![[MASTERCLASS 2] Marché carbone : anticiper les évolutions pour bien innover](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2FuQhLB6C-FMI%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[MASTERCLASS 2] Marché carbone : anticiper les évolutions pour bien innover
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L'intervention présente Green Lobby, un cabinet d'affaires publiques fondé il y a sept ans, dédié à la transition écologique et sociale. L'objectif est de rééquilibrer la fabrique de la loi, souvent dominée par une poignée de multinationales, en intégrant les acteurs de l'économie réelle aux niveaux local, national et européen. Les secteurs couverts incluent l'agriculture, l'alimentation, les mobilités énergie-climat, la solidarité et l'économie circulaire.
Le sujet principal est le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), une législation européenne qui vise à transformer une contrainte administrative en avantage compétitif. Cette réglementation est cruciale pour optimiser les chaînes de valeur, sécuriser les marges en répercutant les coûts carbone, et anticiper les démarches administratives pour éviter les sanctions.
Le constat de départ est que les entreprises proposant des solutions décarbonées sont désavantagées car le coût du carbone n'est pas intégré dans le prix de vente. L'Union européenne a identifié ce blocage depuis longtemps, car il compromet la mise en œuvre du Green Deal.
Historiquement, l'UE a mis en place le système d'échange de quotas d'émissions (ETS) il y a 20 ans, fixant un plafond global d'émissions pour les secteurs industriels les plus émetteurs (métallurgie, construction, énergie). Les entreprises reçoivent des quotas qu'elles peuvent échanger sur un marché. Cependant, deux blocages majeurs ont été identifiés : le prix du carbone est resté trop faible en raison de nombreuses négociations et exceptions, et le marché intérieur a subi une concurrence déloyale des producteurs hors UE, entraînant une "fuite de carbone" où les entreprises européennes délocalisent pour rester compétitives.
Le MACF a été créé pour remédier à cela. Il impose aux entreprises européennes de payer le CO2 contenu dans certains produits importés au même prix que les industriels européens. Après une période transitoire de trois ans avec seulement du reporting, le MACF est devenu un mécanisme financier contraignant depuis le 1er janvier 2026.
Six secteurs à forte intensité carbone sont concernés : l'acier, le fer, l'aluminium, le ciment, l'électricité, l'hydrogène et les engrais azotés (ces derniers étant source de débats). Ces secteurs représentent 50% des émissions industrielles et sont les plus sujets à la fuite de carbone.
Quatre changements majeurs sont à prévoir :
1. **Un coût carbone réel avec obligation d'achat de certificats :** Les entreprises devront acheter des certificats équivalents à leurs émissions de carbone, dont le prix sera indexé sur le marché européen ETS. Ce mécanisme vise à rééquilibrer la concurrence en intégrant le coût carbone aux produits importés. Le prix de la tonne de CO2, actuellement autour de 80 euros, devrait augmenter pour être plus dissuasif (entre 150 et 200 euros).
2. **Un contrôle renforcé des émissions des fournisseurs :** Il est impératif de cartographier et de fournir des données précises sur les émissions des fournisseurs, sous peine de se voir appliquer des valeurs par défaut désavantageuses par la Commission. La connaissance de ces données est une pierre angulaire de la stratégie de transformation européenne.
3. **Un suivi administratif structurant :** Les entreprises devront déclarer les volumes importés et les émissions associées aux produits, puis soumettre un rapport annuel. Les déclarations non conformes ou non certifiées entraîneront des amendes significatives, pouvant aller jusqu'à un refus d'accès au marché européen.
4. **Une concurrence rééquilibrée avec la fin progressive des quotas gratuits :** L'Europe vise à devenir un moteur de la décarbonation mondiale en retirant progressivement les quotas gratuits aux industriels européens, alignant ainsi le coût carbone à l'import et au local. Cela doit favoriser la relocalisation et donner un avantage aux entreprises européennes ayant un mix énergétique plus décarboné.
