
SpaceX en bourse : faut-il y aller ?
Audio Summary
AI Summary
L'émission "Allô la Martingale" a accueilli Stanislas Maximin, cofondateur de Latitude, une startup spécialisée dans les mini-lanceurs, et Rolando Grandi, CIO et gérant de fonds chez Itavera, pour discuter de l'introduction en bourse de SpaceX et de l'avenir du secteur spatial.
Rolando Grandi, dont le fonds IAM Space Fund a enregistré des performances impressionnantes (20% depuis janvier, 60% depuis son lancement il y a moins d'un an et demi), est entré sur SpaceX dès son IPO. Il a souligné que l'action a bondi de près de 40% en deux jours, passant de 135 dollars à environ 220 dollars. Il vise un objectif de 1000 dollars l'action d'ici 10 ans, soit une capitalisation boursière de 13 billions de dollars, à condition que SpaceX exécute ses programmes. Il conseille d'investir progressivement (DCA) pour profiter de la volatilité du marché.
Stanislas Maximin a exprimé son enthousiasme, qualifiant SpaceX de l'une des entreprises les plus excitantes des dernières années. Il a noté que les investisseurs n'achètent pas les fondamentaux classiques de l'entreprise, mais plutôt sa vision audacieuse de rendre l'humanité multiplanétaire. L'effet de rareté, avec seulement 5% du flottant disponible sur le marché, a également contribué à la hausse initiale du cours. Il sera intéressant de voir comment le cours évoluera lorsque davantage d'actions seront disponibles après la levée des restrictions pour les employés et les investisseurs.
Rolando a expliqué que l'IPO de SpaceX a été sursouscrite quatre fois, et que les investisseurs institutionnels n'ont reçu qu'une fraction de leurs demandes. Le marché de détail américain, qui représente 30% des investissements, a également été largement sollicité, reflétant la tendance des ménages américains à investir massivement en bourse, dépassant même l'immobilier. Pour Rolando, l'introduction en bourse de SpaceX est un rêve devenu réalité, car elle rend accessible au public le géant incontesté du secteur spatial.
La discussion a ensuite porté sur les activités de SpaceX. Stanislas a souligné que si l'entreprise a débuté avec le lancement, cette activité est désormais l'une des moins génératrices de revenus. Le principal moteur de revenus est Starlink, le service de connectivité internet par satellite, qui est devenu rentable et a doublé son nombre d'abonnés. SpaceX a également signé des contrats de plus d'un milliard de dollars par mois avec des géants de la technologie comme Google et Anthropic pour la location de ses centres de données, notamment son supercalculateur Colossus, qui n'utilise actuellement qu'environ 11% de sa capacité. Cette diversification vers l'IA et les centres de données est un facteur clé de la croissance future de SpaceX.
Rolando a mis en avant le rôle de SpaceX comme un monopole d'accès à l'espace, contrôlant 80% des lancements actuels. Il a souligné que le spatial est en train de devenir une nouvelle industrie économique, avec des applications allant de l'observation de la Terre au tourisme spatial, en passant par la fabrication d'objets en microgravité et l'exploration lunaire et martienne. Il a également évoqué la possibilité d'une fusion entre SpaceX et Tesla, créant un groupe massif capable de fabriquer des millions d'objets par an et de soutenir les besoins de SpaceX en robots et en capacités de fabrication pour des milliers de fusées par mois.
Interrogés sur l'utilité de ces investissements spatiaux face aux problèmes terrestres, Stanislas a distingué la vision finale (coloniser Mars) de la mission actuelle. Il a expliqué que la majorité des objets envoyés dans l'espace servent la planète, notamment pour l'agriculture (amélioration des cultures, augmentation de la productivité de 15%), la surveillance climatique (70% des informations climatiques proviennent des satellites) et les transports (optimisation de l'efficacité, réduction des émissions de CO2). Le tourisme spatial, bien que visible, représente une part minime des activités de SpaceX.
