenne, qui concilie économie, écologie et social, et précise que Holosolis s'est engagé dans cette démarche.
Interrogé sur l'écologie en tant que contrainte ou avantage compétitif, Laurent Vauglaire répond que l'opposition entre économie et écologie est dépassée. Bien que l'écologie ait un coût, il affirme que l'inaction a un coût bien plus élevé. La solution réside dans la conciliation des deux, qu'il appelle la "sobriété". Une usine sobre, peu consommatrice d'énergie, aura un faible impact environnemental tout en améliorant sa productivité et en réduisant ses coûts. Il étend cette notion de sobriété à la gestion des déchets, où la réduction des emballages entraîne des économies sur l'achat des matières premières et sur la gestion des déchets.
Concernant l'attractivité des entreprises porteuses de valeurs fortes auprès de la jeune génération (Gen Z), Laurent Vauglaire pense que cette génération cherche avant tout du sens dans son travail. Les entreprises doivent donc communiquer leurs valeurs fondamentales sur les réseaux sociaux, les discuter lors des entretiens et s'assurer de la concordance avec les attentes des candidats. Il est crucial de montrer concrètement que l'entreprise vit ses valeurs, car la génération Z n'hésitera pas à partir si elle ne s'y retrouve pas. Il considère que l'écologie, en tant que valeur, est devenue aussi importante qu'un salaire pour la prise de décision de certains candidats, bien que d'autres critères comme la proximité, la déconnexion, le poste et l'évolution soient également pris en compte. Il est convaincu que l'écologie est une valeur montante, particulièrement chez les jeunes générations.
Face à l'idée reçue "industrie égale pollution", Laurent Vauglaire insiste sur le fait qu'il ne faut pas tout mélanger. Si certaines industries ont un impact environnemental plus important en raison de leur activité (comme les cimenteries ou les aciéries), elles sont capables d'évoluer. Il cite l'exemple de ces mêmes industries qui remplacent des fours à gaz par des fours électriques pour réduire leur impact. L'essentiel est d'être en mouvement, d'évoluer dans le bon sens.
Pour Laurent Vauglaire, une entreprise qui n'évolue pas est condamnée. Il considère que le mouvement doit être permanent, car l'industrie est en constante évolution. L'important est d'être précurseur, de tester, d'innover et d'investir. Le droit à l'erreur fait partie du jeu, mais l'essentiel est d'être en permanence en mouvement.
En projection vers 2035, l'usine idéale et durable en matière d'écologie sera une usine qui a progressé significativement en matière de sobriété, l'étape suivante étant la neutralité. Elle sera neutre en gaz à effet de serre, consommant de l'énergie verte ou produisant sa propre énergie. Elle sera également neutre en déchets, revalorisant tous ses emballages et produits défectueux. L'usine de demain sera celle qui aura significativement progressé par rapport à aujourd'hui, qui continuera d'évoluer, qui aura une réputation locale en tant que précurseur environnemental, mais aussi social. Il souligne que l'aspect social est indissociable et que cela se mesure, par exemple, au nombre de candidatures reçues. Il voit cela comme un bénéfice mutuel : l'entreprise offre un emploi, tout en respectant les valeurs de ses employés et des riverains, construisant ainsi un avenir pour tous.