
The Iran War Expert: The Most Dangerous Stage Begins Now
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L'Iran a décidé que nous ne pouvions pas le vaincre, et les décisions chaotiques de la Maison Blanche dépassent celles du gouvernement iranien. Donald Trump semble étonné par la situation. L'audience a de nombreuses questions sur le rôle d'Israël, de l'Europe, et la situation de l'OTAN, considérée comme "morte".
Le professeur Robert Pape, de l'Université de Chicago, explique qu'il a modélisé une campagne de bombardement contre l'Iran pendant 21 ans. Son expertise réside dans l'interaction entre l'action militaire et la politique, ayant étudié l'échec des campagnes de bombardement, notamment au Vietnam, où les réactions politiques de la population ont souvent submergé les effets militaires tactiques. Selon ses recherches, les bombardements peuvent détruire des installations industrielles, mais ils peuvent aussi renforcer la détermination de la population à surmonter les dommages.
Concernant l'Iran, les modélisations montrent que les États-Unis peuvent bombarder et attaquer, mais ne peuvent pas détruire complètement le matériel d'enrichissement d'uranium. Les sites peuvent être endommagés, mais le processus peut reprendre rapidement, et l'Iran peut même disperser ses équipements avant les attaques. Les frappes ne peuvent pas non plus éliminer les drones et missiles iraniens, qui sont nombreux et mobiles. L'Iran a décidé que les États-Unis ne pouvaient pas le vaincre militairement. Ils sont conscients de leurs vulnérabilités mais savent aussi utiliser la géographie et leurs capacités militaires, notamment au niveau du détroit d'Ormuz, à leur avantage.
La décentralisation du commandement iranien est évoquée, mais Pape souligne que cela ne signifie pas un manque de stratégie. Le guide suprême délègue des ordres qui peuvent être exécutés sur plusieurs jours. L'idée que l'Iran n'a pas de structure de leadership centralisée est sans fondement. Au contraire, les États-Unis semblent tenter de provoquer le guide suprême pour révéler sa localisation, sans succès.
Concernant l'escalade, le professeur Pape avait précédemment décrit trois étapes : la première où l'Amérique bombarde sans changement de comportement de l'ennemi, la deuxième où l'ennemi riposte de manière limitée, et la troisième où des opérations au sol sont envisagées. Nous avons dépassé les étapes 1 et 2, et nous sommes au stade 3, celui des opérations terrestres. La situation actuelle est un carrefour : soit une guerre terrestre, soit l'Iran devient une puissance régionale dominante.
L'Iran utilise le contrôle du détroit d'Ormuz comme levier géopolitique. Ce blocus militaire sélectif crée une vulnérabilité pour l'Inde et le Japon, les poussant à prendre leurs distances avec les États-Unis. Les bases militaires américaines au Qatar, à Bahreïn, au Koweït et en Arabie Saoudite sont devenues des cibles pour les drones iraniens et ne fournissent pas la protection espérée à la coalition. L'idée de Kushner d'une coalition contre l'Iran, ancrée par les États-Unis, s'effondre. L'Irak, Oman, l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis se repositionnent, certains se rapprochant de l'Iran ou cherchant d'autres garants de sécurité comme le Pakistan.
Si les États-Unis se retirent, l'Iran pourrait avoir des armes nucléaires d'ici un an et ses revenus pétroliers augmenteront considérablement. Ses relations avec la Russie et la Chine se renforceront, formant un bloc de pouvoir contre l'Amérique. La Russie a déjà offert des informations de ciblage militaire à l'Iran. La coopération entre l'Iran (20% du pétrole mondial) et la Russie (11%) pourrait contrôler 30% du pétrole mondial, avec des conséquences dramatiques pour l'économie mondiale et l'Europe. L'hypothèse selon laquelle l'Iran était sur le point de s'effondrer était erronée.
Israël a joué un rôle de "spoiler diplomatique" en tuant des négociateurs iraniens avec lesquels les États-Unis tentaient de parvenir à un accord, torpillant les efforts de paix. Netanyahu a publiquement décrit l'Iran comme un tigre de papier, mais les faits sur le terrain contredisent cette image. L'option terrestre pour affaiblir l'Iran est complexe, car les voies d'accès sont limitées (Pakistan, Afghanistan, Azerbaïdjan) et difficiles.