Stanislas a présenté sa startup Latitude, qui développe des mini-lanceurs pour mettre en orbite basse des petits satellites (200-300 kg). Il a comparé sa fusée à une "Dacia Sandero" : fiable et pas chère. Latitude vise une niche de marché que SpaceX ne peut pas servir efficacement, celle des petites constellations de satellites nécessitant des orbites spécifiques. Avec un carnet de commandes déjà bien rempli (contrats avec le CNES, le Fonds Européen de Défense, et une cinquantaine de lancements pré-réservés), Latitude se positionne comme un acteur clé pour la livraison porte-à-porte dans l'espace.
Rolando a élargi la discussion aux autres entreprises spatiales dans lesquelles son fonds investit. Il a mentionné Planet, un opérateur de satellites d'observation de la Terre avec 200 satellites prenant 3 millions de photos par jour, utilisées pour la défense, l'agriculture, la logistique, la déforestation illégale et la pêche illégale. Il a également cité des entreprises développant de nouvelles technologies, comme les satellites qui écoutent la Terre (radiofréquences) et les satellites capables de voir à travers les nuages et la nuit. Enfin, il a évoqué MDA, une société canadienne spécialisée dans la robotique spatiale, qui fournit les bras robotiques de la Station Spatiale Internationale et équipe les futurs systèmes d'exploration lunaire et martienne.
Concernant Elon Musk, Stanislas a reconnu la complexité du personnage, mais a souligné que les personnes qui travaillent avec lui le considèrent comme un ingénieur et un dirigeant exceptionnel en termes de performance. Bien que SpaceX soit l'une des entreprises les plus stressantes aux États-Unis, elle est aussi celle où les employés se sentent le plus accomplis. Rolando a ajouté que l'agressivité de Musk et sa prise de risque, bien que potentiellement source de retards, sont nécessaires pour repousser les frontières de l'innovation.
La question de la dépendance aux financements publics a été abordée. Rolando a expliqué que l'aide gouvernementale à SpaceX a été un excellent investissement pour les États-Unis, réduisant considérablement le coût de l'accès à l'espace (de 30 000-40 000 dollars/kilo à 3 000-5 000 dollars/kilo). Il a également rappelé que SpaceX a rétabli l'accès autonome des États-Unis à l'ISS après l'arrêt du programme Space Shuttle. Stanislas a souligné que l'Europe doit s'inspirer de ce modèle pour développer sa propre indépendance spatiale, car elle ne peut pas dépendre des États-Unis. Bien qu'Ariane 6 soit une étape importante, elle doit encore s'améliorer en termes de coût et de technologie.
Enfin, la discussion a exploré la synergie entre l'IA et le spatial. Rolando a estimé que l'IA pourrait représenter 75% de la valorisation de SpaceX d'ici 10 ans. Le développement de l'IA est ralenti par le manque de puissance de calcul sur Terre, d'où l'idée d'Elon Musk de déployer des centres de données dans l'espace. Ces centres bénéficieraient d'un espace illimité, d'une énergie solaire abondante et d'une plus grande efficacité des panneaux solaires. L'acquisition de Cursor, une entreprise spécialisée dans les modèles d'IA pour le code, vise à combler le retard de Grok, le modèle d'IA de SpaceX. Cette verticalisation et l'intégration de l'IA dans toutes les activités de SpaceX (conception, simulation, gestion de données Starlink/Starshield) sont des éléments clés de sa stratégie.
En conclusion, les intervenants ont réaffirmé leur conviction dans le potentiel de croissance de SpaceX et du secteur spatial en général. Pour Rolando, SpaceX est l'investissement de la génération actuelle, et il vise une valorisation de 1000 dollars l'action en 2035. Il a recommandé d'investir progressivement pour les particuliers, et son propre fonds vise à allouer 10% de ses actifs à SpaceX.