
10 jours dans les dernières zones vierges de la planète
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Le narrateur nous invite à imaginer un endroit sans habitants, préservé de toute perturbation humaine, où la vie marine et aviaire prospère. Cet endroit existe et est appelé zone pristine. Le narrateur nous emmène dans l'une de ces zones pour un nouvel épisode des "Explorations de Flow", où il suit une mission scientifique dans une réserve totalement interdite au public, si isolée qu'il faut plus de quatre jours pour s'y rendre.
Le voyage débute à Paris, avec une étape à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, après 16 000 km et 23 heures de vol. Le narrateur réalise un rêve d'enfant, celui de devenir zoologue et d'étudier les animaux, une passion nourrie par des figures comme Dian Fossey et des visites d'animaleries et de musées. C'est ainsi qu'il a développé un intérêt pour l'exploration, qui est revenu plus tard de manière indirecte via son métier de journaliste.
À Nouméa, il embarque avec les équipes du WWF et du Parc Naturel pour la deuxième étape du voyage, qui durera entre deux et deux jours et demi. Leur destination est les récifs d'Entrecasteaux, situés à 650 km, qui font partie du Parc Naturel de la Mer de Corail. Cette aire marine protégée de 1,3 million de km², soit deux fois la taille de l'Hexagone, est l'une des plus grandes au monde et la deuxième de France.
La zone d'Entrecasteaux est une réserve intégrale, le plus haut niveau de protection en France, où la pêche, le tourisme et toute activité économique sont interdits. L'accès y est strictement réglementé. Les agents du parc surveillent le trafic maritime à distance, et la Marine nationale peut intervenir en cas d'infraction, avec des amendes allant jusqu'à 42 000 € pour une personne physique et 167 000 € pour une personne morale, sans compter les peines de prison en cas de braconnage. Ces mesures ont permis de réduire drastiquement la pêche illégale, la dernière affaire sérieuse datant de 2017 avec des navires vietnamiens.
À bord du bateau, le narrateur partage une petite cabine spartiate et se prépare pour les deux jours de navigation. Il travaille avec Salomé sur le projet "Mégaphone", qui comprend quatre volets : oiseaux marins, requins, mammifères marins et tortues marines. Le volet sur les tortues est particulièrement étudié dans le Parc de la Mer de Corail. Ces espèces sont des prédateurs supérieurs, jouant un rôle crucial dans l'écosystème, et leur protection sert de "parapluie" pour de nombreux autres aspects des écosystèmes.
Le lendemain, l'équipe prépare le matériel pour les comptages de tortues. Ils vont compter les traces de montées et de descentes des tortues pour estimer la fréquentation des plages. La mer a un effet particulier sur le temps, le faisant filer et ralentir à la fois. Les moments de turbulence sont difficiles, mais ne durent jamais éternellement.
L'équipe pénètre dans les eaux de la réserve intégrale. Ils se dirigent vers les îlots Fabre et Le Leizour, séparés par une passe, et l'îlot Huon, site principal de ponte des tortues vertes. Pour un conservationniste, l'opportunité de travailler dans ces îlots est rare. Un membre de l'équipe, Hubert, est déjà venu il y a 24 ans pour compter les oiseaux et espère revoir certains des mêmes individus, car ces oiseaux vivent plusieurs décennies. Il décrit le chant des puffins du Pacifique, qui ressemble à des pleurs de bébé, créant l'impression d'une "énorme maternité" dans les colonies.
Avant de débarquer, un briefing sur la biosécurité est organisé pour éviter tout impact sur les écosystèmes. La zone est classée UNESCO et est passée en réserve intégrale en 2024. Des précautions extrêmes sont prises, comme le lavage des vêtements et des chaussures avec un mélange de vinaigre et de virkon (un antifongique) pour prévenir la propagation de la grippe aviaire.
En arrivant sur l'îlot, des centaines, voire des milliers d'oiseaux tournoient dans le ciel. La première tâche est d'effacer les traces fraîches de tortues pour pouvoir comptabiliser les nouvelles montées le lendemain matin. Ils rencontrent un bébé fou masqué, très juvénile, qui attend ses parents pour être nourri, montrant la résilience de ces oiseaux.
La première mission consiste à récupérer des thermomètres appelés "tiny tags", déployés pour mesurer la température moyenne du sable pendant la saison de ponte. Ces données sont cruciales car la température du sable détermine le sexe des bébés tortues : plus frais pour les mâles, plus chaud pour les femelles. Le changement climatique entraîne une "féminisation" des populations de tortues dans de nombreux sites de ponte, ce qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la démographie des tortues.
Plus tard, ils observent une mère fou masqué régurgitant de la nourriture pour son petit sur la plage, indifférente à la présence humaine.
À la fin de la première journée, l'équipe n'a pas trouvé tous les thermomètres et doit retourner au bateau à cause de la nuit tombante. Le lendemain, ils se rendent sur l'îlot Huon, après cinq heures de navigation, pour observer les oiseaux avec Hubert du WWF et Maë du Parc de la Mer de Corail. La population d'oiseaux marins ici est exceptionnelle, contrastant avec le déclin mondial de 70% depuis 1950 dû aux pollutions, à l'occupation des côtes et à la surexploitation des poissons. Le Parc de la Mer de Corail abrite environ 2,5 millions d'oiseaux marins, dont 700 000 couples nicheurs par an.
