
2039 : le pire scénario pour Bitcoin
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Le 3 janvier 2039, Bitcoin aurait dû fêter ses 30 ans. Le réseau tourne toujours, les blocs continuent de tomber toutes les 10 minutes, mais un Bitcoin vaut 90% de moins qu'aujourd'hui. Cette vidéo, écrite en avance, est un "prémortem", une méthode de gestion du risque où l'on imagine l'échec d'un projet pour en analyser les causes. La question sous-jacente est de savoir si nous ne nous croyons pas trop intelligents par rapport au marché, en étant convaincus que Bitcoin atteindra des millions de dollars, alors qu'il est actuellement à environ 83 000 dollars.
Beaucoup voient Bitcoin à des centaines de milliers, voire des millions de dollars, portés par l'adoption, les ETF, l'accumulation par des entreprises et des États. Pourtant, le marché affiche un prix bien inférieur. Si l'on projette un million de dollars dans 10 ans, cela représente une performance annuelle de 28%, près de trois fois la moyenne des actions américaines. Si c'était une certitude, ce serait le meilleur placement de la planète. En actualisant un million de dollars dans 10 ans à un taux de 10% par an (proche de la performance des actions américaines sur le long terme), cela vaudrait environ 385 000 dollars aujourd'hui. Le marché, lui, le paie 83 000 dollars, soit 78% de moins. Cela suggère que le marché intègre un doute important quant à cette certitude. Ces 78% représentent la prime que le marché paie pour le risque.
Le risque n'est pas constant. En 2013, un Bitcoin valait 13 dollars. Le risque était immense : Mount Gox (70% des échanges) s'est effondré en 2014, un bug protocolaire a provoqué un fork accidentel en 2013, le flou juridique était total et le budget de sécurité minuscule. Les premiers acheteurs n'ont pas été rémunérés pour avoir eu raison, mais pour avoir pris un risque que personne ne voulait. Aujourd'hui, l'émission de nouveaux Bitcoins représente 37 millions de dollars par jour (contre 47 000 dollars en 2013), il y a des ETF, des dépositaires régulés, et le réseau a encaissé 17 ans d'attaques et de bugs. À mesure que les risques diminuent, la prime d'adoption fond et le rendement de Bitcoin tend à se rapprocher des 10%. Il n'y a pas de placement bon marché et sans risque.
De quoi Bitcoin pourrait-il mourir aujourd'hui ? Les suspects habituels sont l'ordinateur quantique, qui pourrait retrouver les clés privées. Des solutions existent déjà, et le vrai débat concerne les Bitcoins non migrés vers des wallets sécurisés. C'est une blessure possible, mais pas la mort. Un risque nommé est un risque qui commence à être neutralisé. L'IA, capable de trouver des failles, est une autre crainte. Cependant, l'IA travaille dans les deux sens (attaquants et défenseurs), et Bitcoin représente l'une des plus grandes primes de l'histoire pour un programme informatique (1700 milliards de dollars), ce qui assure un stress-test constant par les esprits les plus brillants. De plus, des acteurs majeurs comme BlackRock ou MicroStrategy ont des milliards de raisons de financer sa défense.
La vraie menace pourrait être une attaque "Goldfinger" : un État qui ne cherche pas à voler des BTC mais à le détruire en contrôlant la majorité de sa puissance de calcul. C'est possible, mais exige une mobilisation et une coordination immenses. Plus Bitcoin prend de l'importance, plus son prix et son adoption augmentent, et plus il devient coûteux à attaquer.
Un autre scénario est qu'un "meilleur Bitcoin" soit créé. Cependant, en matière de monnaie, il ne peut y avoir qu'un seul point de Schelling. Créer un autre Bitcoin ne change pas magiquement celui que les gens utilisent déjà (ex: Bitcoin Cash).
L'interdiction est souvent évoquée. Historiquement, cela ne fonctionne pas (ex: interdiction de l'or en 1933). Bitcoin est une industrie entière ; un pays qui l'interdit l'exporte, offrant capitaux, emplois et puissance de calcul à ses voisins. Une interdiction mondiale nécessiterait la coopération de près de 200 États, chacun ayant intérêt à agir seul.
La disparition de l'électricité est un scénario extrême. Il faudrait un blackout total et permanent partout dans le monde. Dès que l'électricité revient, Bitcoin se remet à fonctionner. Tant que des gens ont besoin de Bitcoin, il y aura des développeurs, des mineurs et des nœuds pour le maintenir.
Le vrai point de rupture serait le jour où plus personne n'en aurait besoin. Bitcoin répond à un besoin ancien : conserver le fruit de son travail et l'échanger sans confiance en l'émetteur de la monnaie. Si ce besoin disparaît, la demande recule, le prix chute, les mineurs ne sont plus rémunérés, la puissance du réseau diminue, et il devient plus facile à attaquer.
Comment un besoin aussi ancien pourrait-il disparaître ? Deux chemins sont possibles :
1. L'abondance : Une IA rendant la rareté et la double coïncidence des besoins obsolètes. Dans ce scénario, Bitcoin pourrait d'abord s'envoler car l'IA l'utiliserait pour accélérer les transactions, avant de chuter quand l'IA passerait à l'utilisation de la puissance de calcul comme monnaie d'échange, dans un monde où la rareté a été vaincue.
2. L'orthodoxie monétaire : Des banques centrales durablement orthodoxes, des États maîtrisant leurs déficits, une monnaie qui conserve son pouvoir d'achat et un environnement respectant la propriété privée. Si toutes les banques centrales du monde adoptaient la rigueur de la Banque Nationale Suisse et la rigueur budgétaire des Cantons Suisses, le besoin de Bitcoin s'affaiblirait. Ce scénario est techniquement le plus accessible.
L'histoire nous offre un précédent : après les hyperinflations des années 1920, la sortie de l'inflation s'est accompagnée d'un changement des règles du jeu, avec une banque centrale tenue de refuser le financement de l'État et une refonte des finances publiques. Aux États-Unis, de 1979 à 2001, Paul Volcker a cassé l'inflation en augmentant les taux, et le budget a connu des excédents. Pendant cette période, l'or a perdu 70% de sa valeur entre 1980 et 1999. Des banques centrales ont même vendu leurs réserves d'or, le jugeant inutile. L'épargnant en monnaie bien tenue a connu 20 ans de prospérité.
Cependant, cette confiance a ses limites. Les excédents américains ont disparu en 2002, et en 2007, une banque britannique a connu une ruée. L'or n'a retrouvé son sommet de 1980 qu'en 2008. L'orthodoxie monétaire est possible et peut durer une génération, mais c'est aussi au moment où l'assurance semble le plus inutile qu'elle est vendue au plus bas prix.
Aujourd'hui, la Fed a relevé ses taux pour la première fois depuis 2023, affirmant vouloir rétablir la stabilité des prix. Le problème est que la dette fédérale américaine pèse 101% du PIB en 2026 (contre 26% en 1980), rendant chaque hausse de taux plus coûteuse. De plus, dans une économie mondialisée, un seul pays orthodoxe ne suffirait pas ; il faudrait une orthodoxie mondiale pour vraiment nuire à Bitcoin.
Si Bitcoin meurt de cette mort, c'est que les banques centrales tiennent leurs promesses, que les États ont assaini leurs comptes et que la monnaie protège le pouvoir d'achat. L'acte de décès de Bitcoin serait le certificat de guérison du système monétaire. Dans ce monde, le salaire, l'épargne, la retraite, l'immobilier seraient libellés dans une monnaie stable. On perdrait