
Bitcoin est-il encore un actif anti-système ? - Allo La Martingale #58
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Dans cet épisode de "O'Martingale", la question centrale abordée est de savoir si le Bitcoin est devenu un placement comme les autres, normalisé par son accessibilité via les ETF et les institutionnels, ou s'il conserve son caractère atypique d'actif sans émetteur, sans rendement, et utile en temps de crise de confiance.
Alexandre Stachenko, directeur stratégique chez Bitstack, et Grégory Raymond, cofondateur de The Big Whale, partagent leurs parcours de découverte du Bitcoin. Alexandre a découvert le sujet en 2015 à travers les moyens de paiement innovants, remontant ensuite vers Ethereum et Bitcoin. Grégory, lui, l'a découvert en 2013-2014 lors de la crise chypriote, le Bitcoin étant présenté comme une protection de l'épargne, mais sa véritable immersion professionnelle date de 2017, lors du bull run grand public. Tous deux soulignent la difficulté d'accès à l'achat de Bitcoin dans les premières années, contrastant avec la facilité actuelle.
Concernant la "mainstreamisation" du Bitcoin, Grégory estime que c'est à la fois oui et non. Oui, car sa volatilité a considérablement baissé (38% sur 7 mois, moins que Nvidia ou la plupart des grandes entreprises du S&P 500), le rendant moins "sportif" qu'auparavant, et son accessibilité est devenue quasi parfaite. Non, car il conserve une nature incomparable dans un portefeuille, étant à la fois une action technologique, une monnaie et un protocole.
Alexandre distingue clairement Bitcoin des autres cryptomonnaies. Il affirme que les autres cryptos restent des actifs très risqués, de la "dopamine", avec une forte probabilité de s'effondrer à zéro. Pour Bitcoin, il avance trois messages : il faut le distinguer des autres cryptos, il s'est banalisé factuellement (plus de détenteurs en France que d'actionnaires), et sa place dans un portefeuille reste atypique. Il cite le rapport de BlackRock, "Bitcoin: un diversificateur unique", qui soutient que l'ajout de Bitcoin rend un portefeuille moins risqué grâce à sa diversification et à son comportement décorrélé des autres actifs. Il conclut que ne pas avoir de Bitcoin dans son portefeuille est désormais risqué.
Les ETF sont vus comme une validation, mais aussi potentiellement une capture du système. Grégory souligne que plus d'un million de Bitcoins sont détenus par des ETF, une part substantielle sur les 21 millions prévus. Pour lui, ce n'est ni une surprise ni une défaite, car la proposition de valeur de Bitcoin réside dans son incensurabilité et sa neutralité, permettant à tous, y compris aux ennemis, de l'utiliser. Il s'inquiète cependant de la "capture réglementaire" qui pourrait rendre l'accès difficile, notamment en Europe, qui est en pointe dans la lutte contre l'autoconservation.
Sur la volatilité, Grégory trouve positif que le Bitcoin soit moins volatile, le rendant moins "casino" et plus crédible pour les investisseurs, contrairement à la réputation passée. Il critique les déclarations comme celles de Bruno Le Maire qui sous-estimaient le risque à "perdre trois fois sa mise", qualifiant cela de mésinformation.
L'accessibilité via les banques traditionnelles, comme BPCE, est une évolution majeure. Bien que les frais (abonnement et transaction) soient plus élevés que sur les plateformes spécialisées, cela rassure les clients en restant dans un environnement bancaire familier. L'agrément MiCA renforce la sécurité et la conformité des plateformes opérant en Europe, bien que le timing de sa mise en place ait pénalisé la compétitivité européenne face aux acteurs américains.
Concernant le mystère Satoshi Nakamoto, les deux invités s'accordent sur le fait que son anonymat est un atout majeur pour Bitcoin, le rendant incensurable et empêchant toute tentative de le déstabiliser en associant une personne à des motivations particulières. Alex a d'ailleurs réalisé une vidéo sur ce sujet, soulignant l'importance de cet anonymat pour la proposition de valeur de Bitcoin. Grégory, tout en reconnaissant l'idéalisme de certaines pistes comme Adam Back ou Hal Finney, pense que le mystère doit perdurer pour protéger le projet.
Sur les entreprises qui détiennent du Bitcoin, MicroStrategy se porte très bien, négociant avec une prime. TBSO, en revanche, aurait lancé sa stratégie trop tard et dans un marché plus encombré.
Pour le second semestre 2026, les facteurs déterminants seront l'institutionnalisation, la géopolitique et la macroéconomie, notamment les taux. Alex pense que Bitcoin jouera son rôle de protection contre la dilution monétaire, profitant d'une potentielle hausse de l'inflation et d'une baisse des taux. Grégory est d'accord, soulignant que la performance de Bitcoin est liée à une économie mondiale moins stable. Il met en avant la corrélation du Bitcoin avec l'environnement géopolitique.
La question de l'or comme alternative est abordée. Si l'or est un actif refuge traditionnel, le Bitcoin, bien que plus jeune et donc potentiellement plus risqué, offre une dynamique technologique supplémentaire et une proposition de valeur d'or numérique.
L'utilité du Bitcoin dans les paiements quotidiens est débattue. En France, la fiscalité punitive sur l'usage comme moyen de paiement le rend peu attractif. Cependant, à l'échelle mondiale, la valeur des transactions Bitcoin dépasse celle de Visa, notamment pour les transferts internationaux à gros montants, où il est déjà compétitif. Dans les pays où la monnaie locale est instable (Argentine, Liban, Venezuela), le Bitcoin devient vital, agissant comme une bouée de sauvetage. La Grèce, avec le plus de distributeurs Bitcoin en Europe, illustre cette tendance post-crise bancaire.
Pour ceux qui n'ont pas confiance dans les cryptos, il est conseillé de commencer par Bitcoin, en s'éduquant sur sa proposition de valeur et son historique. Les autres cryptos, comme Dogecoin ou Ethereum, sont considérées comme beaucoup plus risquées et spéculatives.
Les stablecoins sont vus comme un outil industriel pour les banques, permettant des transferts rapides et peu coûteux, mais posent des questions de souveraineté, d'où l'importance de développer des stablecoins en euros. Ils offrent aussi des rendements intéressants pour les investisseurs, mais restent centralisés et donc censurables, contrairement au Bitcoin.
Enfin, sur les risques futurs, les invités écartent l'idée que Bitcoin tombe à zéro, compte tenu de sa décentralisation. Les menaces potentielles viendraient d'un bug généralisé ou d'une criminalisation massive. Cependant, la tendance de fond est à la dépréciation des monnaies fiduciaires, ce qui, couplé à la proposition de valeur du Bitcoin et à son adoption croissante, rend un objectif de 1 million de dollars par Bitcoin plausible à terme. Le conseil principal reste d'investir ce que l'on peut se permettre de perdre, de ne jamais être forcé de vendre, et de privilégier une stratégie d'achat récurrent (DCA) plutôt que le trading.