Hubert, écologue, explique que les oiseaux marins, par leurs déjections (le guano), apportent des nutriments essentiels aux coraux, contribuant ainsi à leur bonne santé. C'est une boucle écologique où l'oiseau, prédateur du poisson, est aussi nourricier.
Sur la plage, le narrateur filme des crabes fantômes, de gros prédateurs pour les tortillons. Il assiste à une scène de prédation où un crabe attaque un tortillon. Malgré l'envie d'intervenir, la règle est de ne pas perturber l'équilibre naturel. Ces scènes, bien que cruelles, sont essentielles pour le maintien de l'écosystème. Les crabes nettoient les îlots et font partie de la chaîne alimentaire. Leur présence est même un signe de bonne santé des plages.
Le soir, l'équipe se rend sur l'îlot Huon, le plus grand de la zone, connu pour le plus grand nombre de pontes de tortues. Ils travaillent de nuit pour repérer les émergences de tortillons. La lumière rouge est utilisée car elle est moins dérangeante pour les tortues que la lumière blanche. Les tortues sont très sensibles à la lumière, qui peut les désorienter.
Ils découvrent un nid de tortues dont les œufs ont été prédatés par des crabes. Ils vérifient s'il reste des bébés tortues coincés. L'îlot Huon accueille des dizaines de milliers de pontes chaque saison, ce qui en fait l'un des plus grands sites de ponte de tortues vertes au monde.
Le narrateur est témoin d'une émergence massive d'une cinquantaine de bébés tortues qui se dirigent vers la mer. Ces écosystèmes sont qualifiés de pristins ou quasi-pristins, dans un état de naturalité originelle. Ce site, autrefois "parmi beaucoup d'autres", est devenu exceptionnel en raison de la rareté des lieux préservés de la pression humaine.
Le lendemain, sous le bateau, un banc de jeunes calamars, source de nourriture pour les oiseaux, est observé. Un incident survient : le filtre de la caméra tombe à 15 mètres de profondeur. Le capitaine, un excellent plongeur en apnée, le récupère.
Le narrateur se livre à une plongée en apnée pour explorer le lagon de Nouvelle-Calédonie, le plus grand lagon continu du monde (24 000 km²), classé UNESCO, et abritant la deuxième plus grande barrière récifale du monde (plus de 1600 km). Il est émerveillé par la densité et la diversité de la vie marine, notamment les alevins, les poissons-perroquets, les poissons-cochers, les barracudas, les carangues et les requins. Il découvre même une raie pastenague.
Ces récifs, bien que non les plus impressionnants en termes de formations coralliennes, sont des nurseries vitales. Alexis Rosenfeld, un photographe sous-marin, avait décrit une plongée dans la réserve intégrale comme une expérience "préhistorique". Le narrateur souligne que seulement 1,5% des récifs coralliens mondiaux sont encore vierges, et la Nouvelle-Calédonie en abrite un tiers. Le récif de Pétrie, par exemple, est le plus fertile de la planète.
Les scientifiques de l'IRD étudient les effets du réchauffement climatique, surveillant les épisodes de blanchissement corallien. Entre 70 et 90% des récifs coralliens mondiaux sont menacés à 1,5°C de réchauffement.
Une tortue marine est observée en pleine ponte. Elle peut pondre 80 à 120 œufs en moyenne, qui écloront deux mois plus tard. La femelle stocke le sperme de différents mâles. C'est peut-être sa dernière ponte de la saison avant de migrer vers sa zone d'alimentation, qui peut être en Nouvelle-Calédonie, sur la côte est australienne, ou même à Fidji. L'équipe mesure sa carapace et photographie son visage pour l'identifier si elle revient pondre les années suivantes, ce qui permet de suivre sa croissance et sa fidélité au site. La tortue recouvre son nid avec ses pattes arrières, un processus délicat avant de retourner à la mer.
Les conditions météorologiques se dégradent avec de la pluie incessante, ce qui ralentit les opérations de récupération des thermomètres et des caméras pièges. Ces caméras prennent des photos toutes les deux minutes la nuit pour estimer le nombre de tortues qui viennent pondre, et l'intelligence artificielle sera utilisée pour analyser ces nombreuses données. Un opérateur de drone, travaillant sur l'évolution du trait de côte due au réchauffement climatique, espère une éclaircie pour pouvoir décoller.
Le narrateur, initialement inquiet de s'ennuyer, se retrouve captivé par la richesse de la nature. Il redevient l'enfant de huit ans fasciné par la vie. Il observe des crabes ermites et des squelettes de bébés tortues, participant à l'étude des taux de survie et d'éclosion des nids. L'odeur des nids non éclos est "terrible", mais la curiosité scientifique l'emporte. L'analyse des thermomètres permettra de comprendre les causes de la mortalité des embryons, notamment les températures élevées.
Une nouvelle émergence de tortillons est découverte, mais malheureusement, elle est soumise à une prédation intense par des crabes, des requins pointe noire et des sternes. Le taux de survie des bébés tortues est très faible, environ un sur mille atteignant l'âge adulte.
Le narrateur rejoint ensuite les équipes de l'université de Nouvelle-Calédonie qui étudient l'érosion côtière. Malgré leur préservation, ces îlots sont affectés par le réchauffement climatique. L'élévation du niveau de la mer en Calédonie est de 2,5 cm depuis 1955, mais les projections indiquent 80 cm à 1 mètre d'ici 2100. Des drones sont utilisés pour cartographier les îlots en 3D avec une résolution de 2 cm par pixel, permettant de comparer l'évolution du trait de côte au fil du temps.
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