De nouveaux secteurs seront ajoutés au MACF à partir de 2028, notamment 180 produits transformés utilisant intensivement l'aluminium et l'acier. Le lobbying est crucial pour faire entendre la voix des entreprises et influencer l'évolution de la réglementation.
Pour transformer le MACF en avantage compétitif, trois étapes de mise en conformité sont essentielles :
1. **Cartographier son exposition :** Identifier précisément les flux concernés (matières premières, composants importés), segmenter par fournisseurs, pays d'origine et intensité carbone, et estimer les émissions par produit (scope 3) ainsi que le coût potentiel.
2. **Mettre en place un pilotage carbone :** Intégrer le carbone comme variable de gestion (au même titre que le coût, la qualité, les délais) dans les outils d'achat, créer un prix interne du carbone et ajouter des critères carbone dans le sourcing et les appels d'offres.
3. **Mettre en œuvre son reporting et sa gestion de données :** Établir un système MRV (Mesures, Reporting, Vérification) avec audits des émissions fournisseurs et digitalisation des données carbone, pour éviter les surcoûts liés aux données par défaut.
Une fois la conformité assurée, il est possible d'optimiser et de créer un avantage :
* **Optimiser la chaîne d'approvisionnement :** Privilégier le sourcing bas carbone, notamment auprès de fournisseurs européens, et envisager la relocalisation partielle (nearshoring). Développer le multi-sourcing pour réduire la dépendance aux pays fortement carbonés et renégocier les contrats avec les fournisseurs pour intégrer des clauses de reporting carbone obligatoires.
* **Décarboner les intrants critiques :** Privilégier les matériaux recyclés et bas carbone (acier électrique, aluminium bas carbone, ciments alternatifs). Co-investir avec les fournisseurs dans la décarbonation et signer des contrats long terme (PPA carbone, Grid Supply Agreement).
* **Adapter les prix et les marges :** Anticiper l'intégration du coût carbone dans les grilles tarifaires et communiquer de manière pédagogique aux clients. Développer un pricing différencié selon l'impact carbone pour se positionner sur un marché premium.
* **Construire un avantage compétitif :** Se positionner sur les produits bas carbone, communiquer sur une empreinte carbone maîtrisée pour renforcer l'image de marque et inspirer les institutions. Participer aux appels d'offres en proposant des solutions moins carbonées et faire entendre sa voix pour réformer la commande publique et la fiscalité.
En conclusion, il est crucial de prendre les devants. Les négociations sur la mise en œuvre du MACF sont encore ouvertes, et la voix des PME et ETI est essentielle. Les gagnants seront les producteurs industriels européens, les entreprises déjà décarbonées et les fournisseurs transparents. Les perdants seront les importateurs dépendants de l'extérieur de l'UE, les producteurs carbonés et les entreprises sans maîtrise de leur chaîne d'approvisionnement.
Un plaidoyer pour renforcer l'avantage comparatif passe par le rapprochement avec les alliances et les fédérations pour interpeller les décideurs européens et nationaux. Il est également important d'identifier les priorités des régions pour capter des fonds et des aides. Des tensions commerciales internationales sont à prévoir, mais une action structurée des PME et ETI peut conduire à la relocalisation d'emplois et à une économie plus vertueuse.
Concernant l'évolution du coût du carbone, il sera encadré par la Commission européenne qui l'augmentera artificiellement chaque année, en se basant sur le marché ETS. Bien que des lobbys tentent de freiner l'application, le système est déjà en place depuis 20 ans, ce qui donne une légitimité à l'UE pour le renforcer. L'approche recommandée est le "lobbying anglo-saxon", qui consiste à comprendre la direction des institutions et à proposer les meilleures manières d'y parvenir, plutôt que de s'y opposer frontalement.
Sur la question des pénalités, il n'y a pas encore de cas concrets mis en œuvre, mais l'Europe est déterminée à faire respecter la réglementation. Les données carbone peuvent être réutilisées si elles sont certifiées par un organisme indépendant. Le MACF est perçu comme une opportunité de repenser son activité et d'anticiper les besoins futurs, transformant ainsi une contrainte en avantage stratégique.