
Quand l'écologie positive passe à l'échelle
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Voici un résumé de la table ronde sur la désirabilité de l'écologie et le passage à l'échelle du positif :
La discussion s'est tenue à Marseille lors du Jour E, un événement organisé par BPI France, et a réuni trois acteurs marseillais engagés dans la transition écologique : Rémi Alain, fondateur de V2O Marine, Clara, directrice des opérations de CleanMyCalanc, et Maxime, fondateur de Synchrony City.
Rémi Alain a fondé V2O Marine il y a cinq ans. Son entreprise conçoit, distribue et installe des filets innovants anti-pollution dans le monde entier. Son parcours est marqué par une prise de conscience personnelle, déclenchée non pas par des statistiques, mais par la vision d'un dauphin consommant du plastique. Il souligne le pouvoir des émotions dans la motivation à agir, comparant l'impact des images à celui des publicités qui privilégient l'émotionnel aux chiffres bruts.
Clara, à la tête des opérations de CleanMyCalanc, une association marseillaise créée en 2017, met l'accent sur la sensibilisation et le ramassage de déchets. L'association adopte une approche festive et positive pour mobiliser le public, loin de toute moralisation. L'objectif est de rendre l'écologie accessible et de créer un moment fédérateur. Des initiatives comme l'élection des déchets originaux, récompensée par des objets réutilisables, visent à impliquer activement les participants.
Maxime, se décrivant comme un "rudologue", a fondé Synchrony City et EcoSense suite à une prise de conscience écologique lors des marches pour le climat. Il met en avant une approche basée sur le "modèle économique" pour convaincre les entreprises, plutôt que sur les images. Il souligne que les déchets représentent une part considérable des dépenses environnementales des collectivités (30% en France) et qu'ils constituent une ressource inexploitée. En changeant la perspective, les déchets deviennent des "gisements" ou des "matières premières", positionnant les villes comme des "mines urbaines".
Le passage à l'échelle est un enjeu majeur. Rémi explique que V2O Marine a abordé l'international dès le départ, sans se poser de limites. Leur première vente au Maroc a été un succès, démontrant que la confiance et la convergence des objectifs clients sont primordiales. Il insiste sur l'humilité nécessaire pour commencer petit et grandir progressivement, une philosophie qu'il applique à V2O Marine. Actuellement, 80% de leur activité est internationale, motivée par l'urgence observée dans de nombreuses régions du monde.
Clara détaille l'évolution de CleanMyCalanc, qui s'étend désormais au-delà des calanques pour toucher les terres et les villes, car 80% des déchets marins proviennent de la terre. L'association investit dans l'éducation, intervenant dans les écoles, et dans les milieux festifs pour sensibiliser les jeunes. L'identité marseillaise est au cœur de leur démarche, avec l'ambition de rendre leur ville plus propre. Les "Brigades Vertes" ont été lancées pour créer des équipes de ramassage autonomes dans les quartiers, favorisant le lien social et la sensibilisation locale. L'objectif n'est pas seulement de ramasser, mais de faire comprendre l'impact des gestes quotidiens.
Maxime évoque les difficultés rencontrées par Synchrony City, contrainte de liquider sa branche collecte et valorisation faute de fonds de roulement suffisant pour répondre aux marchés et aux besoins opérationnels H24/7. Il souligne que les solutions environnementales doivent être pensées à l'échelle du quartier pour être efficaces. Il critique l'éloignement entre la vision environnementale et le quotidien des gens, qui peut mener à des réactions "not in my backyard". Il privilégie une approche où l'on prouve la viabilité d'un modèle avant de chercher des financements.
Concernant le rôle de BPI France et des acteurs similaires, Rémi souligne leur importance fondamentale pour les startups, notamment pour le développement international via des prêts export. Il mentionne également l'accompagnement de l'ADEME pour les investissements matériels, tout en pointant la difficulté pour les petites structures à gérer le "cash burn" et les délais de remboursement des subventions, qui impactent la trésorerie. L'attente porte sur un accompagnement initial plus fort, le "seed", pour atteindre une maturité permettant de prouver la viabilité des modèles économiques.