L'idée de prendre les champs pétroliers iraniens, situés dans le sud-ouest du pays, impliquerait des opérations amphibies difficiles dans un terrain lunaire. Trump a évoqué cette option, mais le déploiement de troupes au sol et les pertes humaines qui en découleraient auraient des conséquences politiques importantes aux États-Unis, renforçant le soutien chez une partie de la population et l'opposition chez une autre, rendant un retrait difficile.
La menace de Trump de "mettre fin à une civilisation entière en une nuit" est une déclaration génocidaire sans précédent de la part d'un président américain. Cela persuade les 92 millions d'Iraniens que Trump est prêt à les tuer, sapant le mouvement pro-démocratie en Iran et renforçant le soutien au développement d'armes nucléaires. La population iranienne, qui subit déjà la terreur et l'oppression, est profondément affectée par ces menaces.
Une attaque contre le réseau électrique iranien, bien que possible, aurait des conséquences humanitaires désastreuses : interruption des services médicaux, pénuries alimentaires massives, et une baisse de l'espérance de vie. Cela ne ferait qu'intensifier la pression pour que l'Iran développe des armes nucléaires.
Concernant un cessez-le-feu, l'Iran n'abandonnera pas son pouvoir émergent. La proposition de paix en 10 points de l'Iran, si elle est acceptée, validerait l'Iran comme la puissance dominante dans le Golfe Persique. Elle inclut l'arrêt des attaques contre les alliés, la réouverture du détroit d'Ormuz avec des péages (2 millions de dollars par navire, partagés avec Oman), la levée des sanctions, des réparations de guerre et la fin de toutes les résolutions de l'ONU contre le régime.
Le monde est en train de passer d'un système unipolaire (États-Unis après la Guerre Froide) à un système multipolaire. L'ajout de l'Iran comme centre de pouvoir, aux côtés de la Russie et de la Chine, pourrait créer un bloc plus puissant que les États-Unis, surtout en matière d'énergie. La perte d'accès à 20-30% du pétrole mondial aurait des effets dévastateurs sur l'économie globale, faisant grimper les prix et l'inflation, et augmentant le coût de la dette publique.
Pour sortir de l'impasse, il aurait fallu accepter un accord avec l'Iran, comme celui de 2018 (accord nucléaire d'Obama), avant que la puissance de l'Iran ne grandisse. Une solution possible serait un accord contraignant par le Congrès américain, stipulant que si Israël attaque l'Iran ou le Liban, toute l'aide militaire et économique à Israël serait coupée. Cela pourrait être couplé à l'adhésion d'Israël au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et à des inspections sur ses installations nucléaires, en échange d'inspections sur les sites d'enrichissement de l'Iran. Cependant, il est peu probable qu'Israël accepte de divulguer des informations sur son arsenal nucléaire.
Le professeur Pape estime que les États-Unis sont pris au piège. Trump ne veut pas être le président sous lequel l'Iran développe des armes nucléaires. L'alternative d'une décapitation complète du pays, le ramenant à l'âge de pierre, ne ferait qu'intensifier la pression pour la guerre et le développement d'armes nucléaires. L'issue la plus probable est une opération terrestre pour sécuriser l'uranium et le détroit d'Ormuz.
L'OTAN est considérée comme "morte" en pratique. L'idée que les Européens suivront les ordres d'un général américain, surtout après les actions de Trump en Iran, est jugée "risible". Les alliés européens sont réticents à s'engager militairement, car cela serait un "suicide politique" pour leurs dirigeants.
La situation actuelle est bien pire qu'il y a 40 jours. L'absence d'un accord a affaibli la position américaine. La solution, à long terme, réside dans le choix de candidats centristes pour éviter un cycle d'extrêmes qui ne fait qu'aggraver les problèmes. La population iranienne, comme une partie de la population américaine, est frustrée par la radicalisation des politiques. Il est crucial de reconnaître les liens sociaux qui se créent entre les populations, malgré les tensions politiques.