
"Sam Altman, c'est Staline sous GLP-1" — Anthropic kill ses investisseurs, Elon vs OpenAI
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L'épisode de "Sans Permission" marque le retour de l'émission après plusieurs mois, avec la participation de deux nouveaux invités, Brivael, cofondateur d'Argil, et JB, fondateur d'Evabot et de Full Vision, aux côtés d'Ousama et de l'hôte.
Brivael présente Argil, une entreprise fondée il y a trois ans, qui a pivoté vers le domaine de la vidéo il y a deux ans. Après avoir commencé par un modèle d'avatar vidéo qui leur a permis d'intégrer Y Combinator et de lever 5 millions, leur mission est désormais de permettre à l'humanité de générer des vidéos aussi facilement qu'un tweet, pour du storytelling long format, voire des films. Brivael est également très actif sur X (anciennement Twitter), ayant gagné 108 000 abonnés en quatre mois, dont Elon Musk et Javier Milei.
JB explique qu'Evabot, lancé il y a cinq ans, est un outil d'aide à la prospection commerciale, générant des listes d'emails depuis LinkedIn Sales Navigator. Le succès de l'entreprise, atteignant 2 millions d'AR (revenu annuel récurrent) avec seulement deux personnes, était notable à l'époque. Ce business étant désormais largement délégué, JB lance Full Vision, un outil pour les SaaS B2B et les infopreneurs avec des tunnels de vente en libre-service. Full Vision utilise des agents IA pour suivre le parcours client, identifier les fuites et recommander des actions pour améliorer l'acquisition et la conversion. À terme, les agents IA devraient pouvoir exécuter ces actions directement, créant une boucle fermée d'analyse, décision et action pour une amélioration autonome des tunnels de vente. Une bêta privée de 50 places est actuellement ouverte.
Ousama partage son activité de "favorite cofounder", aidant cinq équipes à construire des entreprises ambitieuses. Il vient de lancer le dernier projet de son studio, un outil réinventant Zoom, créé par une équipe de 19 ans en seulement 8 semaines. Ousama souligne deux difficultés majeures pour les créateurs d'entreprises aujourd'hui : l'importance croissante de l'idée initiale (car la réalisation est presque immédiate avec l'IA) et la nécessité d'avoir quelqu'un qui maîtrise la multitude d'outils disponibles pour guider les équipes.
L'outil qui réinvente Zoom, nommé Commit, se distingue par plusieurs aspects. Contrairement à Zoom, la vidéo n'occupe pas tout l'écran ; l'espace de travail est dynamique, permettant d'accrocher des fenêtres web, des vidéos, des documents ou des Google Docs à un "tableau". Les réunions sont persistantes, comme une "war room" dédiée à un sujet, où tout le matériel pertinent est déjà présent. De plus, une IA nommée Chelle (voix de Jarvis) transcrit les discussions, identifie les actions à entreprendre et les transforme en tâches suivables, pouvant être intégrées à des outils comme Asana. Chelle peut également fournir des informations en temps réel en se connectant à des bases de données. Ce concept est présenté comme une expérience native d'IA, repensant l'interface de zéro.
Brivael rebondit sur cette idée en évoquant le "just in time software", où les workflows s'adaptent à l'utilisateur, rendant les interfaces intuitives pour tous, indépendamment de leur expertise. Il estime que les entreprises qui ne sont pas "tech" seront dépassées par l'IA, qui rendra les interfaces extrêmement agréables et "fun". JB est d'accord, soulignant que le rôle de l'utilisateur devrait se limiter à exprimer un désir, l'IA se chargeant du reste.
Ousama ajoute que les applications futures devront être conçues pour collecter les "traces de décision" des utilisateurs, car c'est là que réside la valeur. L'IA gérera 95% des tâches, laissant à l'utilisateur le choix et le "taste" (goût). Les erreurs de l'IA et les corrections des utilisateurs serviront à réentraîner les modèles, créant une "défensabilité" pour l'entreprise.
Antoine, l'hôte, explique travailler sur l'implémentation de systèmes d'exploitation IA pour des entreprises de coaching et de conseil, avec l'intention d'élargir au B2B. Il s'interroge sur la pertinence de continuer dans le B2C, qu'il trouve difficile pour maintenir un taux de réussite élevé.
Ousama conseille de se tourner vers le B2B, jugeant le B2C trop complexe et les consommateurs "gâtés". Il évoque la tendance d'Elon Musk à rendre des services payants sur X, suggérant un retour à la valorisation des créations. Brivael pense que les modèles d'IA vont prendre en charge tous les cas d'usage B2C ne nécessitant pas une connaissance approfondie de l'utilisateur. Il estime que l'avantage des entreprises résidera dans les "données propriétaires", plus difficiles à obtenir dans certains cas d'usage B2B que dans le B2C.
Brivael développe sa thèse selon laquelle les modèles d'IA généralistes comme Claude ne tueront pas les "category players" spécialisés. Il compare Claude à un restaurant qui propose de tout (pizzas, sushis) mais de manière "average", tandis que les entreprises spécialisées avec une connaissance approfondie de leur domaine et une forte capacité d'exécution créeront des produits supérieurs. Il cite l'exemple de Figma, qui, malgré l'arrivée de l'IA, pourrait créer un "Figma IA" en tirant parti de ses 10 ans d'expérience. Brivael insiste sur la complexité de construire des agents IA efficaces, nécessitant une infrastructure robuste, des systèmes d'évaluation et de renforcement, et une maîtrise des interfaces "just in time".