Clara, pour le secteur associatif, attend des entreprises un engagement concret, car le secteur est en précarité budgétaire. Elle propose des programmes de mécénat et de RSE, soulignant que les associations offrent une expertise terrain et une capacité à mobiliser. Elle explique le financement de CleanMyCalanc par une combinaison de subventions publiques (30-40%), de dons d'entreprises et de particuliers, et d'appels à projets.
Le pouvoir des récits et de la communication est un thème central. Rémi a utilisé les médias pour accroître la visibilité de V2O Marine, tout en soulignant la nécessité de corréler la visibilité à la taille de l'entreprise. Clara met en avant l'utilisation des réseaux sociaux par CleanMyCalanc, notamment une vidéo virale, pour montrer la gravité de la pollution et susciter l'engagement. Elle insiste sur la nécessité de rester attractif et "fun", citant des reprises de clips musicaux pour capter l'attention, notamment des jeunes. Les médias locaux ont ensuite relayé leur action.
Maxime, moins présent sur les réseaux sociaux traditionnels, privilégie LinkedIn pour communiquer et rechercher des informations. Il a contribué à l'élaboration du plan cyclologistique français pour le ministère. Il insiste sur la "coopération" plutôt que la "collaboration", impliquant la prise en compte des contraintes de chacun pour bâtir des projets. Il souligne la nécessité de réunir des acteurs diversifiés : sensibilisateurs, experts internationaux, et industriels.
La sensibilisation des jeunes générations est une priorité. Clara explique que les enfants sont les citoyens de demain et qu'il est crucial de les informer sur l'état de la planète et le dérèglement climatique. Les enfants apportent des solutions et servent de point d'ancrage pour sensibiliser leurs familles. L'association reçoit de nombreuses demandes d'intervention dans les écoles. Maxime considère les enfants comme la clé, citant la phrase "On n'hérite pas de la terre de nos parents, on l'emprunte à nos enfants". Il estime que l'éducation est le levier le plus efficace, car les enfants sont malléables et intègrent plus facilement les principes de bon sens écologique. Il cite le programme "Savoir rouler à vélo" comme exemple de projet éducatif.
Malgré l'ampleur des défis, l'optimisme est de mise. Clara puise sa force dans le collectif et le soutien de ses bénévoles, qui lui permettent de rester active plutôt que spectatrice. Rémi est motivé par l'innovation constante et la recherche de solutions toujours plus performantes. Maxime est optimiste car il connaît les données et croit en la capacité de construire des solutions opérationnelles ensemble.
Maxime met en avant le chiffre de 8 000 enfants en CM2 à Marseille, soulignant que cibler cette génération avec des programmes éducatifs serait un investissement rentable pour l'avenir. Il rappelle également que la saleté de Marseille est davantage liée à une mauvaise gestion des poubelles qu'à un manque de civisme des habitants. Il insiste sur la nécessité d'agir à la source et de mieux utiliser les budgets déjà alloués à la gestion des déchets.
Le conseil ultime de Rémi à un jeune souhaitant créer une entreprise à impact est de s'intéresser à l'action concrète, en participant à des opérations de nettoyage, par exemple. Il souligne que le premier pas est le plus difficile, mais qu'il est le catalyseur du mouvement.
En cas de passage au journal télévisé, Clara appellerait à l'action individuelle et collective, soulignant que chaque geste compte et que faire partie d'une action commune est moins démoralisant. Maxime mettrait en avant l'enjeu économique de la gestion des déchets et la nécessité d'être passionné pour affronter l'énormité du combat. Rémi rappellerait l'urgence et le manque de choix face aux enjeux environnementaux, appelant à s'informer, à agir localement et à avoir foi en l'innovation individuelle.
En conclusion, la table ronde a souligné qu'il n'y a pas de fatalisme à avoir ; derrière chaque problème réside une solution. L'espoir et l'action concrète, qu'il s'agisse d'initiatives associatives ou entrepreneuriales, sont les moteurs du changement face aux défis sans précédent de notre époque.