Ousama exprime son incertitude, reconnaissant la difficulté de suivre les évolutions rapides de l'IA. Il encourage l'expérimentation et la rapidité, même si cela implique de jeter des projets. Il propose trois hypothèses fondamentales : croire à l'amélioration constante de l'IA, "mettre les mains dans le cambouis" pour tester les outils, et s'amuser. Il estime que l'IA est un antidote à la "chamanerie" (ceux qui s'approprient le savoir pour le pouvoir) et que la capacité à rendre les choses intéressantes et amusantes sera la clé de la monétisation future.
Le "taste" (goût) et "l'agency" (capacité d'action) sont des concepts clés pour survivre à l'ère post-IA. Brivael pense que le goût est lié à la créativité et à la capacité de savoir ce qui fonctionne. Il compare l'incapacité des chercheurs en IA à prédire l'avenir de leur propre discipline à l'incapacité des experts à prédire leur domaine. Il suggère que le "taste" est le choix conscient, ce qui distingue l'intelligence humaine.
Ousama ajoute la notion de "détruire son identité" et son ego, et de "produire du déchet" (expérimenter sans peur de l'échec). Il affirme que la francophonie possède un avantage culturel en matière de goût, mais une faiblesse en termes d'ego. Il propose une méthode pour enseigner le goût, basée sur la compréhension des mécanismes de rareté et de domination, et la curation explicite d'un "camp" esthétique via des moodboards et des retours itératifs.
La discussion s'oriente ensuite vers la politique et la souveraineté européenne face aux États-Unis. Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, a alerté l'Assemblée nationale sur le risque de vassalisation de l'Europe. Ousama et Brivael estiment que l'Europe est déjà une "colonie vassale" des États-Unis depuis des décennies et qu'il serait plus pertinent de chercher des alignements d'intérêts plutôt que de tenter de rivaliser. Ils critiquent l'approche européenne de vouloir "rattraper" les États-Unis en IA, la jugeant impossible étant donné l'ampleur des investissements américains. Brivael souligne que la construction d'infrastructures IA en Europe, comme les data centers, est dérisoire face à des acteurs comme Elon Musk qui envisage des data centers dans l'espace.
Ousama évoque la stratégie des Émirats Arabes Unis, qui ont réussi à s'aligner stratégiquement avec les États-Unis tout en maintenant un dialogue ouvert avec d'autres puissances, et en développant des infrastructures propres. Il admire la vision des dirigeants émiriens, qui ont fixé l'objectif que 50% de leur économie soit "agentique", contrastant avec le manque de vision et l'ego des élites politiques européennes.
La conversation aborde ensuite la "bataille des interfaces" et la commoditisation potentielle des modèles d'IA. Brivael pense que la valeur se déplacera vers les abstractions au-dessus des modèles, comme l'ont fait les services cloud au-dessus du compute. Il cite l'analogie de Shaman Palihapitiya : ceux qui ont inventé le réfrigérateur n'ont pas capté la valeur, mais ceux qui ont inventé Coca-Cola l'ont fait.
Concernant les IPO de SpaceX, OpenAI et Anthropic prévues en juin, JB exprime son incertitude. Ousama révèle qu'Anthropic a annulé des investissements via des SPV (Special Purpose Vehicles) non autorisés, dans un mouvement agressif visant à contrôler la valorisation de l'entreprise sur le marché secondaire, jugée artificiellement élevée. Cette décision, prise juste avant l'IPO, est perçue comme risquée et sans précédent.
Brivael et Ousama analysent la situation d'OpenAI et Anthropic, suggérant que leur agressivité pourrait être liée à l'absence de business model clair. Brivael critique le discours de Dario Amodei (Anthropic) sur la destruction des emplois d'ingénieurs, qu'il juge nécessaire pour lever des fonds, mais contredit par la demande croissante d'ingénieurs qualifiés. Il estime que le modèle d'OpenAI et Anthropic est fragile et pourrait connaître le même sort que Stability AI, qui a mal géré ses coûts de compute. Ousama conseille de lever un maximum de fonds maintenant, car le marché de l'IA est volatile et l'appétit des investisseurs pourrait disparaître rapidement. Il souligne que le risque ne diminue pas avec la valorisation dans cette nouvelle économie.
Ousama pense qu'Elon Musk est un "entrepreneur civilisationnel", décorrélé des logiques de marché traditionnelles. Il évoque la vision multiplanétaire de Musk, son désir de liberté d'expression et de colonisation du cosmos, contrastant avec le "néocommunisme" et les systèmes de contrôle que Sam Altman (OpenAI) semble vouloir mettre en place avec des projets comme Worldcoin et le contrôle de l'identité numérique.
La discussion se termine sur le compte X de Brivael, qui a attiré l'attention d'Elon Musk et Javier Milei. Brivael explique que son succès vient de l'utilisation de l'IA comme un amplificateur de ses idées, qu'il exprime sous forme de vocaux de 30 secondes à une minute, combinés à des captures d'écran. Son approche est de revenir à la simplicité et à l'authenticité, en se servant de l'IA pour "décompresser" ses pensées. Il est obsédé par la compréhension des fondateurs à succès comme Elon Musk et Steve Jobs, et cherche à "jouer le jeu de l'entrepreneuriat" en comprenant les meilleurs. Son succès n'est pas dû à une stratégie de ciblage spécifique d'Elon, mais à un alignement philosophique profond. Ousama confirme que Brivael n'a jamais caché l'utilisation de l'IA, ce qui est un "master move" dans un monde où beaucoup tentent de masquer son usage.